Les banques centrales sous les projecteurs: choc iranien, milliards investis dans l’IA et l’énigme Warsh

Erik Schafhauser, Saxo Bank Suisse

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Pour les investisseurs, Warsh ne signifie pas moins d’informations, mais des informations plus difficiles à interpréter.

Deux thèmes dominent les marchés à l’approche des décisions de politique monétaire les plus importantes de l’année: les répercussions économiques de la guerre en Iran et l’afflux sans précédent de capitaux dans l’intelligence artificielle. Ces deux forces influencent l’inflation, les taux d’intérêt et l’appétit pour le risque des investisseurs, compliquant considérablement la tâche des banques centrales.

Le choc énergétique ravive les risques inflationnistes

L’escalade militaire en Iran a profondément secoué les marchés mondiaux de l’énergie. Le blocage temporaire du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20% du pétrole brut mondial, a provoqué une forte hausse des prix du pétrole. Même après la diminution partielle de la prime de risque liée au conflit, les prix restent nettement supérieurs à leur niveau d’avant-guerre.

Pour les banques centrales, cela représente un dilemme bien connu mais dangereux. La hausse des prix de l’énergie alimente l’inflation globale tout en freinant la croissance. Il s’agit du classique cocktail stagflationniste. L’augmentation des coûts de l’énergie renchérit la production et le transport, exerçant ainsi une pression inflationniste supplémentaire en Europe et aux États-Unis.

Parallèlement, un cycle d’investissement d’une ampleur historique est en cours. Les grands groupes technologiques américains investissent des centaines de milliards de dollars dans le développement de leurs infrastructures d’intelligence artificielle. Si ces investissements peuvent accroître la productivité à long terme, ils augmentent à court terme la demande d’énergie, de puissance de calcul et d’infrastructures. La politique monétaire se retrouve ainsi confrontée à un arbitrage entre une croissance potentiellement plus forte et des risques inflationnistes supplémentaires.

BCE, BNS et Fed: des décisions déjà intégrées par les marchés

Les marchés ont désormais les yeux rivés sur un calendrier serré des banques centrales: la Banque centrale européenne (BCE) se prononcera le 11 juin, la Réserve fédérale américaine (Fed) le 17 juin et la Banque nationale suisse (BNS) le 18 juin.

Les décisions sur les taux d’intérêt sont déjà largement anticipées par les marchés. L’attention se porte donc moins sur les décisions elles-mêmes que sur la communication qui suivra et sur les signaux donnés pour le second semestre.

BNS: pas de nécessité d’action immédiate

Pour la Banque nationale suisse, la situation est relativement confortable. L’inflation reste à 0,6%, clairement à l’intérieur de la fourchette cible de 0 à 2%. Certes, la hausse des prix de l’énergie et des importations exerce une certaine pression à la hausse, mais l’inflation demeure structurellement modérée grâce à la vigueur du franc suisse et à une conjoncture économique atone.

Il n’existe donc actuellement aucun besoin urgent d’agir, ni dans le sens d’une hausse ni dans celui d’une baisse des taux. Le franc suisse reste au centre des préoccupations. La BNS devrait réaffirmer sa volonté d’intervenir si nécessaire contre une appréciation excessive de la monnaie afin de ne pas pénaliser davantage les exportations.

BCE: pression inflationniste et faible croissance

Dans la zone euro, la situation est nettement plus complexe. L’inflation avoisine toujours les 3%, au-dessus de l’objectif fixé, tandis que la hausse des prix de l’énergie et l’augmentation des anticipations inflationnistes accentuent les tensions.

Les marchés anticipent près de trois hausses de taux au cours des douze prochains mois. Cette prévision paraît ambitieuse compte tenu du ralentissement économique en cours. Un scénario plus réaliste serait une hausse des taux en juin, suivie d’une pause dépendante des données économiques.

C’est précisément là que réside le dilemme de la BCE. L’inflation actuelle est principalement alimentée par l’offre et non par une demande excessive. Cela rappelle l’année 2011, lorsque la Banque centrale européenne, sous la présidence de Jean-Claude Trichet, avait relevé ses taux avant d’être contrainte de revenir en arrière.

Fed: tous les regards tournés vers Kevin Warsh

La décision de la Fed du 17 juin est considérée comme pratiquement acquise, avec une probabilité proche de 99%. L’attention se concentre donc moins sur la décision concernant les taux que sur la première communication du président de la Fed, Kevin Warsh.

Warsh n’est pas réputé pour être un partisan d’une communication prospective très transparente. Les marchés spéculent donc sur la possibilité que la Fed fournisse à l’avenir moins d’indications concernant l’évolution attendue des taux d’intérêt. Une moindre transparence compliquerait l’interprétation des signaux monétaires et accroîtrait la volatilité.

La véritable tension réside toutefois dans un dilemme fondamental. Donald Trump a porté Warsh à la tête de la Fed avec l’espoir de taux d’intérêt plus bas. Dans le même temps, la hausse de l’inflation, l’augmentation des rendements obligataires et les conséquences du choc énergétique militent contre un assouplissement rapide de la politique monétaire.

Le marché sera donc particulièrement attentif: Warsh laissera-t-il entrevoir des baisses de taux afin de répondre aux attentes politiques, ou mettra-t-il l’accent sur les risques inflationnistes en signalant une politique monétaire restrictive plus durable? Pour les investisseurs, Warsh ne signifie pas moins d’informations, mais des informations plus difficiles à interpréter.

Conclusion

En juin, les banques centrales devraient surprendre moins par leurs décisions de taux que par leur communication. Pour la BNS, la situation reste pour l’instant stable, tandis que la BCE et la Fed sont confrontées aux conséquences de la hausse des prix de l’énergie et à l’augmentation des risques inflationnistes.

Trois facteurs seront déterminants pour le second semestre: l’évolution future des prix de l’énergie, la stratégie de communication monétaire de la Fed sous la direction de Kevin Warsh, et la capacité du boom actuel des investissements dans l’intelligence artificielle à se traduire par des bénéfices réels pour les entreprises.

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