L’UE choisit l’Espagnole Nadia Calviño pour présider la Banque européenne d’investissement

AWP

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La ministre de l’Economie du gouvernement de gauche espagnol succèdera à l’Allemand Werner Hoyer. Elle a été préférée à la Danoise Margrethe Vestager, qui réintégrera la Commission européenne.

Les ministres des Finances de l’UE ont annoncé vendredi avoir choisi l’Espagnole Nadia Calviño pour exercer la présidence de la Banque européenne d’investissement (BEI), une institution devenue stratégique dans le contexte de la guerre en Ukraine.

Donnée depuis plusieurs semaines comme grande favorite pour diriger l’organe de financement à long terme de l’UE, la ministre de l’Economie, numéro deux du gouvernement de gauche espagnol dont elle incarne l’aile libérale, va succéder à l’Allemand Werner Hoyer, 72 ans, qui achèvera au 31 décembre son deuxième mandat de six ans.

«Nous sommes parvenus à une conclusion et à un consensus autour de la candidature de Nadia Calviño à la présidence de la BEI», a déclaré le ministre belge des Finances Vincent Van Peteghem, qui assure la présidence tournante du conseil des gouverneurs de cette institution financière.

Il s’est dit «certain» qu’elle serait «une très bonne présidente», à l’issue d’une réunion à Bruxelles avec ses homologues des Vingt-Sept, parmi lesquels siégeait Nadia Calviño.

«Je suis reconnaissante et honorée de bénéficier du soutien de mes collègues», a-t-elle déclaré de son côté.

Agée de 55 ans, cette économiste polyglotte - elle parle couramment anglais, français et allemand - sera la première femme à diriger la BEI. Elle s’est imposée face à la commissaire européenne à la Concurrence, Margrethe Vestager, qui s’était mise en retrait de ses fonctions en septembre pour mener campagne.

L’ancienne ministre danoise de l’Economie faisait la course en tête jusqu’à l’annonce de la candidature espagnole en août. Elle a aussitôt annoncé sur X (ex-Twitter) qu’elle allait réintégrer l’exécutif européen, après cet échec.

Habituellement peu médiatisée, la course à la présidence de la BEI a suscité cette fois un intérêt accru, du fait de la notoriété des candidates en lice et du rôle de plus en plus crucial joué par cette institution.

Outre Mmes Calvino et Vestager, trois candidats considérés comme des outsiders étaient sur les rangs: l’Italien Daniele Franco, ancien ministre des Finances de Mario Draghi, l’ancienne ministre polonaise des Finances Teresa Czerwinska, et le Suédois Thomas Östros, actuel vice-président de la BEI.

Financer le nucléaire?

La Banque, dont les actionnaires sont les Etats membres de l’Union européenne, apporte des crédits et garanties aux Etats membres et à des entreprises privées et publiques pour financer les politiques prioritaires de l’Europe.

La BEI revendique d’avoir investi depuis sa création en 1958 plus de 1000 milliards d’euros en faveur de projets pour le climat et l’environnement, la cohésion sociale et territoriale, l’innovation ou encore le soutien aux PME.

Dotée de la prestigieuse notation financière AAA, gage de solidité qui lui permet d’emprunter à bon compte, la BEI joue notamment un rôle clé dans le financement de la transition énergétique.

En 2022, elle a signé pour 65 milliards d’euros de financements. Elle joue également un rôle en faveur du développement international: sa branche dédiée aux partenariats mondiaux, BEI Monde, active dans 160 pays, a accordé l’an dernier 10,8 milliards d’euros de prêts.

La succession de Werner Hoyer a été l’occasion d’un débat sur la mission de l’institution basée à Luxembourg.

Elle pourrait être élargie dans le contexte de la guerre en Ukraine qui a mis les finances européennes sous pression. Elle devrait notamment aider à la reconstruction du pays ravagé par l’invasion russe.

La France milite pour que l’institution prenne plus de risques et élargisse son champ d’action à l’industrie de défense ainsi qu’aux technologies nucléaires. Sous l’actuel président allemand, les projets de transition énergétique financés par la BEI se limitaient aux énergies renouvelables.

Mme Calvino, dont le gouvernement défend des positions antinucléaires, est considérée comme ouverte sur la question, sans pour autant avoir pris des engagements publics.

Les intentions françaises se heurtent toutefois aux réticences de Berlin. «Nous apprécions les efforts de la BEI en faveur du climat et elle doit continuer, mais il ne faut pas surcharger ses missions», a prévenu en septembre le ministre allemand des Finances, Christian Lindner.

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