Lorsqu’un bolide est lancé à toute vitesse, tout se passe bien tant que tout se passe bien. Un seul grain de sable peut enrayer la machine, provoquant une sorte d’effet papillon, surtout si le bolide en question, que nous appellerons au hasard Wall Street, a le niveau d’huile à zéro et les roues qui rougeoient.
Il se trouve qu’hier ce n’est pas un mais plusieurs grains de sable qui apparaissent dans l’équation boursière. Softbank inquiète quelque peu avec son pari de 40 milliards de dollars dans OpenAI. Cet investissement programmé est déjà connu, c’est un article de CNBC évoquant une possible crise de liquidité chez Softbank si l’IPO d’OpenAI est repoussée qui tend les intervenants. En parallèle, Lorie Logan (la patronne de la Fed de Dallas), se met à parler de hausse de taux, c’est un pas en avant de sa part en direction des faucons. À 20h la Fed publie son livre beige, qui mentionne une économie américaine en forme de K (rassurez-vous, cela ne signifie pas que les Américains devront se contenter de corn flakes désormais), pas vraiment une nouvelle encourageante d’un point de vue macro. Je vais revenir sur ces points mais ce n’est pas tout, après la cloche Broadcom annonce des perspectives un chouia décevantes et se fait dégommer par les intervenants, qui l’envoient 14% plus bas. Même traitement pour Crowdstrike et Netskope qui sont massacrées dans les échanges après bourse. On le savait, le marché est capable de tomber follement amoureux d’un secteur pour des raisons que la raison bien souvent ignore, or on a tendance à l’oublier, l’inverse est aussi valable, le marché semble arrivé à un carrefour après sa récente folle chevauchée.
Chers ours, ne vous réjouissez pas trop vite, on connait la propension actuelle des intervenants à convoquer le FOMO (Fear Of Missing Out) et à pratiquer le BTFD (non n’insistez pas je ne traduirai pas, des enfants nous lisent), en saupoudrant bien souvent le tout de TINA (There Is No Alternative… but stocks). Cependant il est probablement judicieux de relever sa garde, le VIX (volatilité du SPX) évolue à un niveau réellement faible ces temps, une certaine forme de complaisance a probablement endormi bon nombre d’intervenants, or il existe des solutions pour accompagner une exposition aux actions dans un contexte comme celui-ci. Rappelons que la politique monétaire des principales banques centrales, Fed en tête, semble de plus tendre vers le côté restrictif, gardons en tête que la saison une des trimestriels de sociétés est terminée et que le conflit entre les Etats-Unis et l’Iran n’est pas résolu, avec les effets pervers sur l’économie mondiale qu’il ne manquera pas d’avoir à terme.
Avec le temps, les fragilités économiques tendent à se renforcer. À l’approche des réunions de politique monétaire prévues mi-juin, les banques centrales préparent leur communication et leurs prochaines décisions sur les taux. Dans un environnement toujours marqué par l’inflation, plusieurs d’entre elles pourraient adopter une posture plus stricte. Les marchés s’attendent notamment à ce que la Fed tienne un discours très ferme, en laissant entendre qu’une inflation persistante pourrait justifier une hausse des taux plus tard dans l’année. En revanche, les investisseurs ne misent pas pour l’instant sur un relèvement immédiat. Dans ce type de situation, un message bien calibré peut parfois suffire à influencer les anticipations sans passer à l’action. Hier l’économiste Ed Yardeni relaie les inquiétudes exprimées par les dirigeants d’Exxon et de Chevron concernant le faible niveau des stocks de pétrole. Selon eux, cette situation pourrait provoquer une nouvelle envolée des prix, au-delà des pics observés en mars et avril. Plus le blocage du détroit d’Ormuz se prolonge, plus le risque d’une spirale mêlant choc pétrolier et inflation devient important.
Le marché est ainsi fait, il tombe fou amoureux de l’IA et n’a plus d’yeux que pour elle, mais on sait bien que les passions ne sont pas éternelles, la question étant de déterminer où il en est à ce sujet.
Comme d’habitude, c’est probablement l’avenir qui nous le dira. Dans l’intervalle on observe hier une demande qui ne faiblit pas pour le secteur des puces, l’indice SOX évolue à contre-courant de ses pairs et parvient à grappiller encore un peu de terrain malgré l’ambiance morose sur les parquets de trading. On recherche aussi certains titres de l’IA tandis que la pression vendeuse sur les logiciels ne faiblit pas. L’aversion au risque reprend ses droits dans les salles de marchés, il suffit de regarder le podium du jour du SPX pour s’en convaincre, qui se compose de l’énergie, des biens de consommation de base et de la santé, la tech terminant bonne dernière de la séance. Les géants de ce secteur ne sont pour la plupart pas épargnés, les volumes d’échanges se stabilisent, le breadth est déplorable avec plus de 2 titres en baisse contre 1 en hausse sur le NDX.
Le S&P500 (SPX) n’est plus suracheté, contrairement au NDX qui semble profondément ancré dans ce territoire. Côté marché obligataire, cela se tend légèrement avec le rendement du 10 ans US qui remonte à 4.48%, le 30 ans qui se rapproche à nouveau des 5% et le dollar qui reste demandé, la paire EUR/USD cote 1,1603 ce matin. L’or évolue à 4467 dollars l’once, sa moyenne mobile à 200 jours l’attend à 4423 dollars, la relique barbare l’a testée hier, ce niveau de la 200 jours constitue un réel support, dans les faits il n’a pas été sérieusement franchi depuis juin 2022. Notons que la demande des banques centrales continue de soutenir le marché. L’or aurait désormais dépassé les bons du Trésor américain comme principal actif de réserve mondial, avec la Chine parmi les plus gros acheteurs. À court terme, l’évolution du métal jaune dépendra surtout des données sur le marché du travail américain et des développements au Moyen-Orient.
L’article de CNBC explique que SoftBank prend un pari financier très risqué en investissant massivement dans OpenAI, notamment grâce à un prêt relais de 40 milliards de dollars. Cette stratégie pourrait rapporter gros si OpenAI réussit son IPO et conserve une valorisation élevée, mais elle expose aussi SoftBank à un risque de liquidité si l’introduction en bourse est retardée ou si les valorisations de l’IA baissent. Le groupe dépend aussi fortement d’Arm, dont la valeur soutient son bilan, ce qui renforce sa concentration sur quelques grands paris liés à l’intelligence artificielle. 9984 JP clôture en baisse de 11,28 à Tokyo ce matin.
Le Beige Book de la Fed, publié hier soir à 20h CET, montre que l’économie américaine devient de plus en plus «en K», c’est-à-dire une économie où une partie de la population ou des entreprises continue de bien se porter, tandis qu’une autre partie s’affaiblit. Ici, les ménages aisés résistent mieux à l’inflation, tandis que les ménages à revenus moyens dépensent plus prudemment et que les ménages modestes subissent davantage de pression financière. Le rapport signale aussi une hausse de l’utilisation des cartes de crédit, moins de visites dans les magasins et une demande plus forte pour les produits essentiels. Les prix ont augmenté à un rythme modéré à fort, notamment à cause de la hausse de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient, ce qui touche aussi le transport, l’alimentation, les emballages et les engrais. Enfin, les coûts des entreprises augmentent plus vite que leurs prix de vente, ce qui pèse sur leurs marges.
La présidente de la Fed de Dallas, Lorie Logan, avertit que la Réserve fédérale pourrait devoir relever les taux d’intérêt cette année pour combattre une inflation tenace. Elle déclare que le niveau actuel des taux ne semble plus freiner la hausse des prix et que, face à des indicateurs montrant un regain d’inflation, des hausses de taux pourraient être nécessaires d’ici la fin de 2026. Lors de la dernière réunion d’avril, Logan et deux autres responsables avaient déjà contesté un communiqué laissant entendre de nouvelles baisses à venir. Son intervention de mercredi va plus loin en évoquant explicitement la possibilité de relèvements de taux. Pour sa part, John Williams (qui connait la musique) estime que l’inflation a nettement augmenté et pourrait atteindre un pic dans les prochains mois, notamment sous l’effet de l’IA et de l’énergie.
SpaceX veut entrer en bourse à 135 dollars par action et vendre environ 555,6 millions d’actions, ce qui lui permettrait de lever 75 milliards de dollars. Même si elle ne lève que 75 milliards, sa valorisation totale serait d’environ 1750 milliards de dollars, car le prix de 135 dollars est appliqué à toutes les actions de la société, soit environ 12,9 milliards d’actions. Cette valorisation est très élevée, environ 70 fois les ventes estimées 2026 et 265 fois l’EBITDA 2025, mais elle reste inférieure aux attentes précédentes qui visaient plutôt 2 trillions de dollars. On sait que Starlink est déjà rentable, mais cela ne justifie pas à lui seul cette énorme valorisation: la majorité de la valeur vient surtout du potentiel futur de SpaceX dans l’IA et les infrastructures de calcul. Enfin, comme SpaceX vend peu d’actions et devrait entrer rapidement dans le Nasdaq100, les fonds indiciels pourraient acheter 30 à 40 milliards de dollars d’actions, ce qui limiterait encore les actions disponibles sur le marché.
Les dernières données macroéconomiques américaines montrent une économie encore solide, mais avec des tensions persistantes sur les prix. L’emploi privé ADP a progressé de 122’000 postes, au-dessus des attentes et au plus haut depuis janvier 2025. La croissance des salaires reste stable pour les salariés qui gardent leur emploi, à 4,4%, tandis qu’elle ralentit légèrement pour ceux qui changent d’emploi, à 6,5%. L’indice ISM des services de mai a aussi dépassé les attentes, porté par de nouvelles commandes plus dynamiques, mais son indice des prix a continué de monter, atteignant son plus haut niveau depuis août 2022. En revanche, la composante emploi reste en contraction pour le troisième mois consécutif.
Au menu macro-économique de ce jeudi, à 14h30 deux statistiques importantes seront publiées aux États-Unis: la productivité et les coûts unitaires du travail pour le premier trimestre 2026, ainsi que les nouvelles inscriptions hebdomadaires au chômage pour la semaine du 30 mai. Ces données permettront d’évaluer à la fois l’efficacité des entreprises, la pression des salaires sur l’inflation et la solidité du marché de l’emploi américain.
En Suisse, l’indice des prix à la consommation au mois de mai sort inchangé à 0,6% (d’année en année), contre des attentes à 0,7%. Cela permet au franc suisse de légèrement se détendre, la paire eur/chf remonte à 0,9188.
Broadcom recule fortement en post-marché, pénalisé par la publication de ses résultats trimestriels. CrowdStrike a pourtant fait mieux qu’attendu et relevé ses prévisions, mais cela n’a pas empêché une nette baisse du titre après la clôture. Netskope, actif dans la cybersécurité, subit également une forte pression après des résultats mal accueillis par les investisseurs. Alphabet a augmenté le montant de son opération de financement, désormais fixé à 84,75 milliards de dollars, contre 80 milliards annoncés auparavant. JPMorgan, par l’intermédiaire de Jamie Dimon, prévoit de présenter l’introduction en bourse de SpaceX à ses clients les plus aisés, tandis que Morgan Stanley et Goldman Sachs auraient été retenues pour diriger l’opération. Meta aurait de nouveau retardé la sortie de son prochain modèle d’intelligence artificielle destiné aux développeurs, d’après le Wall Street Journal, et critique parallèlement l’Australie, qu’elle accuse de ne pas respecter l’accord de libre-échange. Autodesk s’allie à Amazon Web Services afin d’ajouter davantage de fonctionnalités d’IA à ses solutions logicielles. Du côté de TSMC, la direction reste confiante, estimant que la dynamique liée à l’intelligence artificielle reste très solide. Enfin, SoftBank Corp apparaît bien placée pour reprendre SP.LINKS, une entreprise de paiement détenue par Blackstone, tandis que Lenovo fournira des infrastructures d’IA pour la Coupe du monde de football 2026 et sa diffusion en IPTV.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse. Tokyo perd 1,36% à la cloche, Hong Kong en rend 1,39%, Shanghai recule de 0,64%, Séoul de 1,84%, le Nifty50 égare 0,04%. Le futur SPX rend 0,2%, l’Europe en prend 0,2% dans les premiers échanges.