L’actualité de cette déjà presque fin de semaine boursière est plutôt riche, faite d’un désamour (passager?) pour les semi-conducteurs, d’une histoire d’amour tout en haut de l’Empire State Building, d’un changement de cap manifestement concerté dans la communication des principales banques centrales de la planète, de Meta qui ajoute une nouvelle couche au narratif du moment, des logiciels qui retrouvent quelque attrait aux yeux des investisseurs (merci Guggenheim) et du très attendu rapport sur l’emploi aux Etats-Unis, qui sortira cet après-midi.
On démarre avec la séance de trading de ce mercredi, qui voit les semi-conducteurs (SOX) être renvoyés à leurs études par des investisseurs soucieux de cristalliser une partie des gains stratosphériques observés cette année, le SOX gagne 89% depuis le premier janvier malgré son repli de plus de 6% hier soir. Dans le rôle principal des bad guys c’est sans surprise qu’on retrouve les héros de la veille soit Micron Tech, Sandisk et Intel. En parallèle, tous les sept magnifiques sauf Nvidia progressent hier, dans des volumes d’échanges en net repli (summer doldrums?) et un breadth (l’écart entre les titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse) positif sur le S&P500 (SPX) et le Nasdaq100 (NDX).
Le podium du jour du SPX se compose des services de communication, des financières et de la consommation discrétionnaire. La tech est bonne dernière, pourtant c’est Meta qui emmène le peloton vers le sommet du col, après un article de l’agence Bloomberg indiquant que le groupe espère vendre à des tiers sa puissance de calcul excédentaire; autrement dit, après avoir massivement investi dans des infrastructures et des puces pour l’intelligence artificielle, Meta pourrait louer ou commercialiser une partie de cette capacité informatique inutilisée, ce qui permettrait de mieux rentabiliser ses dépenses dans les data centers et serait donc perçu positivement par les investisseurs. Revenons sur le terme «puissance de calcul excédentaire». Le dernier mot pose problème, qui implique que les investissements en la matière sont peut-être allés trop loin, c’est probablement la raison principale des dégagements assez marqués observés hier dans le secteur des semi-conducteurs.
Le secteur des logiciels retrouve quelques couleurs après la publication d’une note chez Guggenheim, qui estime que le marché exagère le risque que l’IA fasse dérailler le modèle économique de Salesforce. L’IA agentique représente bien une menace réelle pour les éditeurs de logiciels, mais le scénario catastrophe actuellement intégré dans le cours de l’action paraît excessif et déconnecté de la réalité, selon Guggenheim. L’action Salesforce (CRM) progresse de 4,23% hier.
La volatilité est quasiment au tapis, le VIX ne bouge guère hier, il clôture à 16,59. Côté monnaies le combat entre le dollar et l’euro se poursuit autour du niveau de 1,1400, ce matin le billet vert tente de prendre le dessus, cours actuel 1,1389, le cas échéant cela ne devrait pas plaire à l’or, qui se rebelle après avoir cassé le niveau de 4000 dollars l’once hier. La relique barbare est de retour à 4075 dollars, ce faisant elle tente de défendre le fameux niveau de 4000 dollars et aussi de réintégrer son canal haussier entamé début 2024. Les vents contraires puissants que constituent un dollar fort et des rendements obligataires élevés ne sont pas tombés, c’est à suivre de près. Côté marché obligataire cela reste plutôt tendu, le 2 ans US évolue à 4,17%, le 10 ans à 4,49% et le 30 ans à 4,98%.
Au chapitre des banques centrales, cela sent la concertation à plein nez. La Fed, la BCE et la Banque du Japon semblent s’être entendues sur le principe de moins parler au marché et de le laisser digérer les statistiques macro tout seul, comme un grand.
L’intervention de Kevin Warsh au forum de la BCE à Sintra est surtout marquée par un ton très prudent et anti «forward guidance». Le nouveau président de la Fed refuse de donner des indications précises sur les prochaines décisions de taux et invite les marchés à se concentrer davantage sur les données économiques en temps réel que sur les signaux envoyés par la banque centrale. Il affirme néanmoins que les risques d’inflation ont diminué récemment, tout en rappelant fermement que la Fed ne tolérera pas durablement une inflation supérieure à son objectif de 2%. Warsh insiste aussi sur l’indépendance de la Fed face aux pressions politiques et veut revenir à une approche plus sobre de la communication monétaire, moins interventionniste et moins rassurante pour les marchés. En parallèle, Christine Lagarde adopte un message assez similaire côté BCE, en soulignant que les risques sur l’inflation et la croissance en zone euro sont devenus plus équilibrés. Au final, le message principal est que les grandes banques centrales restent vigilantes: elles reconnaissent une détente des pressions inflationnistes, mais ne veulent pas encore ouvrir clairement la porte à un assouplissement rapide.
Au Japon le yen progresse légèrement après que l’agence Reuters a rapporté que les autorités japonaises vont cesser de signaler à l’avance leurs interventions, afin d’agir plus brusquement contre les spéculateurs.
Sentimentrader indique que le sentiment sur le marché obligataire devient très négatif, ce qui peut paradoxalement devenir un signal positif pour les obligations. En parallèle, le ratio actions/obligations, très élevé après la forte surperformance récente des actions face aux obligations, commence à se retourner : historiquement, ce type de configuration a souvent précédé un rebond de plusieurs mois des obligations américaines, mais aussi une phase de faiblesse à court terme pour le SPX.
Le Wall Street Journal publie un article qui mentionnes les grands économistes et banquiers centraux réunis au forum de la BCE à Sintra. Ces derniers s’inquiètent de plus en plus des risques liés à l’IA. Le potentiel de productivité reste important, mais le danger vient surtout d’un emballement financier: les géants de l’IA s’endettent massivement, les investisseurs utilisent aussi davantage de levier pour parier sur le thème, et les valorisations semblent très exigeantes. Plusieurs scénarios inquiètent: si l’IA réussit trop vite, elle pourrait détruire des emplois et peser sur la consommation; si elle déçoit, les investissements colossaux actuels pourraient ne pas générer les rendements attendus. Le risque est amplifié par la concentration du marché, les dix plus grosses valeurs du S&P 500 représentant environ 40% de l’indice, tandis que l’IA capte une part énorme du financement obligataire et du venture capital. Autre inquiétude: la cybersécurité, car l’IA peut identifier des failles plus vite que les entreprises ne peuvent les corriger. En clair, l’article ne dit pas que l’IA est une mauvaise chose, mais que le boom actuel pourrait devenir dangereux si les attentes, l’endettement et la concentration de marché vont trop loin.
Au menu macro-économique de ce jeudi, à 14h30, les marchés surveilleront deux indicateurs clés du marché du travail américain : le rapport mensuel sur l’emploi de juin, aussi appelé NFP, qui indique combien d’emplois ont été créés hors secteur agricole, ainsi que l’évolution du taux de chômage et des salaires et les inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine du 27 juin, qui donnent une lecture plus récente des licenciements.
Novartis obtient l'approbation de l'UE pour Itvisma dans l'amyotrophie spinale. Apple en discussions pour l'achat de puces mémoire auprès de deux entreprises chinoises. Le groupe prévoit par ailleurs de nouveaux iPad Pro et un MacBook Pro d'entrée de gamme repensé pour 2027. Musk dément une information du WSJ sur un prototype de téléphone IA de SpaceX. Lockheed Martin décroche un contrat de 347,5 MUSD auprès de l'US Army. OpenAI a discuté avec le gouvernement américain d'une participation de 5% à son capital, selon le FT. BYD est en passe de ravir à Tesla le titre de premier vendeur mondial de voitures entièrement électriques. SoftBank relance les discussions pour un prêt de 10 milliards de dollars garanti par sa participation dans Open AI.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent globalement en baisse, hormis Hong Kong qui rattrape son retard de la veille et monte de 0,67% alors que le Nifty50 grappille 0,31%. Tokyo perd 2,4%, Shanghai rend 1,37% et Séoul est punie de 7,22%, l’indice KOSPI est truffé de semi-conducteurs. Le future Nasdaq recule de 0,4%, l’Europe est indiquée en léger repli à l’ouverture de 9 heures.