Désormais, les marchés anticipent également des taux plus élevés pour ces banques centrales, mais bien que le déclencheur soit le même, les réponses de politique monétaire sont susceptibles de différer. Cela peut avoir des implications pour les investisseurs. Explication.
Pas tous égaux face à la hausse des prix
Le point de départ est similaire pour de nombreuses banques centrales : tant qu'il n'y a pas de perspective crédible de désescalade au Moyen-Orient, la voie vers des prix de l'énergie plus bas reste bloquée. Bien que toutes les économies ne soient pas également sensibles à la hausse des prix de l'énergie – par exemple, la dépendance de la Suisse est très faible – la pression sur les banques centrales pour resserrer la politique monétaire est susceptible d'augmenter dans de nombreux endroits.
Et bien que le choc inflationniste ne se manifeste pas encore dans les données de manière générale, les risques ont augmenté ces dernières semaines, en particulier dans l'esprit des consommateurs, des politiciens et des investisseurs.
Du côté de la BCE et de la Fed…
La BCE s'est manifestement sentie obligée de relever les taux, même si l'économie de la zone euro est en difficulté. Elle peut vouloir empêcher qu'un choc des prix ne se transforme en un problème de crédibilité, d'autant plus que les souvenirs du choc pétrolier de 2022 sont encore frais. Dans ce contexte, une hausse des taux préventive semble tout à fait raisonnable. La BCE réagit aux risques croissants d'inflation, même si l'environnement de croissance reste fragile.
Aux Etats-Unis, la situation est différente. Les risques d'inflation ont également augmenté et l'impact de la hausse des prix de l'énergie est perceptible. A cela s'ajoutent les coûts politiques, notamment à environ cinq mois des élections de mi-mandat. Cependant, la Fed opère sous un double mandat, qui exige une pondération plus équilibrée entre le plein emploi et l'inflation.
Malgré des données solides sur le marché du travail, les pressions salariales sont actuellement plus faibles qu'en 2022, réduisant le risque d'effets de second tour. Contrairement au marché, qui anticipe une hausse de taux d'ici la fin de l'année, la Recherche d’UBS ne prévoit pas d'augmentation cette année. Cela ne signifie pas que ce sera une navigation sans heurts.
Comme l'ont montré les dernières semaines, même un retard dans les baisses de taux attendues pourrait entraîner des turbulences sur les marchés boursiers, déplacer les taux de change et faire bouger les rendements.
… et de celui de la BNS
Pour la BNS, la Recherche d’UBS considère un changement des taux directeurs encore moins probable, principalement pour deux raisons. Premièrement, l'inflation en Suisse est faible avec des anticipations d'inflation fermement ancrées. Deuxièmement, le franc fort continue d'agir comme un tampon contre les pressions sur les prix importés.
En conséquence, le contexte de politique monétaire pour la BNS est différent de celui de la BCE. En effet, des anticipations d'inflation légèrement plus élevées et une certaine faiblesse du franc seraient probablement même les bienvenues ici.
Les risques d'inflation ont augmenté
Et chaque semaine qui passe sans un accord de paix crédible au Moyen-Orient rend la position des banques centrales plus difficile. Néanmoins, on ne prévoit pas de changement de politique monétaire de la part de la Fed ou de la BNS, et la BCE est également susceptible de ne pas atteindre les deux hausses de taux actuellement attendues.
La communication autour de ces décisions sera également pertinente : la Fed pourrait initialement affirmer qu'elle ne relâchera pas les rênes de sa politique monétaire, soutenant des rendements plus élevés et une appréciation supplémentaire du dollar, du moins à court terme. A l'inverse, la Recherche d’UBS est d’avis que la BNS est susceptible d'accueillir favorablement un franc plus faible, car la monnaie est trop chère et les anticipations d'inflation trop basses. Cela pourrait signifier que les banques centrales atténueront initialement l'euphorie actuelle du marché boursier plutôt que de la soutenir.
Etant donné les risques économiques imminents en cas de crise énergétique prolongée, on considère un resserrement prononcé de la politique monétaire comme peu probable. Et si un accord de paix est conclu au Moyen-Orient, les anticipations de nouvelles hausses de taux sont susceptibles d'être rapidement annulées.
On conseillera aux investisseurs de réagir calmement aux périodes de volatilité accrue et de s'en tenir à leur stratégie d'investissement. Après tout, on voit toujours des tendances structurelles pointant vers des prix des actions plus élevés, un franc plus fort et une nouvelle hausse du prix de l'or.