Pas un tsunami, mais un «blunami» aux Etats-Unis

Nabil Milali, Edmond de Rothschild Asset Management

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Le véritable enjeu de ces élections pour les marchés financiers résidait sans doute dans la course pour le poste de gouverneur du Texas, où le Républicain G. Abbott était considéré comme un des principaux partisans du développement des data centers.

La vague démocrate était attendue, sa hauteur l’était moins. C’est une véritable déferlante qui s’est abattue sur la carte électorale américaine cette nuit emportant tout dans son sillage, y compris des Etats historiquement républicains comme le Texas, la Caroline du Sud et le Kansas (une première depuis… 1932). Bien que tous les résultats ne soient pas encore connus à ce stade, il ne fait déjà plus de doute que Donald Trump a perdu le contrôle de la chambre des Représentants et surtout du Sénat où les Démocrates ont réussi à renverser 6 sièges à l’heure actuelle et devraient donc compter, a minima, une majorité de 54 sièges. Il s’agit d’ores et déjà de la défaite la plus cinglante pour un président en exercice depuis 1946 et pourtant elle ne constitue qu’une demi-surprise tant l’impopularité de D. Trump avait atteint des niveaux historiques, sur fond de défiance à l’égard de sa politique migratoire, de ses attaques contre les institutions et surtout de sa guerre contre l’Iran. Elu pour lutter contre le coût élevé de la vie, le président américain a paradoxalement mené des politiques qui ont contribué à générer davantage d’inflation, d’abord en lançant une guerre commerciale puis une campagne militaire hasardeuse en Iran. Une faiblesse que les Démocrates ont parfaitement exploité en axant leur discours de campagne sur le pouvoir d’achat des Américains, ce qui leur permet aujourd’hui de s’emparer du Congrès à Washington.

Néanmoins, cette victoire ne signifie pas que le parti sera en mesure d’appliquer son programme. En effet, le président américain conserve un droit de veto qui devrait barrer la route à tout texte législatif avec lequel il serait en désaccord. Certes, D. Trump a indiqué ces dernières heures sa volonté de collaborer avec les Démocrates mais la réalité politique et la pression que ne manquera pas d’exercer son parti devraient le dissuader d’accorder des victoires d’ampleur à ses adversaires politiques avant l’élection présidentielle de 2028. En outre, la détermination des Démocrates à lancer des Commissions d’enquête parlementaires concernant les soupçons d’enrichissement personnel de D. Trump ne manqueront pas de tendre les relations avec le président américain et réduire à néant les possibilités de coopération entre les branches législative et exécutives. La situation actuelle devrait donc déboucher sur une impasse institutionnelle sans avancée majeure sur le plan fiscal, ce qui est de nature à limiter le creusement du déficit budgétaire et donc atténuer un des facteurs qui exercent des pressions haussières sur les taux souverains américains. Le risque à ce scénario central est celui d’un résultat final encore plus favorable aux Démocrates, lesquels pourraient remporter jusqu’à 57 sièges au Sénat selon certaines projections, auquel cas il suffirait d’une dizaine de frondeurs républicains pour atteindre la majorité des 2/3 nécessaire pour contourner un veto ou destituer le président, mais ce scénario reste peu probable à ce stade.

Si tous les yeux étaient rivés sur les sondages concernant la Chambre des Représentants et le Sénat ces dernières semaines, le véritable enjeu de ces élections pour les marchés financiers résidait sans doute dans la course pour le poste de gouverneur du Texas. En effet, le Républicain G. Abbott, était considéré comme un des principaux partisans du développement des data centers comme en témoigne le fait que son Etat concentrait à lui seul près d’un tiers des capacités disponibles ou en cours d’installation aux Etats-Unis. Bien que donné gagnant par les sondages jusqu’à hier soir, il s’est finalement incliné face à G. Hinojosa, une candidate démocrate qui a fait de la régulation des géants de la technologie son principal cheval de bataille. 

A cela s’ajoutent les nombreux référendums et votes locaux sur une partie du territoire qui représente 170 sur les 300 GW de capacités prévues aux Etats-Unis et dont les résultats provisoires sont sans appel avec l’adoption d’une vingtaine de mesures restrictives visant à freiner la création de nouveaux data centers. La réaction initiale des indices actions a d’ailleurs bien illustré le risque, avec une baisse significative du Nasdaq (-2%) et de l’indice coréen Kospi (-4%) avant qu’ils n’effacent progressivement leurs pertes pour revenir à l’équilibre ce matin. Les investisseurs espèrent en effet que le discours anti-IA n’était qu’une posture de campagne électorale et que les Démocrates se montreront plus pragmatiques une fois au pouvoir. Le programme de la nouvelle gouverneure du Texas n’est d’ailleurs pas favorable à un blocage total de la construction de data centers mais plutôt à la mise en place de règles garantissant les droits et limitant le surcoût pour les ménages.

L’incertitude devrait donc perdurer à court terme, le temps que les négociations entre les géants de la technologie et les nouveaux exécutifs locaux donnent lieu à d’éventuels accords. Néanmoins, à mesure que la visibilité s’améliorera, les investisseurs devraient retrouver leur appétit pour le risque et permettre aux indices actions de reprendre leur marche en avant. A ce titre, soulignons que l’année suivant des élections de mi-mandat à l’issue desquelles le pouvoir a été partagé entre les deux partis fait historiquement partie des meilleures périodes pour les marchés d’actions. Cette saisonnalité favorable, combinée à une croissance économique mondiale qui reste solide, des résultats d’entreprises exceptionnels et des valorisations revenues à des niveaux particulièrement attractifs nous incitent à rester positifs sur la classe actions, tout en diversifiant notre allocation à d’autres secteurs et d’autres zones géographiques ainsi qu’à la classe obligataire pour profiter de la décorrélation entre les deux. 

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