Gonet: l'actualité des marchés au 5 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +1,73%, S&P 500 +0,41%, Nasdaq -0,09%, Russell +1,45%, SOX -2,15%, Eurostoxx +0,82%, SMI +0,93%.

 

Soirée «vintage» à Wall Street hier, on met les anciens à l’honneur, le vénérable Dow Jones vole la vedette à tout le monde et poste un nouveau record historique à la cloche. La raison? Le retour en grâce des secteurs financier et de la santé, pendant que le marché donne la fessée aux semi-conducteurs, dont l’ancêtre des indices est plutôt dépourvu. Les petites capitalisations sont également de la fête hier, l’indice Russell2000 (RTY) atteint un nouveau territoire inexploré. Point commun entre les deux compères? Ils sont tous deux au firmament de leur vie sans même évoluer en territoire suracheté.

Du côté obscur de la force boursière de ce jeudi c’est une toute autre ambiance qui prévaut, le Nasdaq100 (NDX) est délaissé, lâché hier par son meneur du moment, le SOX (semi-conducteurs), qui souffre probablement d’une addition de petits rien, comme la chute de Broadcom après ses trimestriels, les inquiétudes autour d’Alphabet et son méga-pari sur OpenAI, un message de la Fed qui semble de plus en plus faucon et manifestement une prise de conscience bienvenue des intervenants que l’air est devenu irrespirable après une telle chevauchée.

Nous assistons donc à une rotation de la tech pure vers des secteurs peut-être un peu moins excitants mais nettement plus rassurants. Ce n’est pas ici une bonne nouvelle pour les ours, un marché qui se comporte ainsi est plutôt sain, il réduit ainsi les risques de correction globale soudaine, c’est à suivre de près, personne ne serait étonné que les investisseurs reviennent très vite à leur passion du moment.

L’indice S&P500 équipondéré (SPW) progresse de 0,79% contre +0,41% au SPX, le breadth est nettement positif sur le SPX et sur le Nasdaq Composite mais pas sur le NDX, purement tech. Le podium du jour se compose de la santé, des financières et des services de communication, les valeurs IT terminent bonne dernière et en net repli. Le marché effectue sa rotation dans le calme, au vu des volumes d’échanges mais aussi du repli de la volatilité, le VIX perd 4% à 15,4, un niveau réellement très bas. Sur la partie obligataire et des monnaies c’est le calme plat, peut-être en vue de l’important rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis qui sortira cet après-midi. Le rendement du 10 ans US se maintient à 4,47%, la paire EUR/USD cote 1,1615, elle est maintenue dans une étroite fourchette de trading depuis le 15 mai.

L’or recule encore un peu et traite à 4442 dollars l’once ce matin, sa moyenne mobile à 200 jours évolue elle à 4428 dollars, nous voici à nouveau face à un scénario technique très intéressant, sachant que la 200 jours constitue un support particulièrement solide, alors que le rapport sur l’emploi de cet après-midi pourrait jouer le rôle d’arbitre. Mais les puristes de l’analyse technique ne regardent jamais que leurs graphiques, or celui de la relique barbare est fort éloquent.

Sentimentrader explique que la forte hausse récente des marchés peut rendre les investisseurs nerveux, car ils pensent souvent qu’une correction devient probable. Pourtant, historiquement, lorsque le SPX a progressé de 10% ou plus sur les mois d’avril et mai combinés, l’indice a généralement terminé le reste de l’année en hausse, avec un gain moyen de 18,2%. Depuis la fin des années 1920, ce type de performance en avril et mai ne s’est produit que huit fois auparavant, une statistique à prendre avec des pincettes donc.

On garde en tête la frénésie du moment autours des IPOs gigantesques qui se profilent à l’horizon. L’excellent Anthony Bondain résume le sujet d’une plume lucide et quasi poétique: «La vraie question maintenant est de savoir si l'IPO de SpaceX prolongera l'apesanteur technologique jusqu'aux opérations d'Anthropic et OpenAI, ou si ce sera une forme d'acmé du cycle boursier actuel.»

Au chapitre «il faut que je demande à Chat GPT ce qu’il en pense», Anthropic appelle les grands laboratoires d’intelligence artificielle à envisager un ralentissement, voire une pause coordonnée et vérifiable, dans le développement des modèles les plus avancés. L’entreprise estime que les progrès sont si rapides que certains systèmes pourraient bientôt être capables de s’améliorer eux-mêmes sans intervention humaine, un phénomène appelé «amélioration récursive», qui pourrait rendre le contrôle humain beaucoup plus difficile. Anthropic ne dit pas que ce stade est déjà atteint, mais juge que le risque pourrait arriver plus vite que prévu et qu’il faut donc préparer des règles communes entre entreprises, chercheurs, gouvernements et société civile. L’idée n’est pas qu’un seul acteur ralentisse seul, car cela avantagerait ses concurrents, mais plutôt de créer un accord international avec des mécanismes de contrôle. Certains soutiennent cette démarche par souci de sécurité, tandis que des critiques y voient aussi une possible stratégie pour freiner la concurrence, alors qu’Anthropic connaît une forte croissance et une valorisation très élevée.

Sur le plan macroéconomique, les licenciements Challenger augmentent de 16% en mai sur un mois et de 3% sur un an, l’IA étant encore citée comme principale cause. Les inscriptions initiales au chômage atteignent 225’000, au-dessus des attentes et au plus haut depuis février, tandis que les demandes continues reculent légèrement à 1,777 million. La productivité du premier trimestre progresse seulement de 0,3%, moins que prévu, et les coûts unitaires du travail augmentent de 1,8% en rythme annualisé. Mary Daly, de la Fed de San Francisco, estime qu’il n’y a pas encore beaucoup de preuves de gains de productivité généralisés grâce à l’IA, même si elle reste optimiste sur cette technologie.

La journée macro qui débute sera surtout marquée par trois publications économiques importantes: à 8h45, la France publiera sa balance des paiements d’avril 2026, qui permet de suivre les échanges financiers et commerciaux du pays avec l’étranger, ainsi que son indice de production industrielle d’avril 2026, un indicateur utile pour mesurer l’activité des usines et du secteur industriel français. Puis, à 14h30, l’attention des marchés se tournera vers les États-Unis avec le rapport sur l’emploi de mai 2026, aussi appelé NFP, qui est un indicateur majeur car il donne des informations sur la création d’emplois, le chômage et les salaires, et peut influencer les anticipations concernant la politique monétaire de la Fed.

Givaudan prend le contrôle d’Eurofragance, une société espagnole spécialisée dans la parfumerie, en acquérant une participation majoritaire. ABB va équiper deux remorqueurs électriques en Inde avec ses solutions d’alimentation et de propulsion. De son côté, Blackstone a restreint pour la première fois les retraits dans son principal fonds de crédit privé. Lululemon recule de 11% dans les échanges après clôture à la suite de ses résultats trimestriels. Selon Air Current, Boeing étudierait une hausse du rythme de production du 737 afin de se rapprocher des niveaux visés par Airbus. Lufthansa indique par ailleurs que le train avant d’un Boeing 787-9 Dreamliner s’est affaissé alors que l’appareil se trouvait à la porte d’embarquement à l’aéroport de Francfort. Enfin, Walmart ajoute les menus Subway à son service de livraison en 30 minutes.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse, le Nifty50 mis à part qui grappille 0,06%. Tokyo abandonne 1,2% à la cloche, Hong Kong recule de 1,25%, Séoul perd 5,43% et Shanghai rend 0,42%. Le future SPX perd 0,5%, son compère du Nasdaq en égare 0,9% et l’Europe, en semi-conducteurs plutôt dépourvue est indiquée inchangée à l’ouverture de 9 heures.

Tout le monde sur le pont à 14h30 pour le rapport sur l’emploi aux Etats-Unis!

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