SpaceX ou l’avènement du nouveau capitalisme boursier

Arthur Jurus, ODDO BHF

1 minute de lecture

Cette nouvelle configuration du marché crée des opportunités considérables, mais aussi des risques accrus.

 

L’introduction en bourse de SpaceX n’est pas seulement l’un des plus grands succès financiers récents. Elle constitue surtout une illustration spectaculaire des profondes mutations qui transforment aujourd’hui les marchés financiers. Derrière l’envolée du titre et l’engouement exceptionnel des investisseurs se dessine une nouvelle architecture des marchés, façonnée par deux forces majeures: la montée en puissance des investisseurs particuliers dans les technologies et la domination croissante de la gestion passive.

Depuis plusieurs années, une nouvelle génération d’investisseurs s’impose dans les segments les plus innovants de l’économie. Plus jeune, plus technophile et davantage disposée à accepter la volatilité, elle investit dans l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, la robotique, l’espace ou encore les actifs numériques. Ces investisseurs raisonnent souvent moins en termes de valorisation actuelle qu’en termes de potentiel futur. Leur question n’est pas de savoir si une entreprise est chère aujourd’hui, mais si elle peut devenir incontournable dans dix ans.

Lorsqu’une entreprise intègre un grand indice, les flux suivent mécaniquement, indépendamment de toute considération fondamentale.

Parallèlement, la gestion passive est devenue la principale force de réallocation du capital. Plus de la moitié des actifs mondiaux sous gestion sont désormais investis dans des stratégies indicielle. Lorsqu’une entreprise intègre un grand indice, les flux suivent mécaniquement, indépendamment de toute considération fondamentale. Cette évolution modifie profondément le processus de formation des prix et tend à amplifier les tendances déjà à l’œuvre sur les marchés.

SpaceX bénéficie précisément de la convergence de ces deux phénomènes. D’un côté, l’entreprise attire une communauté d’investisseurs fascinés par la vision entrepreneuriale d’Elon Musk et par le potentiel de l’économie spatiale. De l’autre, son intégration accélérée dans certains indices technologiques crée une demande structurelle de la part des investisseurs passifs. La combinaison d’un flottant limité et d’achats quasi automatiques peut ainsi engendrer des mouvements de cours particulièrement puissants.

Cette nouvelle configuration du marché crée des opportunités considérables, mais aussi des risques accrus. Lorsque les investisseurs de conviction et les investisseurs passifs convergent dans la même direction, les hausses peuvent être spectaculaires. L’inverse est également vrai. Les marchés deviennent plus sensibles aux récits dominants, aux flux et aux effets de concentration, ce qui augmente potentiellement la volatilité des actifs les plus recherchés.

Pour autant, la leçon à tirer n’est pas qu’il faut éviter les technologies ou l’intelligence artificielle. Au contraire, ces thématiques constituent probablement l’un des principaux moteurs de croissance de l’économie mondiale pour la prochaine décennie. L’erreur serait plutôt de confondre une tendance structurelle de long terme avec la recherche permanente du prochain titre à la mode.

Le rôle d’un gestionnaire de patrimoine responsable n’est pas de poursuivre les phénomènes de marché, mais de comprendre les transformations qui les sous-tendent. C’est dans cette logique que nous privilégions une exposition diversifiée à l’ensemble de la chaîne de valeur technologique et de l’intelligence artificielle, avec des entreprises telles qu’ASM International, Nvidia, Micron, Lam Research, Alphabet, Microsoft ou Siemens Energy. L’IPO de SpaceX nous rappelle finalement que la création de valeur durable provient moins de la chasse aux modes que de la capacité à identifier, comprendre et accompagner les grandes tendances structurelles de l’économie mondiale.

A lire aussi...