Pendant des années, l’investissement climatique s’est résumé à une discipline défensive: mesurer le risque, exclure, décarboner. Mais face à l’urgence climatique à laquelle nous ramènent les températures actuelles et devant une transformation économique historique, la question est aujourd’hui: comment capter et générer de la valeur en finançant les solutions au cœur de la transition?
Car le climat n’est plus seulement un risque à gérer. C’est un moteur structurel de croissance. Et les investisseurs, qu’ils aient ou non pris des engagements, allouent des montants toujours croissants à la transition - tout en visant des rendements attractifs.
Renouvelables, réseaux, adaptation aux événements climatiques extrêmes… les besoins sont considérables, de l’ordre de 7’400 milliards de dollars US par an jusqu’en 20301.
Les «solutions climatiques» s’imposent ainsi comme une nouvelle classe d’opportunités rassemblant les produits, services et technologies qui permettent de réduire les émissions ou d’anticiper et de renforcer la résilience des personnes, de l’économie et de la société aux impacts du dérèglement climatique.
Pour les investisseurs, l’enjeu est double: contribuer à une transformation systémique et participer aux dynamiques de croissance associées. Car l’investissement durable est désormais largement reconnu comme un vecteur de performance à long terme. C’est même une des premières raisons pour lesquelles il est choisi par les investisseurs2.
Identifier les solutions climatiques
Une définition robuste et opérationnelle suppose de combiner taxonomies régionales, scénarios climatiques, cadres scientifiques et modèles économiques pour comprendre le niveau de consensus qui existe pour qualifier telle solution de «climatique».
On distingue trois grandes catégories:
- les solutions bas carbone qui remplacent les solutions existantes (électricité bas carbone, bâtiments écologiques, capture de CO2, actifs naturels…);
- les facilitateurs qui permettent à d’autres secteurs de se décarboner ou s’adapter (stockage, maintenance, efficience, cultures résistantes à la sècheresse...);
- les activités de transition là où aucune alternative technologiquement ou économiquement viable n’existe (acier, ciment, transport, immobilier…).
Combinée aux outils de la finance à impact, cette grille d’analyse permet d’identifier les actifs dont la contribution est matérielle, en tenant compte des enjeux spécifiques à chaque région et secteur. Dans les pays émergents, on peut par exemple choisir de financer le développement d’offres de prêts verts ou de produits d’assurance climatique, encore peu présents mais déterminants pour l’atténuation et l’adaptation climatique.
Le rôle décisif des marchés privés
Si les solutions climatiques existent aujourd’hui dans toutes les classes d’actifs, les marchés privés offrent une voie d’accès privilégiée. Ils permettent d’investir aujourd’hui dans les infrastructures, les industries et les entreprises qui seront les champions de demain, avec des leviers adaptés à ces actifs: horizons longs, transformation opérationnelle, forte dispersion des performances.
Le capital-risque et la finance de projets d’infrastructure sont typiquement adaptés aux solutions bas carbone, segments émergents en forte expansion, avec des coûts de production toujours plus compétitifs.
Les facilitateurs qui permettent de lever les freins au développement de ces solutions (systèmes physiques, concentration géographique, enjeux d’adoption…), se prêtent eux très bien aux stratégies de private equity ou de dette privée qui peuvent influencer la stratégie des entreprises et accompagner leur changement l’échelle avec un maximum d’impact positif.
Les investisseurs en immobilier et infrastructure se retrouvent aussi dans le financement de la transition d’actifs dont ils peuvent encourager l’amélioration des marges et la réduction des risques opérationnels, d’obsolescence et de transition.
De l’allocation thématique à l’intégration stratégique
Pour toutes ces raisons, investir dans les solutions climatiques relève d’un choix d’allocation rationnel, fondé sur des bases essentiellement économiques, indépendantes des valeurs de chacun. C’est la raison pour laquelle elles ne constituent plus une allocation périphérique, mais bien une composante stratégique des portefeuilles. Elles se retrouvent dans des allocations y compris non-thématiques du fait de leurs profils risque-rendement intrinsèques.
Il ne s’agit donc plus de savoir s’il faut investir, mais comment structurer et optimiser ces allocations: comment identifier les véritables opportunités de création de valeur, construire des portefeuilles alignés sur le plan climatique et qui participent pleinement aux objectifs de rendement, de croissance, de diversification…, et aller au-delà du simple reporting carbone vers une mesure concrète de l’impact utile aux investisseurs.
1Climate Policy Institute.
2Voir pour des données récentes Morgan Stanley's 2026 Sustainable Signals report.