Nestlé a trouvé un partenaire financier pour Nestlé Waters, sa division dédiée aux eaux, marquée par le scandale des filtres illégaux et dont il cherchait à se désengager depuis 2024. Le géant romand compte céder la moitié de son unité à la société d’investissement américaine Platinum Equity afin de créer la coentreprise Peranel.
«Parmi plus de 30 marques dont les produits sont commercialisés dans 120 pays, Peranel compte des marques emblématiques d’eaux minérales naturelles telles que S.Pellegrino, Source Perrier et Acqua Panna, des boissons premium et d’hydratation fonctionnelle, la marque mondiale Nestlé Pure Life et de nombreuses autres grandes marques locales d’eau», selon le communiqué paru jeudi, en marge de la publication des chiffres semestriels.
Le portefeuille comprend aussi les marques vosgiennes Contrex, Hépar et Vittel ou encore la vaudoise Henniez, mais également des eaux aromatisées comme Maison Perrier, lancée dans la foulée du scandale des filtres illégaux sur l’eau minérale naturelle de la célèbre bouteille verte.
L’opération reste soumise aux procédures de consultation des instances représentatives du personnel et aux autorisations réglementaires requises. Un comité européen extraordinaire est agendé au 25 août, a indiqué Christophe Kauffmann, secrétaire fédéral CFDT Agri-Agro, contacté par l’agence AWP.
Le représentant syndical a assuré que «socialement, on sera très vigilant, car on a en mémoire ce qu’il s’est passé avec Froneri». Il fait référence à l’activité dans les glaces et aliments surgelés, formée par Nestlé en partenariat avec le fonds d’investissement français PAI Partners, qui détenait le britannique R&R Ice Cream. M. Kauffmann souligne qu’«il y a eu des suppressions d’usines et des baisses d’effectifs assez longtemps après» la formation de la nouvelle entité, rappelant qu’un fonds «veut rentabiliser son investissement». Il précise que des consultations sont prévues pour la France, la Belgique, l’Allemagne et la Grande-Bretagne.
La finalisation de la coentreprise est attendue au premier semestre 2027. L’opération valorise Peranel à 4,9 milliards d’euros (4,5 milliards francs). De plus, Nestlé prévoit d’encaisser environ 2,8 milliards de francs au premier semestre de l’an prochain.
Division à l’étude depuis deux ans
«Basée à Paris, Peranel sera dirigée par une équipe de direction expérimentée sous la conduite de Muriel Lienau, actuelle directrice générale de l’activité», ajoute le document. Cette dernière estime qu’il s’agit d’«une étape très importante pour nos équipes». Rien que sur le site de fabrication de l’eau pétillante Perrier à Vergèze, dans le Gard, un millier de personnes est employé.
La division a vu ses recettes reculer de plus de 2% à 1,78 milliard de francs sur les six premiers mois de l’année. Elle avait rapporté 3,5 milliards de francs de chiffre d’affaires en 2025.
Des échos de presse ont fait récemment état de l’abandon successif de partenaires de capital-investissement, l’américain KKR et le français Pai Partners. Mercredi, le journal Financial Times assurait que des négociations étaient sur le point d’aboutir avec Platinum Equity. En 2024, l’américain, qui revendique 48 milliards de dollars d’actifs, a racheté les activités de produits laitiers biologiques aux Etats-Unis du concurrent hexagonal Danone.
Début 2024, Nestlé, encore dirigé par Mark Schneider, faisait savoir qu’il voulait «réviser les modalités d’exploitation» de son unité Nestlé Waters, admettant que «les pratiques sur certains (... ) sites de production pourraient ne pas être en phase avec le cadre réglementaire applicable». Son successeur Laurent Freixe déclarait qu’«une fermeture serait un désastre» à propos de l’usine Perrier.
Nestlé Waters a été éclaboussée en France par les révélations sur traitements interdits pratiqués dans ses usines d’embouteillage. L’an passé, elle a finalement pu conserver l’appellation eau minérale naturelle sur ses bouteilles de Perrier et de Vittel. En mai dernier, des perquisitions ont eu lieu sur deux sites en France dans le cadre d’une information judiciaire pour tromperie. La direction de la division assurait alors «coopérer pleinement avec les autorités concernées».