La fragmentation mondiale, les tensions géopolitiques et la répétition des chocs d’approvisionnement continuent de mettre à l’épreuve le modèle traditionnel européen, fondé sur l’ouverture des échanges et sur des dépendances extérieures. L’autonomie européenne représente une transformation structurelle qui s’éloigne de ce modèle. Longtemps cantonnée au stade du concept, elle entre désormais dans une phase de mise en oeuvre. Les ambitions d’autonomie prennent forme dans la stratégie industrielle, la réglementation et les décisions d’investissement. C’est cette évolution qui fait passer le sujet du registre du discours à celui de réalité d’investissement dans des domaines clés tels que les systèmes énergétiques, les capacités industrielles, la résilience des systèmes de santé, la défense et les technologies stratégiques.
Selon le rapport Draghi, la concrétisation d’une autonomie stratégique nécessiterait environ 750 à 800 milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an, couvrant l’énergie, la défense, la technologie et les capacités industrielles.
Le cadre européen actuel permet jusqu’à 800 milliards d’euros de dépenses de défense, dont 150 milliards d’euros via l’instrument SAFE (Security Action for Europe), destiné à soutenir les achats conjoints.
Les récentes enveloppes allouées au titre du Connecting Europe Facility financeront des projets transfrontaliers d’infrastructures énergétiques, soutenant ainsi les investissements dans les réseaux d’électricité et d’hydrogène, les interconnexions et l’électrification.
L’Europe intensifie aussi ses efforts pour sécuriser l’accès aux matières premières critiques, à la fois sur son territoire et via des partenariats extérieurs. Les récents accords commerciaux, notamment avec l’Australie, visent explicitement à diversifier les sources d’approvisionnement et à réduire la dépendance à des chaînes concentrées ou instables. Cela souligne une évolution majeure: l’autonomie n’est pas synonyme d’isolement, mais de construction de réseaux résilients et de confiance.
La sélectivité est essentielle, car toutes les expositions ne se traduiront pas par de la création de valeur, en particulier dans les secteurs intensifs en capital et dépendants des politiques publiques.
La défense est entrée dans une phase industrielle, la souveraineté énergétique a retrouvé un caractère d’urgence, et des secteurs stratégiques tels que les matériaux, la santé et la technologie bénéficient d’une attention renouvelée.
Nous estimons que l'intérêt d’investissement pour les actifs européens se renforce, à mesure que la montée en puissance de l'autonomie est susceptible d’orienter les capitaux vers des domaines caractérisés par une demande structurelle, un soutien public et des contraintes de capacité.
Les opportunités les plus convaincantes se situent généralement le long de chaînes de valeur stratégiques: écosystèmes d’approvisionnement de la défense, infrastructures énergétiques et électrification, matériaux critiques, solutions d’économie circulaire et technologies soutenant les capacités industrielles et numériques de l’Europe.
La sélectivité est essentielle, car toutes les expositions ne se traduiront pas par de la création de valeur, en particulier dans les secteurs intensifs en capital et dépendants des politiques publiques. Chez Candriam, nous abordons l’autonomie européenne comme un cycle d’investissement pluriannuel de plusieurs milliers de milliards d’euros, dans lequel, selon nous, la capture de valeur exige précision, jugement actif et compréhension approfondie des chaînes de valeur industrielles.
Notre stratégie combine une conviction thématique top-down et une sélection de titres bottom-up, s’appuyant sur plus de 20 ans d’expérience dans l’investissement thématique et en actions européennes, au sein d’une plateforme thématique gérant plus de 15 milliards d’euros d’actifs . Cela nous permet d’aller au-delà d’une allocation sectorielle large pour cibler des entreprises qui, selon nous, sont directement exposées à la transformation stratégique de l’Europe et y contribuent.
L’univers d’investissement est structuré autour de cinq piliers clés – l’énergie, l’aéronautique et la défense, la technologie, les industries et matériaux stratégiques, et la santé – qui reflètent les fondements mêmes de l’autonomie. Au sein de ces domaines, nous cherchons à identifier des entreprises pouvant être moins visibles sur les marchés cotés, notamment celles disposant de technologies critiques, de positions de marché fortes ou de savoir-faire spécialisés intégrés dans les chaînes de valeur européennes.
Il en résulte une stratégie de conviction, conçue pour capter un large éventail d’opportunités liées à la montée en puissance de l'autonomie européenne, depuis les maîtres d'œuvre jusqu'aux fournisseurs spécialisés et aux leaders technologiques. Selon nous, cette capacité à identifier à la fois les leaders et les acteurs qui rendent cette évolution possible constitue un élément différenciant majeur de l’univers d’opportunités, ainsi qu’une source importante de potentiel d’investissement à long terme.
Cette dynamique recompose en profondeur le paysage économique européen et crée, selon nous, une source convaincante et encore sous-estimée d’opportunités d’investissement à long terme.