L’économie mondiale prise entre forces structurantes et tensions géopolitiques

François Savary, Genvil SA

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Jusqu’aux développements récents dans le Golfe persique, les marchés actions ont débuté l’année sur les chapeaux de roue. Deux raisons principales peuvent l’expliquer.

© Keystone

 

À l’aube de 2026, nos réflexions sur le scénario pour la conjoncture mondiale et les marchés financiers nous avaient conduits à nous pencher sur la lettre D, car derrière celle ci se cachent plusieurs forces structurantes qu’il nous était apparu dangereux d’occulter. En effet, dans un monde de plus en plus mouvant, celles-ci ont le mérite d’offrir un cadre de référence pour tenter de jauger les développements possibles pour l’économie mondiale, au-delà des seules données économiques.

Derrière cette lettre de l’alphabet se profile en filigrane (évidemment ce n’est pas un hasard) celle du prénom de l’hôte de la Maison Blanche. Concrètement, de quoi s’agit-t-il?

D comme Deal (la nouvelle diplomatie mondiale).

D comme Dédollarisation (le grand thème de la fin de l’exceptionnalisme américain).

D comme Débasement (l’engouement des investisseurs pour l’or et les métaux précieux, nourri par la défiance envers les monnaies papier et l’explosion de l’endettement, US en particulier).

D comme (Dés)ordre international (le passage du règne de la loi à la loi du plus fort).

Auxquels il faut ajouter un nouveau D, celui de Davos, symbolisant la fissure croissante au sein de l’alliance occidentale et la réaction de l’Europe face aux menaces répétées de D. Trump, qui a émergé en janvier.

Le cadre ainsi défini nourrit des interrogations plus qu’il ne conduit à des réponses définitives. C’est d’ailleurs sa spécificité! 

Vivre dans un contexte plus incertain n’a rien de nouveau – le «monde des D» en témoigne. Nous nous y sommes en grande partie habitués. 

À première vue, un contexte peu propice aux actifs risqués. Et pourtant! Jusqu’aux développements récents dans le Golfe persique, les marchés actions ont débuté l’année sur les chapeaux de roue. Deux raisons principales peuvent l’expliquer.

D’abord, les investisseurs ont intégré depuis janvier 2025 que les agitations de l’administration américaine et les incertitudes qu’elles génèrent sont souvent temporaires ou finalement «moins pires» que ce que l’on pouvait craindre initialement. Même s’il faut rester vigilants et ne pas partir du principe que le fameux TACO (Trump always chickens out) se matérialisera perpétuellement, il n’est pas déraisonnable de penser que plus que la rupture, le «maître du deal» cherche avant tout à extorquer des avantages.

Ensuite – pour ne pas dire surtout – parce que la conjoncture mondiale évoluait dans la bonne direction entre la fin de 2025 et la nouvelle année, avec des signes de plus en plus visibles d’un atterrissage en douceur. Mieux encore, il n’était pas déraisonnable d’attribuer une probabilité non nulle à un scénario d’accélération de la croissance mondiale en seconde partie d’année.

Les tensions récentes sur le front iranien ont, bien naturellement, ravivé les doutes concernant les perspectives économiques. 
Faut il pour autant aller jusqu’à remettre en cause l’idée qu’un atterrissage doux de l’économie mondiale reste le plus probable? En d’autres termes, alors qu’une récession   «naturelle» paraissait peu probable début 2026, devons-nous désormais craindre une récession exogène, liée aux tensions sur les prix du pétrole?

Nous pensons qu’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives. Certes, le risque d’une dégradation du cycle économique – avec un scénario stagflationniste en premier lieu – a augmenté, il faudrait être «idiot» pour le contester au regard du comportement des marchés financiers depuis la fin février. Cependant, nous restons convaincus qu’il est trop tôt pour abandonner notre scénario central.

À ce stade, nul ne sait quelle sera l’ampleur et surtout la durée des tensions sur les prix pétroliers et sur l’énergie au sens large.

C’est ce qui explique que, tout en ayant réduit notre exposition aux actifs risqués dès le 27 février et renforcé le mouvement lorsque le cours de l’or noir a franchi les USD 100, nous n’ayons pas opté pour une démarche radicale de fuite aux abris.

Si les hypothèses que nous avions formulées en début d’année sur la croissance économique, celles sur l’évolution des bénéfices et celles relatives au maintien d’un contexte monétaire favorable doivent être partiellement réévaluées, rien ne justifie pour l’instant de les écarter définitivement.

Vivre dans un contexte plus incertain n’a rien de nouveau – le «monde des D» en témoigne. Nous nous y sommes en grande partie habitués. 

Une désescalade dans le Golfe, qui nous semble probable, devrait contribuer à calmer les inquiétudes conjoncturelles, même si l’impact inflationniste de la hausse des cours du pétrole depuis quelques semaines restera, lui, inévitable. Cependant, si les grands argentiers trouvent la capacité de regarder au-delà d’un effet (temporaire) du baril sur les indices de prix, le contexte pour les actifs risqués ne devrait pas changer radicalement. 

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