La semaine a été dominée par un mouvement de repli marqué des actifs risqués, principalement alimenté par les inquiétudes entourant les valeurs technologiques et l’IA, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes au Moyen-Orient et de prix de l’énergie élevés. Le Nasdaq 100 a reculé de 1,9% sur la semaine, avec une séance particulièrement difficile jeudi, sa plus forte baisse journalière depuis juin. Le S&P 500 a mieux résisté, en baisse de 0,4%, tandis que les actions européennes ont perdu 0,5%. Le marché japonais a été le plus affecté, le Nikkei reculant de 3,4%, pénalisé à la fois par les valeurs technologiques et financières. Les marchés émergents ont également souffert, avec un recul de 2,6% de l’indice MSCI Emerging. En fin de semaine, les contrats à terme américains montraient néanmoins un léger rebond, suggérant une tentative de stabilisation après la forte correction du compartiment technologique.
Ce mouvement d’aversion au risque a soutenu les emprunts d’Etat, avec une baisse sur la semaine de près de 16 points de base du taux américain à dix ans et de 13 points de base du Bund allemand. Les obligations japonaises ont également bénéficié de flux refuges, malgré les anticipations persistantes de poursuite du resserrement monétaire de la Banque du Japon, une hausse de taux dès décembre restant envisagée. En Europe, les données d’activité ont accentué le mouvement: les PMI français et allemand sont ressortis plus faibles qu’attendu, le PMI composite français reculant à 48,4. Ces chiffres confortent l’idée d’une économie européenne fragilisée et soutiennent particulièrement la partie courte des courbes de taux.
La France reste un point de vigilance majeur sur les marchés obligataires. L’écart entre l’OAT française et le Bund allemand à dix ans a atteint 172 points de base, son plus haut historique. Le pétrole, au-dessus de 110 dollars le baril, renforce les préoccupations relatives aux perspectives budgétaires et à la soutenabilité de la dette française. Cette dégradation intervient alors que les spreads de crédit se sont également écartés à l’échelle mondiale, atteignant leurs niveaux les plus élevés depuis dix-sept mois. Sur le marché des changes, l’euro a reculé sous le seuil de 1,12 dollar après la publication des mauvaises données françaises, tandis que le yen a effacé une partie de ses gains liés à son statut de valeur refuge.
Dans le même temps, le prix du GNL asiatique a atteint son plus haut niveau depuis 2022, sur fond de craintes concernant les approvisionnements via le détroit d’Ormuz. Cette hausse de l’énergie entretient un risque stagflationniste particulièrement pénalisant pour l’Europe. A l’inverse, l’or n’a pas joué son rôle habituel de valeur refuge: il a reculé de 3% et est repassé sous les 4000 dollars l’once, affecté par la vigueur du complexe énergétique et par des inquiétudes sur les flux liés aux ETF.
Dans ce contexte, nous avons réduit notre exposition aux actions des secteurs de la technologie et de l’IA en diversifiant nos investissements d’un point de vue géographique, mais restons constructifs en cherchant des points d’entrée.
Nous avons pris des profits à la suite du recul marqué des courbes de taux, les parties courtes nous semblant toujours particulièrement attractives, compte tenu du potentiel actuel des stratégies de portage et de roll-down[1], tandis que la duration peut apporter une protection en cas de dégradation plus marquée de la croissance. Nous restons négatifs sur le dollar en raison principalement de nos anticipations concernant les politiques monétaires, et positifs sur l’or qui pourrait redevenir une valeur refuge dans cet environnement chahuté.
[1] Roll-down: gain potentiel lié à la baisse du rendement d’une obligation à mesure que son échéance se rapproche, à courbe des taux inchangée.