Synthèse
Un rapport sur l'emploi aux Etats-Unis plus solide que prévu a mis fin à neuf semaines de gains du côté des actions américaines,avec ainsi pour effet une très forte rotation hors du secteur des semi-conducteurs, et l'obligation pour les marchés de réévaluer à la hausse la trajectoire de politique monétaire de la Réserve fédérale (Fed). Sur le segment obligataire, les rendements ont nettement augmenté dans l’ensemble des marchés développés, alors que le crédit s’est montré résilient, les taux de défaut restant bien en deçà des moyennes à long terme. Le dollar US a poursuivi sa progression compte tenu de l’élargissement des écarts de taux, tandis que l’or a marqué une pause, dans l’attente d’une clarification de la situation géopolitique avant de reprendre sa tendance haussière structurelle.
Au-delà des chiffres
Macroéconomie
L'économie américaine a rendu son propre verdict avant même la conclusion d'un accord de paix officiel. L'indice ISM manufacturier a grimpé à 54,0 en mai, son plus haut niveau depuis début 2022, avec des hausses généralisées dans tous les sous-secteurs. Ceci suggère que cette progression reflète une demande réelle plutôt qu'une distorsion liée aux stocks. Le secteur des services a conforté ce tableau: les nouvelles commandes ont bondi, faisant passer l'indice composite de 53,6 à 54,5, même si les prix payés ont atteint leur plus haut de l'année. Cette tendance rappelle ainsi que les pressions inflationnistes liées aux coûts de l'énergie, aux perturbations de la chaîne d'approvisionnement et aux droits de douane ne se sont pas dissipées.
Parallèlement, les données sur le marché du travail ont remis en cause la thèse dite de «faible embauche, faible licenciement» qui a prévalu ces derniers mois et qui gagne du terrain. L’emploi non agricole (NFP) aux Etats-Unis a augmenté de 172’000 en mai, contre un consensus de 88’000, les mois précédents ayant été révisés à la hausse de 93’000 au total; le taux de chômage est resté stable, à 4,3%, tandis que la menace d’inflation salariale semble maîtrisée: les coûts salariaux unitaires n’ont augmenté que de 1,8% (en rythme annualisé) au premier trimestre et de 0,5% au cours des quatre derniers trimestres, la productivité absorbant une grande partie de la pression sur les rémunérations.
Dans la zone euro, les pressions stagflationnistes s’intensifient, même s’il est encore trop tôt pour établir un diagnostic complet. Les PMI des services ont été légèrement révisés à la hausse et restent en contraction; les ventes au détail d’avril ont reculé de 0,4% et le produit intérieur brut (PIB) du premier trimestre a été révisé à la baisse, passant de 0,2% à -0,1%, tandis que l’indice flash des prix à la consommation (IPC; CPI) de mai a montré une accélération de l’inflation sous-jacente («core», i. e. hors énergie et biens alimentaires), qui est passée de 2,2% à 2,5%. La composante Services a été le moteur de cette évolution, en particulier les transports et l'hébergement, des catégories qui ont tendance à réagir rapidement aux coûts de l'énergie et où des effets de répercussion sont vraisemblablement à l’œuvre
La Banque centrale européenne (BCE) se réunit cette semaine et devrait, selon les prévisions générales, relever ses taux. La question la plus intéressante est de savoir ce que les données à venir – une accélération de l'inflation sous-jacente, des contractions consécutives de l'indice des directeurs d'achat (PMI), et des résultats décevants dans le commerce de détail – impliquent pour le rythme au-delà de cette réunion. Aux Etats-Unis, les chiffres de l'IPC (CPI) de mai permettront de vérifier dans quelle mesure le choc énergétique s'est répercuté sur les prix à la consommation, tandis que notre scénario prévoit que l'inflation a encore de la marge pour s'accélérer davantage. Les enquêtes de confiance menées par la National Federation of Independent Business (NFIB) auprès des petites entreprises et par l'université du Michigan offriront une lecture parallèle permettant de déterminer si la confiance se stabilise à des niveaux faibles ou commence à se redresser.