Les prix à la consommation ont augmenté davantage que prévu en octobre en Suisse, poussés par la flambée des prix du mazout, de l’essence et du diesel, dû à la guerre au Moyen-Orient. La facture énergétique pourrait lourdement peser, à l’approche de l’hiver, pointe un expert, tandis que la BNS pourrait quant à elle durcir le ton en matière de taux d’intérêt.
Au cours du mois sous revue, l’inflation a progressé de 0,2% sur un mois à 101,7 points, indique mardi l’Office fédéral de la statistique (OFS) dans son relevé périodique. En comparaison annuelle, la hausse est de 1,5%.
Ce chiffre est supérieur aux prévisions des économistes sondés par AWP qui tablaient sur un renchérissement compris entre +1,1 et +1,4% sur un an. La variation mensuelle était attendue entre -0,1 et +0,1%.
La hausse de l’indice des prix à la consommation (IPC) par rapport au mois précédent est attribuée à divers facteurs, notamment l’augmentation des prix pour le mazout, l’essence et le diesel, indique l’OFS. Ainsi, l’inflation sous-jacente, soit hors produits frais et saisonniers et hors carburants, ressort stable par rapport au mois précédent et en hausse de 0,5% seulement sur un an, à 100,6 points.
«Cette divergence est essentielle: l’accélération des prix provient principalement de l’énergie et non d’une surchauffe de l’économie suisse», souligne Arthur Jurus chez ODDO BHF. «La Suisse ne connaît donc pas une inflation généralisée, mais un choc énergétique concentré dont les conséquences sont très inégalement réparties entre les ménages», poursuit l’expert.
Bond de plus de 80% du mazout
«Les produits pétroliers, qui représentent seulement 2,1% du panier de consommation, expliquent à eux seuls près de 85% de la hausse mensuelle de l’indice». La facture énergétique pourrait s’avérer particulièrement pénalisante pour les ménages qui se chauffent au mazout, tout comme ceux qui dépendent quotidiennement de leur véhicule, note encore M. Jurus, pointant une réalité contrastée.
Dans le détail, le mazout a renchéri de 81,4% sur un an et tandis que l’essence et le diesel ont respectivement augmenté de 26,5% et 36,9%.
«À l’inverse, la majorité des autres dépenses connaissent des augmentations beaucoup plus modérées», ajoute encore l’expert, écartant de ce fait «une généralisation des tensions inflationnistes».
Sur un mois, des hausses de prix ont été enregistrées également pour les chaussures pour femmes (+10,5%) et pour hommes (+8,6%), tout comme pour les prestations médicales ambulatoires des hôpitaux (+1,1%). En revanche, les prix des prestations médicales des cabinets médicaux (-3,0%) et des voyages à forfait internationaux (-2,5%) ont diminué, de même que ceux de l’hôtellerie (-2,9%).
Sur un an, la location de voitures et l’autopartage ont progressé (+11,5%), ainsi que les ordinateurs personnel (+11,0%).
«La pression inflationniste provient par ailleurs essentiellement de l’étranger, tandis que les prix domestiques restent maîtrisés», commente encore Arthur Jurus. Le franc fort contribue en outre à amortir le choc. Les prix des produits indigènes ont baissé de 0,1% sur un mois et progressé de 0,8% sur un an. Ceux des produits importés ont grimpé de 1,2% par rapport à septembre et de 3,7% par rapport à octobre 2025.
L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) de la Suisse, qui permet de comparer l’inflation helvétique à celle des pays européens, se situait à 101,77 points, soit une variation de +0,4% par rapport au mois précédent et une variation de +1,6% par rapport au même mois de l’an dernier.
Divergences sur les taux
Cette accélération de l’inflation en Suisse, supérieure aux attentes, «constitue un signal d’alerte», relève Santosh Brivio de la Banque Migros, mais ne justifie pas encore de resserrement monétaire «précipité» à ce stade, le taux de 1,5% se situant dans la fourchette de stabilité comprise entre 0 et 2%.
«La Banque nationale suisse (BNS) devra néanmoins veiller les effets indirects de l’énergie sur les coûts du transport et les prix des biens», relève Arthur Jurus.
«Ce n’est en effet pas la dernière flambée qui est déterminante, mais sa durée: si les prix de l’énergie restent élevés, le risque d’effets de deuxième tour augmente», abonde Santosh Brivio. Tous deux tablent sur une première hausse des taux d’intérêts l’an prochain seulement, voire fin 2027.
Chez BAK Economics, en revanche, on s’attend à un resserrement monétaire en décembre déjà. «L’écart de taux avec l’étranger s’est creusé, le franc s’est déprécié en termes réels et la conjoncture est solide», note Claude Maurer. Et même s’il n’y a pour l’heure guère de signes de généralisation de l’inflation, «l’histoire montre que la Suisse ne peut échapper à un renchérissement mondial».