L’attrait des stratégies de crédit multisectorielles

Mohammed Kazmi, UBP

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Les stratégies de crédit multisectorielles combinent diversification, revenu et gestion active dans un contexte de taux volatils.


Cette année, les marchés obligataires ont affiché des niveaux élevés de volatilité sur les taux d’intérêt, tandis que la volatilité sur les spreads de crédit est restée plus modérée. Ce contexte est la conséquence naturelle d’un environnement de croissance nominale plus forte, que les autorités sont incitées à maintenir pour remédier à des déficits structurels persistants. La première conférence de presse de Kevin Warsh, nouveau président de la Fed, a clairement montré que, de son point de vue, les indications prospectives ne constituent pas un outil efficace dans la panoplie de la Fed. Ceci devrait permettre le maintien d’une volatilité accrue des taux d’intérêt pendant que le marché s’adapte à cette transition.

Côté «investment-grade» (IG), il paraît important de construire des portefeuilles activement gérés et équilibrés – combinant risque de crédit et risque de taux d’intérêt. Ceci peut en effet les rendre plus résilients tout au long du cycle. Dans un contexte géopolitique tendu et incertain, il est également essentiel de constituer des portefeuilles avec un potentiel de flux de revenus diversifiés, tout en ayant la capacité d’opérer un trading actif si les circonstances venaient à changer. L’accent est donc mis ici sur la liquidité du portefeuille.

Ces caractéristiques sont au cœur de la construction de portefeuille pour les stratégies de crédit à revenu multisectoriel. Ces dernières peuvent ainsi afficher un profil IG tout en s’orientant vers des segments à même de générer des revenus de qualité. Notons parmi ces segments les obligations notées BBB et BB, la dette subordonnée, les CLO (obligations adossées à des prêts) de haute qualité, et les obligations souveraines en devises locales des marchés émergents. Le scénario d’une croissance sans surchauffe économique – qui peut pleinement se justifier dans le contexte actuel – favorise une approche sélective de ces investissements obligataires, en se focalisant sur les revenus de qualité.

Plus spécifiquement, les obligations BB continuent d’afficher un spread significatif par rapport aux obligations BBB, bien qu’elles présentent historiquement des profils de risque très similaires en termes de taux de défaut. Le segment BB recèle un large éventail d’opportunités parmi les entreprises actives dans les infrastructures essentielles, capables de générer des flux de trésorerie stables et prévisibles. Quant aux CLO, les fondamentaux devraient rester favorables, car les taux de défaut des pools de prêts à effet de levier sous-jacents demeureront vraisemblablement faibles dans un contexte de croissance satisfaisante du PIB nominal en Europe et aux Etats-Unis.

Par ailleurs, certaines devises des marchés émergents devraient voir leur potentiel haussier perdurer, notamment celles dotées d’un profil de «carry» attractif et qui constituent une source de revenus diversifiés. Les obligations souveraines en devises locales du Brésil, du Mexique et de l’Afrique du Sud devraient aussi présenter un attrait, au vu de leurs rendements réels intéressants, avec aussi des fondamentaux qui s’améliorent.

Adopter une telle approche sur le marché du crédit – moins contrainte par les indices de référence – peut permettre de saisir des opportunités sur tout le spectre de cette classe d’actifs. Il paraît judicieux de maintenir une allocation diversifiée sur les segments de crédit à haut revenu. Ceux-ci devraient en effet afficher une performance résiliente tout au long du cycle économique en raison de leur caractère défensif en termes de taux de défaut.

Avec l’apaisement du conflit au Moyen-Orient, l'attention devrait se recentrer sur la révolution de l'IA, laquelle reste une mutation structurelle profonde, et sur plusieurs années. Cette transformation technologique redéfinit les secteurs d'activité et génère une demande sans précédent pour des matières premières spécifiques et certains équipements, avec à la clé des opportunités d'investissement à long terme. Pour profiter de cette thématique et de l’élargissement de la base de bénéfices, les positions longues semblent devoir être privilégiées dans la technologie au travers des obligations convertibles, et en particulier de partenaires «hyperscalers» majeurs. Cette approche de crédit offre la possibilité d’obtenir des performances similaires à celles des actions tout en bénéficiant de la protection à la baisse qui caractérise les instruments obligataires.

La gestion active des taux d’intérêt s’est également avérée cruciale dans le contexte des tensions entre les Etats-Unis et l’Iran. Au début du conflit, les portefeuilles qui présentaient une duration en dollar américain (USD) et une duration minimale en euro (EUR) permettaient d’éviter la réévaluation («repricing») des taux de la BCE et la sous-performance des taux européens. Après que les marchés ont intégré trois hausses de taux de la BCE, il a paru préférable de réorienter la duration – depuis l’USD vers l’EUR. Ceci a ainsi eu pour effet de diminuer l’exposition au repricing ultérieur de la Fed, ce dernier étant induit par l’embellie des données sur l’emploi et par le changement de communication sous la houlette de son nouveau Président.

L’allocation à ces segments du crédit, associée à une gestion active de la duration, a pu permettre aux stratégies de crédit à revenu multisectoriel de continuer à surperformer le segment IG traditionnel. Il s’agit là d’un point d’entrée intéressant dans cette classe d’actifs pour optimiser les niveaux de «carry» en portefeuille.

Cela est d’autant plus vrai que le pic de pression inflationniste devrait désormais être derrière nous vu le recul des prix de l’énergie. Par ailleurs, la dynamique de l’inflation sous-jacente (hors énergie et biens alimentaires) demeure modérée, les revenus réels continuant de baisser à mesure que la croissance des salaires ralentit. Conséquence: les banques centrales ne devraient pas se montrer aussi restrictives que le marché ne l’avait anticipé. Les rendements globaux dans cette classe d’actifs étant élevés, il paraît attrayant de rester investi sur le marché pour en tirer parti, plutôt que de tenter de prévoir précisément ses fluctuations.

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