Gonet: l'actualité des marchés au 29 mai

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,05%, S&P 500 +0,58%, Nasdaq +0,91%, Russell +0,57%, SOX +1%%, Eurostoxx -0,25%, SMI -0,90%.

 

Eureka! Je viens enfin de comprendre. Wall Street n’est en réalité qu’un pseudonyme derrière lequel se cache Dory. Mais oui! souvenez-vous de ce poisson amnésique et si enthousiaste. Prenons un exemple au hasard, l’intelligence artificielle. Chaque jour on semble s’enthousiasmer un peu plus à ce sujet sur les parquets de trading, même pour des supposés tocards comme Dell, on croit rêver. Un enthousiasme manifestement inaltérable porte les décisions d’investissement des intervenants, qui semblent oublier chaque matin combien le chemin emprunté depuis de nombreux trimestres désormais ressemble chaque jour un peu plus à une fin de siècle et de millénaire récentes. Qu’importent les ratios pourvu qu’on ait l’ivresse? Pensée émue au passage pour Christopher Chandiramani, qui avait recommandé de vendre l’action Swissair en juillet 2000, son employeur Crédit Suisse l’avait alors poussé vers la sortie pour crime de lèse-Majesté. 15 mois plus tard la flotte entière du groupe était clouée au sol et Swissair déposait le bilan. Qu’importent les ratios…

La séance d’hier illustre bien cet avant-propos. Dans les salles de marchés on applaudit l’annonce d’un quasi-accord entre les Etats-Unis et l’Iran, qui doit encore être approuvé par le président des Etats-Unis. En parallèle l’indice PCE d’avril ressort comme prévu à 3,8%, soit en hausse de 3 ticks et nettement au-dessus de l’objectif de la Fed de 2%. Le Personal Consumption Expenditure, outil préféré de la Fed, est en train de prendre la tangente vers le nord mais personne n’en a cure, on préfère se dire que c’est sorti en ligne. Ce cocktail de bonnes nouvelles potentielles géopolitiques, d’une macro dédaignée et d’une fièvre acheteuse autour de l’intelligence artificielle qui augmente encore provoque un retour remarqué de l’appétit au risque.

Avant de décortiquer la séance de trading d’hier soir, arrêtons-nous un instant sur le phénomène IA. Après la clôture, Dell s'envole de près de 37% grâce à des résultats supérieurs aux attentes et à un relèvement de ses prévisions, ce qui pourrait porter sa capitalisation boursière d'environ 206 à près de 280 milliards de dollars dès l'ouverture de Wall Street cet après-midi. Les réactions du marché continuent parfois de surprendre: en Europe, Soitec bondit de 24% après avoir pourtant publié la perte la plus importante de la dernière décennie. Dans le non coté, Anthropic, la maman de Claude, boucle une nouvelle levée de fonds sur la base d'une valorisation de 965 milliards de dollars, quasiment au niveau d'OpenAI. Même la seule note légèrement moins euphorique de la journée reste relative: SpaceX aurait revu à la baisse l'objectif de valorisation visé pour son introduction en bourse du mois prochain, avec une cible désormais proche de 1800 milliards de dollars plutôt que 2000 milliards. Un ajustement qui paraît modeste lorsqu'on se rappelle que le groupe était encore valorisé autour de 1’000 milliards de dollars il y a seulement quelques mois. En bref, le marché et l’IA semblent bien être partis en lune de miel sur la planète Titan.

Nouveau record historique pour le S&P500 (SPX) à la cloche, le principal indice boursier de la planète évolue en territoire suracheté dans l’indifférence générale. Son alter ego équipondéré le SPW progresse de 0,37% contre +0,58% au SPX, ce qui indique une certaine forme de retenue du plus grand nombre, le peloton de tête se composant hier de la santé, de la tech et de la consommation discrétionnaire. Le secteur des logiciels prend les choses en mains, motivé par Snowflake (SNOW +36,4%) et ses trimestriels, le marché est aussi porté par une certaine forme d’espoir que la Réserve Fédérale des Etats-Unis ne relève finalement pas ses taux cette année, en l’état les Fed Funds prédisent 54% de probabilités que rien ne se passe d’ici la fin de l’année. Les volumes d’échanges du jour sont faibles, le breadth légèrement négatif sur le SPX, clairement positif sur le NDX, une confirmation supplémentaire que l’effort acheteur se concentre sur la tech et ses géants. Le vénérable Dow Jones et le Nasdaq100 (NDX) atteignent tous deux également des niveaux encore jamais visités, tandis que la volatilité s’enfonce dans les limbes de l’indifférence générale, le VIX perd 3% à 15,74, le marché semble manifestement avoir baissé sa garde.

Le pétrole recule significativement à 87,62 dollars le baril de WTI Light Crude, son prochain support se situe à 84,01 dollars, c’est par là que passe actuellement sa moyenne mobile à 100 jours. Le marché obligataire réagit et se détend, le rendement du 10 ans US recule à 4,45%, sa 50 jours se situe à 4,38%. L’or rebondit quasiment pile sur sa 200 jours, un cas d’école technique, l’once évolue ce matin à 4519 dollars, la 200 jours à 4400 dollars. Sur le front des monnaies cela reste vraiment très calme entre l’euro et le dollar, la paire évolue ce matin à 1,1643. En revanche il y en a un qui se fait à nouveau remarquer, le trop solide franc suisse, j’y reviens.

Tout un chacun tente de déterminer ce qui montrera la direction aux actions lorsque le dossier USA / Iran sera derrière nous. Il y a un point que l’on évoque rarement et qui mérite peut-être de s’y attarder. Les rachats d’actions pourraient devenir l’un des principaux moteurs des marchés une fois les tensions géopolitiques apaisées. En Europe, la combinaison de bénéfices supérieurs aux attentes, de marges en hausse et de bilans solides permet aux entreprises de poursuivre des programmes de rachats massifs. Environ 80% des programmes annoncés pour 2026 n’ont pas encore été exécutés, ce qui laisse entrevoir un soutien potentiel aux actions dans les prochains mois. Les sociétés européennes ont déjà annoncé 210 milliards d’euros de rachats cette année, tandis que les bénéfices progressent bien plus vite qu’attendu. Aux Etats-Unis, les rachats restent colossaux, avec plus de 1000 milliards de dollars attendus en 2026, mais les grandes valeurs technologiques réallouent une partie croissante de leur trésorerie vers les investissements liés à l’intelligence artificielle. Malgré cela, pour la majorité des entreprises américaines, les rachats d’actions demeurent à des niveaux historiquement élevés. En clair, les entreprises continuent de constituer une source importante de demande pour les actions, particulièrement en Europe.

Selon le Wall Street Journal, un accord entre les Etats-Unis et l’Iran pourrait être proche. Le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent estime que les deux pays ont «les bases d’un accord», même si Donald Trump n’a pas encore donné son feu vert définitif. Le projet évoqué inclut notamment la réouverture complète du détroit d’Ormuz, l’abandon par l’Iran de son uranium hautement enrichi et des engagements sur le nucléaire.

Le franc suisse reste extrêmement fort, avec un dollar qui ne vaut plus que 0,7836 franc. Cette vigueur s’explique notamment par son statut de valeur refuge dans le contexte des tensions persistantes au Moyen-Orient. Cette semaine, le président de la Banque nationale suisse (BNS) Martin Schlegel a rappelé que l’institution est désormais davantage disposée à intervenir sur le marché des changes si nécessaire, tout en soulignant que l’inflation suisse reste compatible avec son objectif de stabilité des prix. L’euro est d’ailleurs tombé à son plus bas niveau en neuf semaines face au franc, à 0,9095. Les investisseurs suisses doivent donc surveiller de près le seuil de 0,90 sur l’EUR/CHF: si l’euro s’en rapproche davantage ou passe en dessous, le risque d’une intervention de la BNS pour freiner l’appréciation du franc pourrait augmenter sensiblement.

Les statistiques américaines publiées hier dressent un tableau contrasté de l’économie. L’inflation de base (core PCE), l’indicateur privilégié de la Fed, progresse de 0,2% en avril, un rythme légèrement plus modéré qu’en mars, en revanche d’année en année le chiffre de 3.8% pose problème. Les revenus des ménages stagnent alors qu’une hausse était attendue, tandis que les dépenses de consommation augmentent de 0,5%, conformément aux prévisions. Les commandes de biens durables surprennent fortement à la hausse grâce au secteur des transports, mais les commandes de biens d’équipement, considérées comme un indicateur de l’investissement des entreprises, reculent contre toute attente. Sur le front de l’emploi, les inscriptions au chômage ressortent légèrement au-dessus des attentes, suggérant un marché du travail qui se détend progressivement. La croissance du PIB du premier trimestre est révisée à la baisse, de 2,0% à 1,6% en rythme annualisé, tandis que les ventes de logements neufs déçoivent également. Du côté de la Fed, plusieurs responsables ont souligné les incertitudes entourant les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle et leur impact potentiel sur l’inflation et les taux d’intérêt, un sujet qui continuera d’alimenter les débats dans les prochains mois.

Au menu macroéconomique de ce vendredi, les investisseurs surveilleront principalement une série d’indicateurs d’inflation en Europe avec les chiffres de la France, de l’Italie et surtout de l’Allemagne, ainsi que le taux de chômage allemand. Aux Etats-Unis, l’attention se portera sur les stocks de gros, la balance commerciale et l’indice PMI de Chicago, qui fournira un aperçu de la dynamique de l’activité économique en fin de mois. Le Canada publie de son côté sa croissance du PIB, tandis qu’un discours de la gouverneure de la Réserve fédérale Michelle Bowman pourrait également attirer l’attention des marchés en quête d’indices sur l’orientation future de la politique monétaire américaine.

Le nouveau patron de Nikon entend reprendre du terrain sur le marché de la photolithographie en adoptant une politique tarifaire plus offensive face à ASML. SAP a levé 3,5 milliards d'euros sur le marché obligataire afin de renforcer son financement. Dell impressionne avec des perspectives revues à la hausse et anticipe désormais 60 milliards de dollars de revenus liés aux serveurs dédiés à l'intelligence artificielle, ce qui propulse son action de 39% dans les échanges après la clôture. À l'inverse, Gap est lourdement sanctionné, le titre abandonnant 14,5% hors séance après la publication de ses résultats trimestriels. Dans la santé, Pfizer s'associe au laboratoire chinois Innovent Biologics dans le cadre d'un partenariat mondial pouvant représenter jusqu'à 10,5 milliards de dollars pour développer de nouveaux traitements contre le cancer. Dans la mobilité autonome, Waymo conserve une nette avance sur Tesla dans le déploiement de robotaxis au Texas. Toyota, de son côté, met en pause le développement de sa future Lexus 100% électrique et privilégie désormais les SUV afin de s'adapter à l'essoufflement de la demande mondiale pour les véhicules électriques. Enfin, Xiaomi poursuit sa politique de retour aux actionnaires en rachetant 10,5 millions d'actions de catégorie B pour un montant de 298 millions de dollars hongkongais, titres qui seront annulés.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices évoluent en ordre dispersé. Tokyo décolle de 2,53% à la cloche, Hong Kong avance de 0,9%, Shanghai perd 0,73%, Séoul gagne 3,55% et le Nifty50 égare 0,27%. Le future SPX et l’Europe se sont parés de vert pour dire au revoir au joli mois de mai, tous deux évoluent en légère hausse.

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