Lorsque les forces américaines et israéliennes ont frappé l’Iran le 28 février, les marchés traditionnels étaient fermés. Le Chicago Mercantile Exchange (CME) n’étant pas ouvert, les infrastructures financières classiques n’ont pas pu réagir. Hyperliquid, une plateforme de produits dérivés basée sur la blockchain, est quant à elle restée opérationnelle. Son moteur de trading accessible 24h/24 et 7j/7 a permis au contrat perpétuel sur le pétrole WTI d’intégrer le choc en temps réel, alors que les marchés traditionnels demeuraient fermés.
Cet épisode illustre la montée en puissance d’Hyperliquid comme plateforme de négociation et référence de marché dans un contexte de tensions géopolitiques accrues, en assurant une découverte des prix en continu durant les périodes de fermeture des marchés traditionnels.
À lui seul, ce constat constitue déjà une histoire convaincante. Ce qui en fait un véritable sujet d’investissement, c’est ce qui s’est produit ensuite. Deux mois plus tard, le pétrole représente toujours environ 500 millions de dollars de volume d’échange sur 24 heures, et les contrats liés au pétrole figurent encore parmi les cinq actifs les plus échangés sur Hyperliquid.
Et si le bitcoin reste l’actif le plus négocié sur Hyperliquid, les actifs traditionnels comme le S&P 500, l’argent, le Nasdaq-100 ainsi que le pétrole WTI et Brent représentent désormais la moitié des dix actifs les plus échangés sur la plateforme. Certaines actions individuelles, comme Micron Technology Inc. (MU), parviennent même certains jours à se hisser dans le top 10.
Selon nous, Hyperliquid montre ici la direction qu’elle cherche à prendre. La plateforme n’est plus seulement une bourse permettant de négocier des contrats perpétuels sur cryptoactifs; elle est devenue une véritable «une place de marché universelle», où les utilisateurs peuvent traiter des contrats perpétuels sur pratiquement tout type d’actif.
L’évolution du modèle économique d’Hyperliquid
Historiquement, l’essentiel des revenus d’Hyperliquid provenait du trading d’actifs numériques, un modèle étroitement corrélé aux conditions générales du marché crypto. Toutefois, la montée en puissance des volumes sur les actifs non numériques a profondément élargi le cœur du modèle économique de la plateforme.
La plateforme, née comme une bourse de dérivés crypto, se comporte donc de plus en plus comme une bourse macro.
Le changement est rapide. Les paires crypto, segment pour lequel la plateforme avait été conçue à l’origine, ont vu leur part des volumes passer d’environ 90% à près de 65%. Aujourd’hui, cinq des dix principaux actifs par volume relèvent des marchés traditionnels, comme les matières premières. La plateforme, née comme une bourse de dérivés crypto, se comporte donc de plus en plus comme une bourse macro.
Mettre des chiffres sur cette évolution
Le token d’Hyperliquid, HYPE se négocie actuellement sur la base d’une capitalisation en circulation d’environ 9,4 milliards de dollars. Rapporté à des revenus de 944 millions de dollars sur les douze derniers mois, Hyperliquid affiche un multiple prix/revenus d’environ 10x, contre 17,32x pour CME Group, la plus grande bourse de dérivés au monde, valorisée autour de 110 milliards de dollars pour 6,5 milliards de dollars de revenus en 2025.
Le marché valorise déjà HYPE dans une fourchette comparable à celle d’une bourse traditionnelle.
Les risques à nommer
Si les perspectives de croissance d’Hyperliquid sont importantes, elles s’accompagnent également de plusieurs risques qu’il convient de prendre en compte:
Centralisation et vecteurs d’attaque: les attaques de 2025 sur les tokens JELLYJELLY et POPCAT ont failli vider le coffre de liquidité de 230 millions de dollars, forçant les validateurs à intervenir manuellement pour délister l’actif. Si cette intervention s’est révélée efficace, elle a mis en évidence la capacité de la plateforme à agir de manière centralisée lorsque sa trésorerie est menacée.
Réglementation: Hyperliquid reste inaccessible aux utilisateurs américains, et les matières premières on-chain évoluent dans une zone grise réglementaire. Pour résoudre ce problème, HYPE devrait probablement obtenir une licence, à l’image de l’acquisition par Polymarket d’une entité régulée par la CFTC, afin d’opérer légalement aux États-Unis.
Évolutions géopolitiques: les revenus issus de HIP-3 prospèrent dans les périodes de tensions mondiales. Un apaisement de la volatilité macroéconomique pourrait rapidement faire disparaître la prime de «volatilité géopolitique» qui soutient actuellement l’utilisation de la plateforme et, par conséquent, la valeur du token.
Émissions contre rachats: si le protocole est actuellement net déflationniste, sa capacité à absorber les déblocages de tokens dépend entièrement du maintien de volumes d’échange élevés.
En résumé
Le pétrole ne s’est pas négocié sur une blockchain pour des raisons idéologiques liées à la décentralisation; il l’a fait parce que tous les autres marchés étaient fermés. Cette distinction, l’utilité plutôt que l’idéologie, est précisément ce qui différencie le moment actuel d’Hyperliquid des récits de finance décentralisée qui l’ont précédé.
À 13 à 15 fois ses revenus annualisés, le marché traite HYPE comme une véritable activité de bourse, et non comme un altcoin spéculatif. La marge de sécurité dépendra de la persistance des volumes non crypto, de la capacité des rachats à continuer de dépasser la dilution, et du succès des prochaines fonctionnalités.
Les données, à tout le moins, justifient d’examiner HYPE avec attention. Reste à savoir s’il mérite une place en portefeuille: cela dépendra de votre lecture du monde au-delà du graphique.