C’est une semaine passée riche en enseignements que vit le marché, avec une première sortie publique du nouveau premier banquier au monde, un message de soutien aux actions de la part du marché de l’emploi, la prise de conscience croissante sur les parquets de trading que Super-Semi n’est pas invincible et qu’il y a une vie boursière après les puces, pendant que le marché déroule le tapis rouge aux actions de la vieille Europe et qu’un célèbre papy fait montre d’une résistance de jeune premier.
Honneur à cette lady trop souvent snobée. Les actions européennes poursuivent leur progression et l’élargissement de la hausse à davantage de secteurs laisse penser que le mouvement pourrait encore se prolonger. Le Stoxx Europe 600 (SXXP) inscrit un nouveau record vendredi et conserve une dynamique favorable, sans même évoluer en territoire suracheté. Depuis le 11 juin, date considérée comme un tournant avec l’espoir accru d’un accord provisoire entre les États-Unis et l’Iran, la hausse du marché s’est nettement élargie. Alors qu’elle reposait initialement surtout sur les financières et les industrielles, huit des onze grands secteurs contribuent désormais à la progression, avec notamment un retour marqué de la santé et des biens de consommation de base. L’énergie, les services de communication et la technologie restent en retrait, mais la faible pondération de la tech dans les indices européens constitue actuellement un avantage par rapport aux marchés américains et asiatiques, davantage pénalisés par les récentes hésitations du secteur.
L’Eurostoxx 50 (SX5E) avance de 3,1% sur la semaine, tandis qu’en Suisse le SMI progresse de 1,8% et le FTSE 100 britannique de 1,6%. Les services aux collectivités se distinguent particulièrement, soutenus par la baisse des craintes de nouvelles hausses de taux aux États-Unis après de faibles créations d’emplois en juin : Iberdrola, Enel et Engie gagnent entre 1,3% et 2,1%, un contexte de taux plus favorables étant positif pour ce secteur très endetté et à fort rendement de dividende. Les valeurs automobiles, malmenées en juin, rebondissent également dans un mouvement de rattrapage, à l’exception de Stellantis, qui reste sous pression après une dégradation de HSBC. Les semi-conducteurs se reprennent vendredi après leur baisse de la veille, ASML gagnant 3,6% grâce à la bonne tenue de Samsung et à des informations évoquant des discussions entre Anthropic et le groupe coréen pour produire une puce IA sur mesure. En Suisse, ABB progresse de 2,9% après un relèvement d’objectif de cours par RBC; le titre gagne désormais près de 50% depuis le début de l’année et se rapproche de son record historique.
Bien souvent lorsque les actions européennes se mettent à faire mieux que leurs jeunes sœurs Etats-Uniennes, on se met à croire que le moment est enfin arrivé de passer le témoin, que la prédominance boursière de Wall Street appartient peut-être au passé. Attention de ne pas se laisser aller à envoyer le NYSE aux oubliettes trop vite, ce dernier a une capacité à renaître de quasi-cendres unique au monde. La semaine passée montre ceci dit que l’envolée des semi-conducteurs n’est pas infaillible. Après un trimestre record pour l’indice SOX, les investisseurs commencent à s’interroger sur la durée réelle de la demande, alors que les projets de Meta visant à monétiser sa puissance de calcul IA, la recherche par Apple d’alternatives chinoises moins coûteuses et les discussions d’Anthropic en Asie alimentent les doutes. Malgré ces tensions, le S&P500 (SPX) gagne 1,8% sur une semaine écourtée (Wall Street en vacances vendredi pour célébrer l’indépendance des Etats-Unis), en revanche les semis (SOX) subissent un coup d’arrêt brutal et égarent un peu plus de 4%.
Sur la partie des taux, les rendements américains montent la semaine passée, surtout sur les maturités longues, après les chiffres de l’emploi et les propos plus rassurants de Kevin Warsh sur l’inflation. Les minutes de la Fed et plusieurs émissions du Trésor seront particulièrement suivies cette semaine. En Europe, les taux remontent également, les investisseurs refusant d’écarter totalement de nouveaux resserrements de la BCE après Sintra, même si un mouvement supplémentaire important paraît peu probable.
Enfin, le dollar termine la semaine en baisse face à presque toutes les devises du G10, tandis que le marché surveille toujours un éventuel interventionnisme japonais et que l’activité sur les changes semble déjà entrer dans son traditionnel ralentissement estival. La paire EUR/USD évolue à 1,1433, juste au-dessus de sa zone de support 1,1411 – 1,1400.
Premier examen réussi ? La stratégie de Kevin Warsh à la tête de la Fed semble jusqu’ici fonctionner remarquablement bien, tant pour lui que pour les marchés financiers, son premier message ferme, promettant de ramener l’inflation vers l’objectif, a immédiatement renforcé la crédibilité de la banque centrale, fait baisser les taux longs et préservé la hausse des actions. Cette posture a d’abord conduit les investisseurs à anticiper de nouvelles hausses de taux, faisant monter les rendements courts et le dollar, mais la détente des prix du pétrole a ensuite permis à Warsh d’adopter un ton moins restrictif à Sintra sans affaiblir son message initial. Désormais, avec un marché de l’emploi qui ralentit également, les investisseurs peuvent se montrer plus sereins sur la trajectoire de la Fed et se reconcentrer sur la croissance.
Résumons: le marché apprécie l’idée qu’il y a manifestement un capitaine aux commandes de la Réserve Fédérale des Etats-Unis, qui s’est même permis de préciser que sa priorité est la lutte contre l’inflation. Le marché de l’emploi sert une soupe plutôt tiède aux actions, qui adorent ce plat, papy Dow Jones est au 7e ciel, l’Europe profite de la grande rotation en cours au sein des secteurs aux Etats-Unis, rotation bienvenue et probablement fort saine. Le détroit d’Ormuz se rouvre progressivement, le cours du baril de WTI Light Crude se détend, contribuant à une forme de soulagement général dans les salles de marchés. Dès le 9 juillet grand apéro organisé par Pepsico qui fera office d’ouvreur de la saison des résultats de sociétés au deuxième trimestre, saison qui débutera réellement le 14 juillet avec les grandes banques de Wall Street.
À l’orée du mois de juillet, il est fréquent que l’activité boursière soit saisie d’une certaine forme de torpeur, ou peut-être aussi que les investisseurs préfèrent simplement se consacrer à leurs vacances plutôt qu’à leur portefeuille titres. Dans ce contexte, voyons de plus près où se trouve le momentum du marché, jetons aussi un regard aux petites capitalisations, qui commencent à se faire remarquer à nouveau.
Le formidable «momentum trade» de 2026 pourrait subir un débouclage brutal en juillet: les investisseurs se sont massivement concentrés sur les actions qui montaient déjà le plus, notamment les semi-conducteurs et les gagnants de l’IA, au point de rendre ces positions extrêmement encombrées (crowded trade). Après une envolée spectaculaire au deuxième trimestre, les premiers signes de retournement sont apparus début juillet, avec un net recul des stratégies momentum et des valeurs liées aux puces. Le risque est qu’en cas d’inversion de tendance, hedge funds, fonds quantitatifs et algorithmes cherchent tous à sortir simultanément des mêmes positions, amplifiant fortement la baisse. Juillet est en outre historiquement un mois délicat pour le momentum, et une rotation semble déjà se dessiner vers des secteurs jusque-là délaissés comme la santé, les financières ou certaines valeurs cycliques. Il ne s’agit pas ici de prédire une chute du marché, mais plutôt d’attirer l’attention de tout un chacun sur un possible retournement interne, où les grands gagnants de 2026 pourraient brutalement sous-performer tandis que les retardataires reprendraient le relais; une telle rotation pourrait même être saine pour prolonger le bull market, à condition qu’elle ne déclenche pas de ventes forcées généralisées.
À ce sujet, Bank of America met en garde contre un possible retour de bâton des actions américaines après la forte hausse récente. Selon la banque, la spéculation atteint des niveaux extrêmes: les titres aux valorisations élevées surperforment désormais les actions bon marché dans des proportions inédites depuis février 2000, au sommet de la bulle internet. Cette euphorie est particulièrement visible dans l’IA et les semi-conducteurs, avec des performances spectaculaires comme celle de Micron. BofA souligne aussi que 7 de ses 10 indicateurs annonciateurs d’un marché baissier sont activés et que le S&P 500 apparaît cher sur 17 des 20 critères de valorisation suivis. La banque maintient ainsi un objectif de 7100 points pour fin 2026, soit environ 5% sous les niveaux actuels, ce qui effacerait une large partie des gains de l’année. Elle ne prévoit pas nécessairement un krach, mais plutôt une correction liée à un «snapback» des valorisations, et recommande de privilégier davantage les secteurs cycliques et moins chers, comme la finance, l’énergie et les matériaux, plutôt que de continuer à courir après les grands gagnants de l’IA.
Les petites capitalisations américaines connaissent un retour en force spectaculaire: le Russell 2000 (RTY) gagne 21,5% depuis le début de l’année, son meilleur premier semestre depuis 1991, et surperforme le Nasdaq d’environ 9 points, un écart inédit depuis 2006. Pour le Wall Street Journal, cette envolée est importante car elle montre que la hausse du marché, longtemps concentrée sur quelques géants technologiques et grands gagnants de l’IA, commence enfin à s’élargir à d’autres segments. Les investisseurs se tournent davantage vers des sociétés plus petites, souvent moins chères, plus domestiques et sensibles à la vigueur de l’économie américaine, tandis que certains secteurs comme l’industrie, la santé et la consommation attirent de nouveaux flux. Les perspectives bénéficiaires jouent également un rôle clé: les analystes anticipent une forte progression des profits des entreprises du Russell 2000 en 2026.
Les cours du pétrole enregistrent une quatrième semaine consécutive de repli, avec le WTI Light Crude de retour à 68,58 USD le baril. Les investisseurs anticipent un rétablissement progressif de l’approvisionnement au Moyen-Orient, dans un contexte où les échanges indirects entre Washington et Téhéran paraissent avancer. Cette amélioration des perspectives d’offre contribue à réduire la prime de risque géopolitique, même si la courbe des contrats à terme reste pour l’heure en backwardation: les échéances proches se négocient plus cher que les livraisons plus lointaines, signe que le marché continue d’accorder une prime au brut disponible rapidement. Aux Etats-Unis, l’offre demeure par ailleurs abondante, avec une production à des niveaux historiquement élevés et des flux d’exportation toujours soutenus selon les dernières données de l’EIA.
Au chapitre des métaux précieux, l’or est parvenu à rapidement repasser au-dessus de la barre symbolique des 4000 dollars l’once, puis à réintégrer son canal haussier de début 2024, cours actuel 4160 dollars, les vents contraires que constituent un dollar fort et des rendements obligataires élevés n’ont pas disparu, c’est à suivre de près.
Au menu macro-économique de ce lundi, l’attention se concentrera sur plusieurs indicateurs d’activité américains. Les PMI de S&P Global sont attendus globalement stables en juin, ce qui confirmerait une croissance toujours positive mais modérée de l’économie privée. L’indice ISM des services devrait pour sa part légèrement ralentir, tout en restant confortablement en zone d’expansion. Dans le détail, les nouvelles commandes pourraient perdre un peu de vigueur, l’emploi resterait fragile et toujours en contraction, tandis que les tensions sur les prix devraient se détendre quelque peu mais demeurer élevées. Dans l’ensemble, le consensus table donc sur un secteur des services encore solide, sans véritable accélération, avec une inflation toujours à surveiller.
Du côté des sociétés, le week-end est surtout animé par plusieurs opérations stratégiques et par la poursuite de l’euphorie autour de l’intelligence artificielle. En Europe, easyJet se dit prête à accepter en principe l’offre améliorée du fonds américain Castlelake à 6,90 livres par action, qui valorise la compagnie britannique autour de 5,5 milliards de livres, tandis que Continental accélère son recentrage avec la vente de ContiTech à Lone Star pour 4 milliards d’euros. Dans le retail britannique, Next préparerait une offre sur Harvey Nichols, alors qu’Uber aurait mis en pause une partie de son expansion européenne dans la livraison de repas pendant qu’il poursuit des discussions autour d’une opération avec Delivery Hero. En Asie, Samsung Electronics concentre l’attention avant la publication de ses résultats préliminaires, avec un bénéfice opérationnel trimestriel attendu autour de 86’000 milliards de wons, soit près de 18 fois son niveau d’il y a un an, porté par l’envolée des prix des mémoires et la demande liée à l’IA. SK Hynix prépare de son côté une gigantesque cotation américaine sur le Nasdaq, tandis que Foxconn confirme la vigueur du cycle avec un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de près de 40%, supérieur aux attentes, grâce notamment aux serveurs IA.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo recule de 0,75%, Hong Kong progresse de 0,8%, Shanghai grappille 0,08%, Séoul perd 1,77% et le Nifty50 monte de 0,34%. Les futures US sont en progression de 0,2% sur le SPX et 0,6% sur le NDX, l’Europe est indiquée en repli de 0,2%. La courbe des taux US est plutôt stable, le 2 ans à 4,12%, le 10 ans à 4,46% et le 30 ans à 4,97%.