Investissements de continuation: une nouvelle colonne vertébrale du buyout

Nils Rode, Schroders Capital

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La montée des investissements de continuation redéfinit le modèle du buyout, avec plus de visibilité, moins de frais et un rôle clé du lower mid market.

 

Depuis notre première analyse l’an dernier, ce marché a non seulement poursuivi sa croissance,mais a également dépassé les prévisions: le volume des transactions est passé d’une estimation révisée de 76 milliards de dollars en 2024 à un record de 109 milliards en 2025. Sur la base de nos travaux, cette dynamique doit se prolonger: notre scénario central anticipe plus de 330 milliards de dollars de volume d’investissements de continuation à l’horizon 2035, soit plus qu’un triplement par rapport aux niveaux actuels.

Ce mouvement est avant tout structurel, et non le simple reflet du blocage cyclique des voies de sortie traditionnelles. La part «cyclique» de la croissance – liée au ralentissement des M&A, à la baisse des IPO et au resserrement du financement – ne représentait plus qu’environ 9% des transactions en 2025, en baisse par rapport à 2024. Autrement dit, même si le marché des sorties se normalise, nous ne nous attendons pas à une marche arrière des investissements de continuation, mais à une poursuite de leur pénétration dans l’architecture du private equity.
Pour les investisseurs, l’attrait de ces transactions tient à un trio d’arguments très concrets: moins de risque, plus de visibilité et une meilleure efficacité économique. En moyenne, les durées de détention sont environ 25% plus courtes que dans les buyouts traditionnels, les profils de rendement sont plus prévisibles – avec une dispersion plus faible – et les fraisde gestion et les commissions de performance sont environ deux fois moins élevés que dans les buyouts traditionnels.

Dans un environnement où la liquidité et le coût du capital sont redevenus stratégiques, cette combinaison est difficile à ignorer pour les grands allocataires.

La véritable rupture, toutefois, ne porte pas sur l’idée de «détenir plus longtemps» des sociétés sous contrôle de fonds de private equity – une pratique déjà bien établie via les secondary buyouts. Elle concerne l’identité du propriétaire : là où les transactions sponsor to sponsor transféraient les actifs d’un gérant à l’autre, les investissements de continuation permettent au sponsor initial de conserver le contrôle tout en apportant du nouveau capital et de nouvelles poches d’investisseurs. Sur les dix prochaines années, nous estimons ainsi que plus de 10% du deal flow mid et large buyout traditionnel pourrait être redirigé vers des structures de continuation plutôt que vers des secondary buyouts classiques.

Notre base de données, qui couvre près de 2 600 investissements buyout réalisés, montre qu’environ 30% des sociétés de portefeuille sont des candidates naturelles à ce type d’opérations. Ce sont des entreprises qui ont déjà franchi un seuil de création de valeur significatif – typiquement au delà de 2x de multiple sur le capital investi – et pour lesquelles la poursuite de la transformation ne nécessite pas un changement de gérant. Pour ces actifs «signature», la structure de continuation corrige une limite intrinsèque des fonds fermés: l’obligation de vendre trop tôt des entreprises encore en pleine phase de croissance.

Enfin, il est essentiel de clarifier une confusion persistante: parler de «GP led secondaries» comme synonyme d’investissements de continuation est trompeur. Dans la majorité des cas, le gérant ne réalise géenéralement  pas son carried interest, conserve – voire renforce – son alignement économique sur l’actif, et la transaction est conçue et souscrite par des chefs de file secondaires qui apportent du capital frais après une due diligence complète. Il ne s’agit donc pas de «private equity qui vend à lui même», mais d’un mécanisme sophistiqué d’extension de propriété pour les meilleurs actifs, avec une nouvelle base d’investisseurs et des conditions plus attractives.

Dans ce nouvel équilibre, le lower mid market apparaît comme le grand bénéficiaire. Avec moins de 25% de ses deals issus d’autres fonds, ce segment est structurellement moins exposé à la cannibalisation du deal flow par les investissements de continuation. Surtout, il concentre les opportunités les plus intéressantes : un univers d’actifs vaste et diversifié, des multiples d’entrée plus raisonnables, un potentiel de transformation élevé et une résilience accrue en cas de choc macroéconomique – autant de raisons pour lesquelles nous considérons les investissements de continuation dans le lower mid market comme l’un des axes les plus prometteurs du private equity pour la décennie à venir.

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