Gonet: l'actualité des marchés au 3 juin

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,45%, S&P 500 +0,13%, Nasdaq +0,03%, Russell +0,9%, SOX +5,87%, Eurostoxx +1,21%, SMI inchangé.

 

Depuis le 8 avril, Wall Street s’est découvert une nouvelle passion: les sauts de puces. Les locomotives de ces dernières années poursuivent leur chevauchée fantastique vers le Sacré Graal mais ont cédé la tête de la course aux fabricants de puces, en anglais on dit chips, en Suisse on a Zweifel, leader incontesté dans le domaine.

L’indice SOX (semi-conducteurs – chips) a progressé de 61% depuis le 8 avril, contre un misérable 23% au Nasdaq100 (NDX) et un scandaleux +12% au S&P500 (SPX). Et pendant ce temps-là le SMI s’envole de… 3%. Fallait coter Zweifel, ça aurait passé crème.

Cela continue hier, le SOX bondit de 5,8% supplémentaires. Les puces sont le nouveau nerf de la guerre, sans elles pas d’IA et sans IA pas de champagne. Les principaux indices du NYSE en profitent, le Dow Jones, le SPX et le NDX réalisent tous trois leur cinquième record historique d’affilée à la cloche, je pense n’avoir jamais vu ça auparavant. Les volumes d’échanges se stabilisent, le breadth est positif et tend à valider la hausse du jour. C’est la neuvième séance dans le vert de suite du SPX, le momentum semble bien installé Downtown Manhattan, probablement alimenté hier par Alphabet, qui annonce avoir besoin de beaucoup de sous pour ses investissements futurs dans l’IA, j’y reviens.

Le SPX s’offre le niveau de 7600 points, il est très nettement suracheté, tout comme le NDX mais absolument tout le monde regarde ailleurs. Le podium du jour du SPX se compose des utilites, des materials et des industrielles. La volatilité ne baisse quasiment plus, que ce soit le VIX ou le VXN (volatilité du Nasdaq100), elle est arrivée sur des niveaux de supports solides. Au chapitre des métaux précieux, l’or recule à nouveau, probablement impacté par les légers rebonds des rendements obligataires et du dollar, l’once cote ce matin à 4469 dollars, sa 200 jours veille au grain à 4417 dollars. La paire EUR/USD recule à 1,1620, le billet vert est probablement recherché par des intervenants qui s’agacent de la non résolution du conflit au Moyen-Orient. Même phénomène sur le marché obligataire, le rendement du 10 ans US remonte à 4,48%, le marché est peut-être aussi quelque peu échaudé par l’annonce de nouveaux tarifs douaniers par les Etats-Unis, qui envisagent d’imposer des droits de douane d’au moins 10% sur les importations de plusieurs grands partenaires commerciaux, dont l’Union européenne, le Royaume-Uni et le Canada. Cette mesure fait suite à une enquête sur des biens qui auraient été produits grâce au travail forcé. Les produits venant de Chine, de Suisse et du Japon seraient davantage taxés, avec un droit de douane de 12,5%.

Alphabet veut vendre jusqu’à 80 milliards de dollars d’actions pour financer ses énormes investissements dans l’intelligence artificielle. La demande pour Gemini, Google Cloud et les capacités de calcul IA dépasse ses infrastructures actuelles, ce qui oblige le groupe à accélérer fortement ses dépenses, notamment dans les centres de données, les puces et l’énergie. Le message principal est que l’IA devient une course très capitalistique: même les géants technologiques les plus rentables doivent trouver de nouveaux moyens de financer leurs infrastructures. Pour les investisseurs, c’est à la fois positif, car cela confirme l’ampleur de la demande IA, et inquiétant, car une émission d’actions entraîne de la dilution et peut réduire les rachats d’actions. En résumé, Alphabet choisit de payer très cher pour rester dans la course à l’IA. Le marché comprend l’enjeu stratégique, mais s’inquiète potentiellement du coût croissant de cette bataille.

On se penche à nouveau sur les indicateurs internes de marché. Dans ce contexte de records historiques à la pelle, les market internals sont bien souvent utiles, notamment pour garder la tête froide et alerte (quand ça monte on a tendance à ne pas trop se poser de questions). La prime de risque des actions américaines continue de se réduire, ce qui signifie que les investisseurs sont de moins en moins rémunérés pour prendre le risque de détenir des actions plutôt que des obligations. L’Equity Risk Premium est récemment tombée à -1,19, son niveau le plus bas depuis plus de vingt ans, avant de brièvement remonter puis de repasser sous un seuil important, un mouvement rare historiquement. On peut conclure à cette lecture que les actions paraissent chères par rapport aux obligations, ce que confirme aussi le ratio actions/obligations, proche du haut de sa fourchette habituelle. 

Autrement dit, plusieurs indicateurs suggèrent que les investisseurs paient très cher l’exposition aux actions. Ceci étant dit, il faut nuancer quelque peu ce constat: ce type de signal n’annonce pas nécessairement une correction immédiate, car il a parfois été suivi d’un rebond à court terme, et lorsque le ratio actions/obligations reste élevé, les performances à un an du SPX sont souvent positives. En résumé, les valorisations relatives des actions sont tendues et le point de départ devient moins confortable, mais cela ne suffit pas à conclure qu’un recul de marché est imminent.

La paire EUR/CHF traite à 0,9165. Le dollar suisse évolue lui à 0,7891. Le franc reste bien soutenu dans un contexte de tensions persistantes au Moyen Orient. Le président de la BNS, Martin Schlegel, signale hier une volonté accrue d’intervenir sur le marché des changes, en attribuant directement les pressions haussières sur le franc à l’environnement géopolitique. Schlegel répète toutefois que la BNS ne vise pas un niveau de change précis. 

Les données macro américaines publiées hier restent plutôt solides. Les offres d’emploi JOLTS d’avril ressortent nettement au-dessus des attentes et atteignent leur plus haut niveau depuis mai 2024, avec une progression notable dans les services professionnels et aux entreprises. En parallèle, le taux de démissions et le taux de licenciements reculent légèrement, ce qui suggère un marché du travail encore résistant. Côté Fed, Beth Hammack répète qu’elle reste préoccupée par des pressions inflationnistes persistantes et estime que la banque centrale pourrait devoir agir prochainement si l’inflation ne ralentit pas.

La séance macro de ce mercredi sera surtout rythmée par plusieurs indicateurs américains importants. À 14h15, le rapport ADP sur l’emploi privé donnera une première indication sur la dynamique du marché du travail en mai, avant le rapport officiel de vendredi. À 15h00, le discours de Michael Barr, membre de la Fed, pourra être scruté pour d’éventuels commentaires sur l’inflation, l’emploi ou la trajectoire des taux. À 16h00, l’ISM Services sera le principal rendez-vous macroéconomique de la journée, car il mesure l’activité dans le secteur dominant de l’économie américaine. Enfin, à 16h30, les stocks pétroliers de l’EIA pourront influencer les prix du brut, surtout si les chiffres s’écartent nettement des attentes.

Nestlé espère voir sa rentabilité se redresser, son directeur général misant notamment sur le reflux des prix du café et du cacao. Avolta prépare de son côté une émission obligataire de 400 millions d’euros afin d’alléger et de réorganiser son profil de dette. Dans la technologie, Microsoft présente ses propres modèles d’intelligence artificielle, avec l’objectif de réduire progressivement sa dépendance à OpenAI. Palo Alto Networks revoit ses prévisions à la hausse, porté par la demande en cybersécurité alimentée par l’essor de l’IA, même si l’action cède 3,2% après la clôture. Broadcom joue un rôle clé dans le financement de 36 milliards de dollars d’Anthropic, en contribuant à limiter le coût de la dette. Meta, confronté à des résistances en interne, réduit l’ampleur de son projet de suivi des mouvements de souris. SpaceX envisagerait, selon Reuters, de proposer 555,6 millions d’actions à 135 dollars chacune dans le cadre d’une opération valorisée à 75 milliards de dollars, qui pourrait devenir la plus grande introduction en bourse de l’histoire. SK Hynix prévoit de doubler ses capacités de production de puces mémoire sur cinq ans. Foxconn noue un partenariat avec Radiall et Thales autour d’un projet français de packaging de semi-conducteurs. Enfin, Mitsubishi Heavy Industries et PFN concluent une alliance dans l’intelligence artificielle afin de renforcer l’autonomie des infrastructures.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo gagne 2,5% à la cloche, Hong Kong perd 1,62%, Shanghai grappille 0,3%, Séoul est fermée et le Nifty50 recule de 1,26%. Le future SPX traite autour de l’équilibre, l’Europe ouvre en repli de 0,4%.

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