Il n'est pas vraiment utile de gloser sur les propos de K. Warsh

François Savary, Genvil SA

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Les tensions enregistrées sur le marché obligataire US sont la meilleure illustration de l’incompréhension des investisseurs face à l'attitude du nouveau président de la Fed.

 

Depuis sa deuxième conférence de presse à l'issue d'une réunion de la Réserve fédérale, le nouveau président de l'institution monétaire américaine est sous le feu des critiques et des commentaires, parfois déconcertants. Pour résumer, nombre d'observateurs disent ne pas comprendre son processus décisionnel. Celui-ci n'a cessé de mettre en exergue sa volonté de ramener l'inflation vers son objectif, ce qui n'est plus le cas depuis près de cinq ans, tout en refusant, il y a quelques jours, de relever les taux d'intérêt aux États-Unis.

Les tensions enregistrées sur le marché obligataire américain sont d'ailleurs la meilleure illustration de l’incompréhension des investisseurs face à l'attitude de K. Warsh.

Mais, un instant! Au moment de sa nomination et lors des auditions qui l'ont accompagnée, ce dernier avait pourtant été très clair sur sa volonté de modifier en profondeur la manière dont est conduite la politique monétaire. On ne peut donc pas dire que les investisseurs n’avaient pas été prévenus. De plus, dès sa première réunion à la tête du Comité fédéral de l'open market (FOMC), il a d'ailleurs mis ses actes en accord avec ses paroles: suppression de la forward guidance, abandon du processus des «dots» et création de cinq groupes de réflexion chargés d'examiner différents aspects du cadre de la politique monétaire. Rappelons également que K. Warsh n'est que le primus inter pares de la Fed et que ses collègues ont naturellement participé à l'ensemble de ces décisions. Il n’est donc pas le seul «coupable».

K. Warsh apparaît moins comme un idéologue que comme un pragmatique. La mise en place des cinq groupes de réflexion au sein de l'institution monétaire de Washington en fournit sans doute la meilleure démonstration.

On mesure l'importance de l'institution monétaire dans l'architecture de nos économies. K. Warsh n'est d'ailleurs pas le premier responsable de banque centrale à susciter des critiques acerbes. On pourrait même soutenir que les banquiers centraux qui échappent à la controverse sont davantage l'exception que la règle, quel que soit le continent concerné.

Mais revenons au fond du sujet. K. Warsh part d'un constat simple: le cadre qui a régi la conduite de la politique monétaire au cours de la dernière décennie s'est révélé insuffisamment efficace si l'on en juge par les résultats obtenus en matière d'inflation. Dès lors, contrairement à ses détracteurs, qui auraient préféré qu'il ne change rien malgré les limites évidentes du système actuel, il a choisi d'agir.

En son temps, Margaret Thatcher avait répondu à ses critiques par une formule devenue célèbre: «The lady's not for turning». Même si comparaison n'est pas raison, la logique qui sous-tend la position de K. Warsh lors de sa dernière conférence de presse apparaît similaire. Il entend réformer la conduite de la politique monétaire, et une telle transformation ne peut s'opérer du jour au lendemain. Il souhaite également renoncer à une gestion trop directive des anticipations des marchés et revenir à un cadre moins déterministe dans la conduite des taux d'intérêt.

Certes, le rôle central de la politique monétaire dans le fonctionnement des économies modernes implique que cette orientation n'est pas dénuée de risques. Toutefois, la réalité à laquelle la Réserve fédérale est confrontée, à savoir son incapacité persistante à ramener durablement l'inflation vers sa cible, constitue un défi plus important encore. Dans ce contexte, K. Warsh apparaît moins comme un idéologue que comme un pragmatique. La mise en place des cinq groupes de réflexion au sein de l'institution monétaire de Washington en fournit sans doute la meilleure démonstration.

Par ailleurs, l'idée que les investisseurs doivent gérer davantage d'incertitude face à une Réserve fédérale plus sibylline n'a rien de véritablement nouveau, du moins pour ceux qui ont connu les marchés avant les années 2000. Il suffit de se souvenir d'Alan Greenspan. Les marchés financiers n'ont jamais cessé de fonctionner sous sa présidence de la Fed, bien au contraire.

En conclusion, laissons à K. Warsh le temps de s'imposer, d'évaluer les travaux des nouveaux comités qu'il a mis en place et d'en tirer les enseignements d'ici à la fin de l'année 2026. Habituons-nous également à une nouvelle manière de concevoir et de conduire la politique monétaire.

L'exercice ne sera sans doute pas simple, mais il paraît préférable au maintien d'une situation dans laquelle l'inflation américaine demeure insuffisamment maîtrisée. En substance, le message de K. Warsh est simple: lorsque la méthode en place ne produit pas les résultats escomptés, il faut avoir le courage d'essayer autre chose.

Partir du principe que cette démarche est vouée à l'échec avant même d'en constater les effets serait une erreur. Que les marchés doivent s'adapter à cette nouvelle forme d'incertitude n'est d’ailleurs pas nécessairement une mauvaise chose.

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