Oui, les semi-conducteurs suivent un cycle!

John Plassard, Cité Gestion

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Les semi-conducteurs ne sont probablement plus un simple secteur technologique. Ils deviennent progressivement l’infrastructure centrale de l’économie mondiale de demain.

 

Pendant longtemps, les semi-conducteurs étaient considérés comme un simple segment technologique parmi d’autres. Aujourd’hui, ils sont devenus l’une des infrastructures les plus stratégiques de l’économie mondiale, au point que certaines puces sont désormais aussi importantes pour la croissance économique que le pétrole l’était au siècle dernier.

L’euphorie actuelle atteint des niveaux rarement observés dans l’histoire des marchés financiers. Le SOXX, principal ETF américain du secteur, a progressé de près de près de 250% depuis ses points bas de 2025, tandis que Nvidia dépasse désormais les 5 trillions de dollars de capitalisation boursière. Micron et SK Hynix profitent également de l’explosion de la demande pour les mémoires HBM utilisées dans l’intelligence artificielle.

OpenAI évoque des besoins futurs supérieurs à 300 milliards de dollars pour ses centres de données et Oracle prévoit plus de 100 milliards de dollars d’investissements dans son projet Stargate. Les semi-conducteurs sont ainsi progressivement devenus le véritable squelette de l’économie numérique mondiale.

Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir à la définition même d’un semi-conducteur. Il s’agit d’un matériau capable de contrôler avec précision le passage de l’électricité afin de créer les puces électroniques qui équipent aujourd’hui pratiquement toutes les technologies modernes.

Sans semi-conducteurs, il n’y aurait ni smartphones, ni cloud, ni intelligence artificielle, ni véhicules électriques. Le marché mondial représente désormais plus de 700 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel, contre moins de 450 milliards avant la pandémie.

Historiquement, les semi-conducteurs figurent parmi les secteurs les plus cycliques de l’économie mondiale.

Derrière ce terme se cachent plusieurs univers: les GPU destinés à l’intelligence artificielle, les CPU, les mémoires DRAM et HBM, ainsi que les puces analogiques utilisées dans l’industrie et l’automobile. À cela s’ajoute une vaste chaîne de valeur comprenant les équipements, le packaging avancé, les tests, le refroidissement et les infrastructures électriques.

Une seule requête d’intelligence artificielle avancée peut consommer jusqu’à dix fois plus d’énergie qu’une recherche internet classique.

Historiquement, les semi-conducteurs figurent parmi les secteurs les plus cycliques de l’économie mondiale.

Les cycles durent généralement entre trois et cinq ans: la demande explose, les prix montent, les marges progressent fortement, puis les investissements massifs créent un excès d’offre qui finit par faire chuter les prix. Ce phénomène a été observé dans les mémoires DRAM, les smartphones ou encore certaines puces automobiles.

Aujourd’hui cependant, plusieurs éléments rendent le cycle actuel inhabituel. Les pénuries de GPU avancés, de mémoires HBM et même de capacités de production avancées chez TSMC pourraient se prolonger jusqu’en 2027 voire 2028.

Les hyperscalers américains investissent collectivement plusieurs centaines de milliards de dollars par an dans les centres de données liés à l’intelligence artificielle. Le marché commence déjà à valoriser les bénéfices attendus pour 2027 et parfois même 2028.

C’est précisément là qu’apparaît la notion de supercycle. Contrairement à un cycle traditionnel, un supercycle repose sur une transformation structurelle de l’économie mondiale capable de durer plusieurs décennies.

L’histoire en a connu plusieurs: le chemin de fer, l’électrification, le pétrole, Internet ou encore les smartphones. Dans un supercycle, la demande devient systémique, les gouvernements interviennent massivement et les infrastructures se développent simultanément à l’échelle mondiale.

Aujourd’hui, les États-Unis, la Chine, l’Europe, le Japon et la Corée investissent des centaines de milliards de dollars afin de sécuriser leur accès aux semi-conducteurs avancés. Le CHIPS Act américain représente à lui seul plus de 50 milliards de dollars de subventions, tandis que TSMC prévoit plus de 100 milliards de dollars d’investissements industriels. Les semi-conducteurs commencent ainsi à ressembler davantage à une infrastructure mondiale qu’à un simple secteur technologique.

Si nous sommes réellement dans un supercycle, alors la logique historique du secteur change profondément. Pendant des décennies, la demande dépendait essentiellement des PC et des smartphones.

Aujourd’hui, elle explose simultanément dans les centres de données, les robots humanoïdes, les véhicules autonomes, les satellites, la défense et les infrastructures énergétiques. Les semi-conducteurs deviennent progressivement ce que le pétrole représentait au XXe siècle: une ressource indispensable au fonctionnement de l’économie mondiale.

Cette réalité explique pourquoi les valorisations restent aussi élevées malgré des taux d’intérêt parmi les plus élevés depuis vingt ans. Mais l’histoire montre également que les plus grands supercycles ont souvent produit les plus grandes bulles spéculatives. Internet était une révolution réelle, ce qui n’a pas empêché le Nasdaq de perdre près de 80% après 2000.

Le véritable risque n’est donc pas la technologie elle-même, mais le prix payé pour cette technologie. Aujourd’hui, certaines sociétés liées à l’intelligence artificielle intègrent déjà des scénarios quasi parfaits jusqu’en 2030. Les marchés corrigent rarement lorsque les bénéfices baissent ; ils corrigent généralement lorsque les anticipations cessent simplement de s’améliorer. C’est probablement là que réside aujourd’hui le principal danger.

Pour les investisseurs, la difficulté consiste à distinguer la tendance structurelle du bruit cyclique. Si nous sommes effectivement au début d’un supercycle mondial de l’intelligence artificielle, les corrections futures pourraient représenter davantage des opportunités que la fin du cycle. Mais comme dans tous les grands cycles technologiques, la discipline restera essentielle. Une chose semble néanmoins acquise: les semi-conducteurs ne sont probablement plus un simple secteur technologique. Ils deviennent progressivement l’infrastructure centrale de l’économie mondiale de demain.

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