Le joli mois de mai s’installe doucement dans les esprits boursiers, le joyeux royaume des actions semble de plus en plus optimiste, faisant fi de tout ce qui pourrait avoir l’heur de le contrarier. Prenons un exemple au hasard, la publication hier de l’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis, qui inquiète sérieusement les intervenants du marché obligataire, pendant que sur les parquets de trading en actions on remet le BTFD (non n’insistez pas je ne vous le traduirai pas) une énième fois au goût du jour.
On se rend immédiatement à Wall Street, qui enfile son plus beau costume d’autruche et réalise hier une remontada en séance digne des plus beaux exploits catalans. Voyez l’indice des semi-conducteurs (SOX), qui chute de 6% à son plus bas du jour, pour ne rendre «que» 3% à la cloche, c’est le fameux BTFD, saupoudré de FOMO (Fear Of Missing Out) avec un zeste de YOLO (You Only Live Once) et ce malgré le NACHO (Not A Chance Hormuz Opens), CQFD. On pourrait même ajouter un peu de GGO (Gonet Geneva Open, auto-promo totalement assumée). Les volumes d’échanges restent concentrés autour du Nasdaq100 (NDX), le podium du jour du S&P500 (SPX) se compose des actions de la santé (l’infâme Marty Makary, connu pour ses décisions controversées qui avaient provoqué l’ire des laboratoires pharmaceutiques et de nombreux citoyens américains, est limogé), les biens de consommation et les financières. La tech est avant-dernière, elle recule globalement de 1%, tout comme la consommation discrétionnaire qui occupe la place de lanterne rouge du jour, l’indice des prix à la consommation est passé par là, qui confirme qu’en avril dame inflation a réalisé des progrès significatifs, ce que le plus grand nombre refuse mordicus de voir, j’y reviens.
Le NDX bénéficie également de BTFD hier, il passe de -2,3% à son plus bas à -0,87% à la cloche, le breadth est neutre sur le SPX, négatif dans un ratio de 2 pour 1 sur le NDX, je pense qu’aucune action du SOX ne parvient à monter hier, on va vite pardonner à cet indice en hausse de 173% sur l’année à lundi matin. Ceci dit cette performance stellaire le rend passablement vulnérable lorsqu’une correction interviendra. Il se murmure de plus en plus sur les parquets de trading que la hausse de ce secteur est allé trop loin, trop vite.
Sur le marché obligataire on ne prend pas le CPI à la légère, les rendements augmentent progressivement un peu partout sur la courbe des taux, ce matin le 10 ans US traite à 4,46%, il tente de sortir par le haut de son canal baissier entamé en octobre 2023, si ça passe un tapis rouge (c’est de saison) technique se déroulera naturellement et en route pour les 5%! Le 30 ans repasse le niveau psychologique de 5%, ce matin à 5,02%, tandis que le 2 ans remonte à 3,98%, hier il atteint un plus haut en séance de 3,9998%, ça ne s’invente pas. Rien n’est réglé à Ormuz, le baril de WTI Light Crude se maintient légèrement au-dessus de 100 dollars, l’or fait de même avec le niveau de 4700 dollars l’once, prochains niveaux de supports 4500 dollars, puis 4330 dollars (200 jours).
On m’informe à l’instant dans l’oreillette que le cuivre traite à son plus haut niveau de tous les temps depuis trois jours, je transmets au marché des actions qui classe immédiatement l’information à la verticale.
Dans un tel contexte, le dollar ne pouvait que reprendre du poil de la bête, la paire EUR/USD revient à 1,1718, sa 100 jours l’attend à 1,1709 pour une explication de texte musclée.
Bref retour aux actions avec une vieille Europe qui fait à nouveau grise mine hier. Toute l’Europe? Non! Car un village peuplé d'irréductibles Helvètes résiste encore et toujours à l'envahisseur plantigrade. Le SMI garde la tête hors de l’eau, bien aidé par son triumvirat de papys Nestlé, Novartis et Roche, good old days…
Résumons, la guerre entre les Etats-Unis et l’Iran semble loin d’être résolue, ce qui maintient le coût de l’énergie et d’une importante majorité de matières premières élevé. La publication hier de l’indice américain des prix à la consommation confirme la hausse progressive du niveau général des prix aux Etats-Unis, le marché obligataire en prend acte et s’inquiète, le marché des actions s’en fiche comme de sa dernière chemise, tout est normal.
Le 5 Year Breakeven Rate américain, qui mesure l’inflation moyenne anticipée par le marché sur les cinq prochaines années à travers l’écart entre les obligations classiques et les TIPS (les obligations du Trésor des Etats-Unis couvertes contre l’inflation), est remonté d’environ 2,25% fin décembre à 2,70% aujourd’hui, ce qui constitue un mouvement particulièrement significatif en quelques mois. En clair, le marché obligataire estime désormais que l’inflation future sera nettement plus élevée et surtout plus persistante qu’attendu auparavant. Cette remontée reflète plusieurs facteurs: la flambée des prix de l’énergie liée aux tensions géopolitiques autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, les craintes de perturbations durables des chaînes d’approvisionnement, mais aussi l’idée que l’économie américaine reste suffisamment solide pour empêcher un ralentissement rapide de l’inflation. Pour les investisseurs, le problème n’est pas seulement le niveau actuel des prix du pétrole ou des matières premières, mais le risque que cette inflation commence à s’ancrer dans les comportements des ménages, des entreprises et des salaires.
Les implications de cette hausse sont importantes pour le marché. Une remontée du breakeven rate signifie généralement que les intervenants commencent à réduire leurs anticipations de baisses de taux de la Fed et envisagent même le risque de taux durablement élevés, voire de nouveaux resserrements monétaires si l’inflation devait réellement repartir. Cela tend à pousser les rendements obligataires à long terme vers le haut et peut devenir un problème pour les actifs les plus sensibles aux taux, notamment les valeurs technologiques et de croissance dont les valorisations reposent sur des flux futurs lointains. Le mouvement actuel indique également un changement progressif de sentiment à Wall Street: le marché passe d’un scénario relativement confortable de «désinflation contrôlée» à un environnement beaucoup plus incertain, où l’inflation énergétique et géopolitique pourrait redevenir un risque macroéconomique majeur.
Le rallye en cours de Wall Street paraît de plus en plus tendu et vulnérable à une correction après l’une des plus fortes séries de hausse du SPX des 70 dernières années. Plusieurs indicateurs de sentiment, comme le «Risk Appetite Indicator» de Goldman Sachs, signalent désormais un optimisme extrême rarement observé historiquement, tandis que de nombreux segments du marché apparaissent fortement surachetés avec des investisseurs déjà massivement positionnés à la hausse. Pourtant, il reste difficile de parier contre le marché car aucun véritable catalyseur fondamental baissier n’est visible pour le moment: les bénéfices des entreprises restent solides, les craintes de récession se sont apaisées et les marchés semblent avoir digéré les tensions au Moyen-Orient et la hausse du pétrole. Le principal risque vient surtout de la concentration extrême autour du thème de l’intelligence artificielle, une poignée de géants des semi-conducteurs représentant à elle seule près de 40% de la hausse du marché depuis mars. Le marché est peut-être entré dans une phase de forte euphorie autour de l’IA où de nombreuses inquiétudes récentes, comme les coûts gigantesques des investissements, la concurrence ou les risques liés à la sécurité de l’IA, semblent désormais ignorées.
Plusieurs stratèges estiment que le véritable danger pour le marché ne vient pas uniquement du niveau actuel des prix de l’énergie, mais du risque que les ménages et les entreprises commencent à intégrer une inflation durablement plus élevée dans leurs comportements, leurs négociations salariales et leurs décisions d’investissement. Si ces anticipations venaient à se désancrer, la Fed pourrait être contrainte de maintenir des taux élevés beaucoup plus longtemps, voire d’envisager de nouveaux resserrements monétaires, ce qui constituerait un changement majeur pour des marchés habitués depuis des mois à anticiper essentiellement des baisses de taux.
La rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Pékin représente un sommet à très hauts enjeux dans un contexte de fortes tensions géopolitiques et économiques entre les deux puissances. Trump cherche avant tout à obtenir l’aide de la Chine pour pousser l’Iran à rouvrir le détroit d’Ormuz et calmer la flambée des prix du pétrole, tout en tentant de décrocher d’importants accords commerciaux, notamment des achats chinois de soja américain et d’avions Boeing. De son côté, Xi Jinping souhaite stabiliser la relation avec Washington alors que l’économie chinoise ralentit fortement et que les tensions autour de Taïwan continuent de s’intensifier. Les discussions porteront également sur les droits de douane, les restrictions technologiques, l’intelligence artificielle et les exportations de terres rares. Malgré les démonstrations publiques d’amitié entre les deux dirigeants et la volonté affichée de coopérer, les analystes restent prudents et estiment qu’aucune avancée majeure n’est réellement attendue, tant les divergences stratégiques restent profondes entre Pékin et Washington.
L’attention des marchés se porte aujourd’hui sur plusieurs rendez-vous macroéconomiques importants aux États-Unis, avec à 14h30 la publication des prix à la production d’avril, indicateur particulièrement surveillé après la récente remontée des anticipations d’inflation sur le marché obligataire. À 16h30, les investisseurs suivront également les stocks pétroliers américains dans un contexte de fortes tensions sur l’énergie et de volatilité persistante du pétrole liée au Moyen-Orient. Enfin, les discours de Susan Collins à 17h30 puis de Neel Kashkari à 19h15 seront analysés de près afin d’évaluer si la Fed commence à s’inquiéter davantage du risque d’une inflation durablement élevée et d’un maintien prolongé de taux d’intérêt restrictifs.
En Europe, Siemens AG publie un recul de son bénéfice net au premier semestre malgré une progression du chiffre d’affaires, tandis que Adecco dépasse les attentes grâce à une hausse de ses revenus. Aux États-Unis, JPMorgan Chase préparerait une importante réorganisation de sa banque d’investissement dans le cadre d’une restructuration plus large, selon le Financial Times. Dans la technologie, Jensen Huang devrait finalement accompagner Donald Trump lors de son voyage en Chine, alors que Microsoft aurait déjà généré plus du double de son investissement de 13 milliards de dollars dans OpenAI en revenus, selon The Information. Toujours dans l’intelligence artificielle, Anthropic serait en discussions pour racheter Stainless, une startup d’outils de développement utilisée notamment par OpenAI et Google, tandis que le Wall Street Journal indique que Google discuterait également avec SpaceX afin de développer des centres de données orbitaux. Enfin, Samsung Electronics recule en bourse après l’échec des négociations salariales entre le groupe et son principal syndicat.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo gagne 0,84% à la cloche, Hong Kong grappille 0,06%, Shanghai avance de 0,87%, Séoul progresse de 2,63% et le Nifty50 de 0,42%. Le future SPX traite en légère hausse pendant que l’Europe gagne 0,8% dans les premiers échanges.
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