Le vieil adage «there is no such thing as a free lunch» s’applique parfaitement aux marchés financiers. Il n’y a pas de rendement sans risque, mais la prise de risque peut coûter cher. A long terme, la prise de risque est rémunérée, mais à court terme, elle peut entraîner des pertes significatives.
Beaucoup de thèmes qui ont très bien performé jusqu’à récemment se sont retournés (défense, or, cryptos), et les biais des investisseurs rendent souvent difficile la cession d’un actif qui a perdu en dynamique, car on s’attend toujours à ce que ça reparte. Mais si ces thématiques se sont retournées, c’est pourtant parce qu’il y a davantage de flux vendeurs que d’acheteurs.
A l’approche de la pause estivale, trois sources majeures de risque doivent être prises en compte dans les décisions d’investissement. Ce sont néanmoins de notre point de vue des considérations tactiques dans une tendance de marché qui resterait portée par la croissance des profits, le repli des prix de l’énergie, et le supercycle d’investissement lié à la technologie, la défense et les infrastructures:
- Diversifier le risque tech. Le risque le plus important, compte tenu de la concentration des indices d'actions aux Etats-Unis, est celui de la tech. Le rendement des investissements des hyperscalers dans les data centers sera-t-il suffisant pour couvrir le coût du capital? Dans un monde où la technologie évolue à vitesse éclair, ces centaines de milliards investis dans des équipements se déprécieront-ils rapidement? Les mauvaises nouvelles peuvent coûter très cher. Mais la technologie est toujours source de progrès et Amazon, Meta et Alphabet ont su, par le passé, monétiser leurs investissements. Pourquoi en serait-il autrement cette fois-ci? La croissance des bénéfices reste extraordinaire, mais la prise de conscience que la mécanique peut s’enrayer entraîne actuellement de la volatilité sur ce segment.
Nous avons ainsi récemment repondéré l’Europe et maintenons une exposition significative aux small caps US dans nos allocations, qui implique un biais plus marqué vers les valeurs industrielles. Le thème des valeurs intensives en énergie est complémentaire car modérément corrélé au thème tech, et devrait bénéficier du repli du prix du pétrole. Les valeurs industrielles (compagnies aériennes, biens d’équipement) continueraient à être portées si le prix du Brent converge vers 60 dollars/baril.
- Le risque géopolitique persiste mais a reculé récemment. Il pourrait revenir au terme de l’extension de 60 jours du cessez-le-feu entre l’Iran et les Etats-Unis, qui prendra fin mi-août. Toutefois, avant les élections de mi-mandat, Trump va chercher à contenir à tout prix un regain d’escalade des tensions avec l’Iran. La possibilité d’un règlement du conflit Ukraine/ Russie et le retrait des sanctions vis-à-vis de la Russie pourrait faire revenir le pétrole vers 60 dollars le baril et redonner de l’oxygène aux thèmes liés à la consommation discrétionnaire. Les valeurs liées aux voyages et aux loisirs (compagnies aériennes, aéroports, hôtels, croisiéristes, casinos) nous semblent attrayantes pour jouer le thème du recul du risque géopolitique. Il ne faut toutefois pas oublier que le risque géopolitique demeurera présent au cours des prochaines années.
- Enfin, les risques macroéconomiques ont également reculé avec le repli des cours de l’énergie. Mais les banques centrales restent sur le qui-vive et les marchés obligataires ne réagissent pas à la récente baisse des anticipations d’inflation. Nous trouvons néanmoins de la valeur dans les obligations et recommandons d’allonger la duration obligataire dans les portefeuilles, pour ajouter de la sensibilité à la baisse des taux sur les marchés qui devrait intervenir plus franchement à la fin de l’été, lorsque quelques chiffres d’inflation auront rassuré les banques centrales.