La frénésie de l’or a-t-elle atteint ses limites?

Philippe Ferreira, Kepler Cheuvreux Solutions

2 minutes de lecture

Après avoir culminé à 5300 dollars l’once fin janvier 2026, l’or a connu de violents à-coups et a échoué à jouer pleinement son rôle de rempart contre le retour du risque inflationniste.

 

Une ascension spectaculaire depuis 2022, inédite depuis la crise financière de 2008

Au cours des trois dernières années, l’or a connu une ascension spectaculaire. Depuis 2022, année marquée par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le gel des avoirs russes, l’or a enregistré une hausse spectaculaire de 35% par an. La dernière fois qu’on avait assisté à une telle progression était dans les années post-crise financière de 2008. A l’époque, la forte demande était due à la défiance à l’égard du système financier international. Après la crise souveraine en zone euro, l’or a toutefois connu une décennie blanche, i.e. il aura fallu attendre 2020 pour retrouver les niveaux de 2011/2012.

Une couverture imparfaite contre les risques

Les investisseurs attribuent souvent de grandes qualités à l’or, en tant qu’actif «sans risque» ou bien en tant qu’actif de couverture contre les risques géopolitiques et inflationnistes. En réalité, l’or est un actif plus volatil que les actions, et n’est donc pas du tout «sans risque». C’est aussi une couverture très imparfaite contre l’inflation et la géopolitique, comme l’ont de nouveau montré les évènements récents. A l’instar de 2022, lorsque les risques géopolitiques et inflationnistes ont augmenté suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’or n’a pas délivré de performances satisfaisantes pendant l’épisode de tensions au Moyen-Orient.

L’or a délivré la même performance que les actions au cours des vingt dernières années, sans corrélation significative avec celles-ci.

Un actif de diversification

Bien que ce soit un actif de couverture imparfait, l’or présente néanmoins plusieurs qualités. D’une part, c’est une réserve de valeur indépendante des Etats (lourdement endettés). C’est là que réside une partie de son attrait aujourd’hui alors que Trump souhaite remettre en question le rôle central du dollar dans le système monétaire international. Il y a peu d’alternatives au dollar (l’euro a ses propres défaillances, liées à une union économique imparfaite, notamment sur le plan budgétaire).  

De plus, l’or présente des propriétés statistiques intéressantes. Il a délivré la même performance que les actions au cours des vingt dernières années, sans corrélation significative avec celles-ci. C’est assez rare, ce qui renforce son attrait dans des portefeuilles diversifiés.

Perspectives

Si on se projette vers l’avenir, il nous semble que, malgré ses qualités imparfaites, il reste un actif intéressant à avoir en portefeuille. D’une part, l’or jouerait pleinement son rôle de moteur de performance si les banques centrales venaient à perdre leur indépendance, voire à financer les déficits budgétaires des Etats. Ce sujet est particulièrement présent aux Etats-Unis à l’heure actuelle, mais la montée du populisme en Europe pourrait également remettre en question la capacité des banques centrales à lutter contre l’inflation.

D’autre part, les tensions géopolitiques pourraient se traduire par un mouvement de dédollarisation. L’augmentation des réserves officielles en or par rapport aux bons du Trésor américains, de la part des banques centrales des pays émergents, constitue un facteur structurellement positif. Certes, leurs achats  semblent s’être stabilisés selon les chiffres officiels. Mais il est également possible que ces chiffres, fondés sur une base déclarative, soient mal renseignés ou sous-estimés.  

En conclusion, le manque d’alternatives au dollar et la singularité de l’or, en tant que seule réserve de valeur non adossée à un Etat, suggèrent qu’il devrait rester bien orienté. Attention toutefois à l’excès d’optimisme et à ne pas prendre de paris trop agressifs. L’or peut en effet connaître de longues périodes de performance nulle ou négative. 

A lire aussi...