Warsh réagira aux investisseurs, pas l’inverse

Arthur Jurus, ODDO BHF

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Plus que le niveau des taux, c’est le positionnement intellectuel de Kevin Warsh qui marque une rupture.

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La Fed a laissé ses taux directeurs inchangés, une décision largement attendue par les marchés. La surprise est venue d’ailleurs. Plus que le niveau des taux, c’est le positionnement intellectuel de Kevin Warsh qui marque une rupture. Alors que les banques centrales ont progressivement habitué les investisseurs à être guidés par une communication toujours plus détaillée, le nouveau président de la Fed semble vouloir inverser cette relation.

Warsh a en effet laissé entendre que les marchés devaient retrouver leur rôle premier : interpréter l’économie plutôt que décoder les intentions de la banque centrale. La hausse des taux réels et nominaux observée depuis juin lui apparaît comme la preuve que les investisseurs sont capables de produire eux-mêmes une lecture économique lorsque la Fed réduit ses indications prospectives. Cette vision tranche avec l’ère Powell, où la communication était devenue un instrument central de la politique monétaire. En creux, Warsh semble considérer que les marchés doivent davantage «jouer le ballon» que «l’arbitre».

Warsh a explicitement lié la trajectoire future des taux à une éventuelle détente géopolitique au Moyen-Orient. Une telle conditionnalité surprend. 

Le deuxième message important concerne l’inflation. Warsh a réaffirmé sans ambiguïté l’objectif de 2% et s’est montré particulièrement prudent face aux anticipations de baisse des taux. Selon lui, le statu quo actuel ne constitue pas l’aboutissement du cycle mais un point de départ. Malgré les chocs récents, il continue de juger l’économie américaine résiliente et refuse d’adopter une posture d’attentisme. Le message est clair: l’absence de hausse aujourd’hui ne signifie pas que le prochain mouvement sera nécessairement une baisse.

Cette réunion révèle également une Fed plus divisée qu’auparavant. Trois présidents régionaux, Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan, ont voté en faveur d’un relèvement des taux directeurs, invoquant des indicateurs de sentiment qui suggèrent une persistance des pressions inflationnistes. La présence d’une minorité dissidente crédible augmente mécaniquement le risque de surprise lors des prochaines réunions et réduit la visibilité offerte aux investisseurs.

Autre élément inédit, Warsh a explicitement lié la trajectoire future des taux à une éventuelle détente géopolitique au Moyen-Orient. Une telle conditionnalité surprend. Les investisseurs ont l’habitude d’évaluer les décisions de politique monétaire à travers les données d’inflation, d’emploi ou de croissance. Introduire une variable géopolitique aussi volatile dans la fonction de réaction de la Fed ajoute un degré supplémentaire d’incertitude à l’équation monétaire.

Enfin, la création de cinq groupes de travail chargés de réexaminer la communication de la Fed, son bilan, ses sources de données, l’impact de l’intelligence artificielle sur le marché du travail et son cadre d’inflation confirme que l’institution est entrée dans une phase de réflexion stratégique. Les conclusions ne sont attendues qu’en fin d’année. D’ici là, les marchés devront apprendre à naviguer dans un environnement où la Fed cherche moins à guider les investisseurs et davantage à observer la manière dont ils interprètent eux-mêmes la réalité économique. C’est probablement la véritable rupture introduite par Kevin Warsh.

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