Le recyclage atteint ses limites

Matt Lodge, Global X ETFs

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Même en hausse, le recyclage ne peut pas résoudre les tensions structurelles sur les marchés des métaux.

 

Les marchés mondiaux des matières premières subissent actuellement des pressions provenant de plusieurs fronts à la fois. Les tensions géopolitiques, la hausse structurelle de la demande et la fragilité des chaînes d’approvisionnement font que certains matériaux deviennent soudainement stratégiques. L’acide sulfurique, un composant discret mais essentiel de la production mondiale de métaux, en est un exemple.

La Chine a annoncé vouloir restreindre, voire interrompre totalement, ses exportations d’acide sulfurique. Les conséquences pourraient être considérables: l’acide sulfurique est indispensable à l’extraction du cuivre. Étant donné qu’une grande partie de la production mondiale en dépend, près d’un cinquième de l’offre mondiale pourrait être affecté.

Le cuivre: colonne vertébrale et goulet d’étranglement

L’importance de cette évolution devient évidente lorsqu’on la replace dans le contexte de la demande croissante de cuivre. Ce métal est essentiel à l’électrification de l’économie et de la société, qu’il s’agisse des réseaux électriques, des véhicules électriques ou encore des centres de données. La demande mondiale d’électricité augmente de manière structurelle, portée par les infrastructures liées à l’IA, la numérisation, l’électrification industrielle et les nouvelles technologies.

Parallèlement, les données de marché montrent que l’approvisionnement devient de plus en plus tendu. Les marchés à terme signalent une hausse des prix à venir, ce qui indique des pénuries anticipées.

À cela s’ajoutent des risques réels sur l’offre: les problèmes de sécurité dans les pays producteurs ou les conflits géopolitiques retardent des projets et aggravent encore la situation.

L’argent et l’aluminium comme alternatives – avec des limites

Face à la raréfaction croissante, les alternatives gagnent en importance. L’argent est le meilleur conducteur électrique, mais il reste nettement plus cher et difficile à utiliser à grande échelle. L’aluminium, quant à lui, est le troisième meilleur conducteur après l’argent et le cuivre et joue déjà aujourd’hui un rôle important, notamment dans les réseaux électriques. Mais là aussi, les prix augmentent, notamment en raison des interruptions de production et des risques géopolitiques.

La substitution reste donc limitée: techniquement possible, mais souvent complexe sur le plan économique.

Les grands gagnants: l’industrie minière et l’énergie

La hausse des prix des métaux profite avant tout aux producteurs. En période de pénurie structurelle, le pouvoir de négociation des sociétés minières et des grands groupes intégrés de matières premières s’accroît considérablement.

Dans le même temps, l’attention se porte davantage sur les matières premières énergétiques. L’uranium gagne en importance à mesure que la demande d’électricité fiable et bas carbone augmente. L’énergie nucléaire est de plus en plus considérée comme un facteur de stabilisation dans un système fortement dépendant des énergies renouvelables intermittentes.

Le lithium reste également une matière première clé: les batteries sont indispensables au stockage des énergies renouvelables et donc à la stabilité des réseaux électriques.

Recyclage: un espoir aux limites structurelles

Face à ces tensions, l’attention se tourne vers le recyclage. Aujourd’hui déjà, une part importante de l’offre de cuivre provient de sources secondaires, soit environ un quart à un tiers de la production totale.

Mais les attentes doivent rester réalistes. Même avec une forte expansion du recyclage, les analyses montrent que cela ne suffira pas à combler les déficits structurels. La raison est simple: le cuivre reste souvent immobilisé pendant des décennies dans les bâtiments, les infrastructures ou les appareils et ne redevient disponible qu’avec retard.

En outre, l’accès à des volumes supplémentaires de ferraille est limité et peut même devenir plus difficile lorsque les prix augmentent, car les systèmes existants sont utilisés plus longtemps.

2050 comme tournant

À long terme, le recyclage pourrait toutefois gagner en importance. Avec la maturation des infrastructures d’électrification, une plus grande partie des matériaux utilisés pourrait réintégrer le cycle économique.

D’ici 2050, une part significative de l’approvisionnement en matières premières pourrait provenir du recyclage – non pas comme remplacement complet, mais comme facteur de stabilisation dans un marché sous tension.

Les marchés des matières premières se trouvent ainsi face à une situation paradoxale: la transition énergétique et la numérisation stimulent la demande de métaux comme le cuivre, le lithium et l’uranium, tandis que l’offre reste limitée par les risques géopolitiques et les goulets d’étranglement structurels.

Dans ce contexte, l’acide sulfurique peut sembler un détail mineur. Pourtant, il illustre de manière frappante la vulnérabilité croissante des chaînes d’approvisionnement mondiales.

L’avenir des marchés des matières premières ne dépendra donc pas seulement de nouvelles mines, mais aussi de la technologie, du recyclage et de la stabilité géopolitique.

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