Cette semaine est entièrement placée sous le signe de la politique monétaire à l'échelle mondiale. Plusieurs des principales banques centrales – dont la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE) et la Banque d'Angleterre – procèdent à une nouvelle évaluation de la situation et se prononcent sur leur politique de taux d'intérêt. Au total, une douzaine de banques centrales fixent leur politique; leurs devises représentent environ 90% des échanges mondiaux sur le marché des changes. Les marchés des changes réagissent donc traditionnellement avec une certaine nervosité à ces échéances concentrées.
Le taux directeur devrait rester à 0%
Dans ce contexte, la Banque nationale suisse (BNS) rendra également son évaluation de la situation économique et monétaire le 19 mars. A l’heure actuelle, le scénario le plus probable est clair: la BNS devrait maintenir son taux directeur à 0%. L’inflation en Suisse reste modérée, tandis que le franc s’est une nouvelle fois imposé comme une valeur refuge classique. En ces temps d’incertitude géopolitique, actuellement exacerbés par les tensions au Proche-Orient et la hausse des prix de l’énergie, les investisseurs internationaux recherchent de plus en plus la sécurité offerte par le franc. Si un franc fort atténue l’inflation importée, il pèse toutefois sur l’industrie d’exportation et le tourisme. La BNS se trouve ainsi confrontée au dilemme bien connu entre stabilité des prix et taux de change.
Taux d'intérêt négatifs: une probabilité très faible, mais pas exclue
Si le marché évoque un éventuel retour aux taux d'intérêt négatifs, la probabilité est actuellement jugée très faible. Les opérateurs sur les taux d'intérêt n'envisagent qu'une faible probabilité que la BNS puisse à nouveau abaisser son taux directeur en dessous de zéro. Les taux d’intérêt négatifs restent certes une option dans la boîte à outils de la politique monétaire. Ils pourraient théoriquement rendre le franc moins attractif et freiner les afflux de capitaux. Dans le même temps, ils seraient toutefois politiquement délicats et mettraient à nouveau sous pression les banques, les épargnants et une partie du marché immobilier. C’est pourquoi un retour en territoire négatif serait plutôt un instrument d’urgence, par exemple en cas de forte pression déflationniste ou d’appréciation massive du franc. A court terme, ce scénario n’est guère le scénario de base. Si le franc devait s’apprécier de manière significative, la BNS serait plutôt encline à recourir à un instrument qu’elle a utilisé à maintes reprises par le passé: les interventions sur le marché des changes. Les expériences des années 2011 et 2015 ont montré que la Banque nationale est prête à intervenir avec détermination lorsqu’elle estime que la stabilité des prix ou la stabilité économique est menacée. Ce facteur inspire encore aujourd’hui un certain respect parmi les opérateurs de change.
Ce que les investisseurs doivent désormais garder à l’œil
Du point de vue des investisseurs, la décision sur les taux d’intérêt elle-même devrait être moins déterminante que le ton de la communication de la BNS. Les indications concernant l’évaluation du franc, l’inflation ou d’éventuelles interventions peuvent influencer les marchés des changes davantage qu’un taux directeur inchangé. Pour les investisseurs, cela signifie avant tout trois choses:
- Le franc reste un ancrage de stabilité, mais sa force peut réduire les rendements des placements étrangers libellés en CHF.
- Le niveau des taux d’intérêt reste pour l’instant très bas, ce qui continue de rendre les placements d’épargne classiques peu attractifs.
- Les fluctuations monétaires gagnent en importance, en particulier pour les portefeuilles investis à l’échelle mondiale.
En d’autres termes: pour la plupart des investisseurs, la BNS ne devrait certes pas créer de surprise en matière de taux d’intérêt ce jeudi, mais elle rappelle une fois de plus que, dans un monde marqué par des tensions géopolitiques et des banques centrales actives, c’est souvent le taux de change qui fait véritablement bouger le marché.