56% des Britanniques revoteraient en faveur de l’UE

AWP

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Alors que Londres doit quitter l’Union européenne le 29 mars, Theresa May poursuit sa difficile quête d’un consensus avec l’opposition.

La Première ministre britannique Theresa May poursuit jeudi ses tractations avec l’opposition pour dégager un consensus sur le Brexit après le rejet par une écrasante majorité de députés de l’accord qu’elle a péniblement négocié avec Bruxelles.

Londres doit quitter l’Union européenne le 29 mars, et à seulement dix semaines de l’échéance, l’incertitude règne sur les conditions de ce départ, le gouvernement ayant jusqu’ici échoué à proposer un plan soutenu par une majorité au Parlement.

Tandis que les dirigeants de l’UE ont appelé Londres à clarifier sa position, l’hypothèse d’un report du Brexit n’est plus taboue des deux côtés de la Manche, alors que le gouvernement britannique est toujours aussi divisé sur les compromis envisageables.

La dirigeante conservatrice a survécu de justesse mercredi à une motion de censure déposée par les travaillistes, la première contre un gouvernement britannique depuis 26 ans. Aussitôt après, elle a commencé à recevoir les dirigeants de l’opposition, bien consciente qu’elle va devoir convaincre au-delà de son camp si elle veut trouver une issue à cette impasse, après deux ans et demi passés à tenter de rassembler, sans succès, son propre parti.

«Ce ne sera pas une tâche facile mais les députés savent qu’ils ont le devoir d’agir dans l’intérêt national, d’arriver à un consensus», a-t-elle déclaré.

Les membres de l’opposition ont posé leurs conditions. Ils exigent que Mme May écarte clairement l’éventualité d’une sortie sans accord de l’Union européenne.

Le leader des travaillistes, Jeremy Corbyn, a même catégoriquement exclu de la rencontrer tant que ce ne sera pas le cas.

«Lignes rouges»

«Mme la Première ministre, renoncez-y et discutez sérieusement de la manière d’envisager l’avenir», a-t-il réclamé depuis Hastings (sud-est de l’Angleterre). Il lui demande aussi de renoncer aux «lignes rouges» qu’elle s’est fixées dans ses négociations avec Bruxelles, dont le refus de rester au sein de l’union douanière européenne. Le Labour veut au contraire continuer à en faire partie.

Pour Caroline Lucas, l’unique députée des Verts, les tentatives de dialogue de Theresa May «arrivent trop tard». «Il n’y a aucun signe que la Première ministre veuille trouver un compromis», a-t-elle fustigé jeudi sur Twitter, après l’avoir rencontrée dans la matinée.

Comme exigé par les députés, la cheffe du gouvernement doit présenter lundi un «plan B», un projet alternatif qui devrait toutefois rester dans la ligne de l’accord initial. Les amendements des députés seront présentés au vote le mardi 29 janvier, à deux mois tout juste de la date prévue du Brexit, a annoncé la ministre en charge des Relations avec le Parlement, Andrea Leadsom.

Nouveau sondage

Selon le Times, Mme Leadsom et d’autres eurosceptiques veulent toujours que soit limité dans le temps le «filet de sécurité», solution de dernier recours pour éviter le retour d’une frontière terrestre entre l’Irlande et l’Irlande du Nord, très décriée par les Brexiters. Ils veulent aussi que soit incluse dans le «plan B» la promesse de négocier un accord de libre échange sur le modèle canadien.

De son côté, l’europhile ministre des Finances, Philip Hammond, a assuré que le scénario d’une sortie sans accord, qui inquiète les milieux économiques, serait abandonné, lors d’une conversation téléphonique avec des chefs d’entreprise.

Le gouvernement aborde les discussions transpartisanes avec un esprit «très ouvert» mais reste déterminé dans son objectif de pouvoir mener une politique commerciale indépendante après le Brexit, a lui affirmé le président du Parti conservateur, Brandon Lewis.

Plus de 170 figures du monde économique réclament elles une nouvelle consultation des Britanniques sur le Brexit, «seul moyen» d’éviter une sortie de l’UE sans accord.

Cependant, a souligné Brandon Lewis, le gouvernement ne pense pas qu’un nouveau référendum soit «la bonne façon de procéder». Mme May l’a exclu jusqu’ici, estimant que les Britanniques s’étaient déjà exprimés.

L’organisation d’un second référendum est défendue par le SNP, le Parti libéral-démocrate, le parti nationaliste gallois Plaid Cymru et les Verts, qui pressent Jeremy Corbyn de leur emboîter le pas.

Selon un sondage YouGov publié jeudi par le quotidien du soir Evening Standard, 56% des Britanniques voteraient pour rester dans l’UE en cas de nouveau référendum, soit la proportion la plus élevée depuis la consultation de juin 2016 qui a décidé du Brexit.

L’enquête d’opinion a été réalisée mercredi auprès de 1’070 personnes âgées de plus de 18 ans à la demande du mouvement People’s Vote, qui réclame un second référendum.