Logiciels: l’IA menace-elle le modèle SaaS?

Ken Van Weyenberg, Candriam

2 minutes de lecture

Entre pression concurrentielle et adaptation, l’économie du SaaS entre dans une nouvelle phase.

 

Les agents d’intelligence artificielle ne se limitent plus à assister: ils commencent à exécuter certaines tâches. L’apparition d’agents d’IA tels que Claude Cowork, capables de gérer de manière autonome des flux de travail entre des fonctions juridiques, marketing et analytiques, relance une question chez les investisseurs: une partie de l’écosystème SaaS (software-as-a-service, ou logiciel en tant que service) pourrait-elle être désintermédiation de façon structurelle?

Les multiples de valorisation du secteur des logiciels se sont fortement contractés depuis août 2025 en raison des risques perçus de disruption associés à l’IA. Le marché réévalue à la fois les trajectoires de croissance et la solidité des modèles économiques des éditeurs de logiciels.

Nous examinons si cette réévaluation traduit une détérioration réelle de l’économie du SaaS et où le marché pourrait mal apprécier le risque comme la résilience.

L’attrait historique du secteur des logiciels 

Au cours de la dernière décennie, les entreprises de logiciels et de SaaS ont bénéficié d’une prime de valorisation structurelle. La logique était irréfutable: les modèles commerciaux basés sur l’abonnement offraient des revenus récurrents et une grande visibilité sur les bénéfices. Ils offraient des marges brutes élevées et une faible intensité capitalistique; à mesure que les entreprises se développaient, les marges incrémentielles augmentaient rapidement, alimentant une forte génération de flux de trésorerie disponibles.

Cette prime s’est toutefois nettement réduite sur certains segments.

Tous les segments du marché des logiciels ne sont pas exposés de manière égale.

Un marché axé sur le risque de désintermédiation 

Les récentes annonces de produits par les investisseurs d’OpenAI et d’Anthropic remettent en question la stabilité à long terme des revenus qui caractérisent depuis longtemps le modèle économique des logiciels, car les outils d’IA vont accentuer la concurrence. Si les systèmes d’IA, tels que Claude Cowork, peuvent exécuter de manière autonome des tâches qui nécessitaient auparavant une interaction humaine dans plusieurs outils logiciels, cela ouvre la voie à un risque de désintermédiation pour les outils SaaS existants.

Le marché anticipe aussi une pression sur les bénéfices à court terme, liée aux investissements dans l’IA, aux tensions sur les prix et au risque de perte de clients.

Tous les logiciels ne se valent pas 

Bien que nous reconnaissions ces difficultés à court terme et que nous adoptions une vision plus mesurée du secteur des logiciels en général, nous pensons que le risque de disruption varie considérablement d’un modèle économique à l’autre. Tous les segments du marché des logiciels ne sont pas exposés de manière égale.

La vulnérabilité peut être élevée pour les outils logiciels qui fournissent principalement une interface utilisateur pour des tâches relativement standards. Les agents d’IA autonomes peuvent court-circuiter cette interface utilisateur traditionnelle et coordonner des tâches entre différents systèmes sans nécessiter d’intervention humaine. Les éditeurs davantage orientés vers les PME peuvent aussi être exposés, car ces clients sont souvent plus sensibles aux prix et plus rapides à adopter des outils intégrant nativement l’IA. Dans de tels cas, l’IA peut affaiblir le pouvoir de fixation des prix et intensifier la concurrence.

Toutefois, nous pensons que certains segments du marché des logiciels présentent des modèles économiques plus résilients. La cybersécurité en est un exemple, tout comme les plateformes logicielles complexes qui sont profondément ancrées dans les opérations des entreprises et dont l’intégration est très coûteuse, ou encore les outils logiciels destinés à des secteurs hautement réglementés tels que la santé, les services financiers ou les administrations publiques. Dans ces segments, la sécurité et la conformité des données sont primordiales; en outre, les logiciels d’infrastructure de données tels que les bases de données bénéficieront en réalité d’avantages à court terme, car les systèmes d’IA nécessitent des données d’entrée structurées, sécurisées et bien gérées.

Cette distinction est essentielle. La baisse des valorisations des éditeurs de logiciels et le discours autour d’une «SaaSpocalypse» soulèvent des questions légitimes quant à la durabilité des marges, à la dynamique concurrentielle et à la viabilité de la croissance à long terme dans ce secteur. Mais cela ne signifie pas que tous les modèles économiques des logiciels sont soudainement compromis.

Conséquences sur les investissements: La sélectivité est primordiale 

L’IA ne devrait pas éliminer l’économie des services logiciels, mais elle redistribue la valeur au sein de l’écosystème. Pour les investisseurs, l’opportunité réside dans l’identification des segments structurellement vulnérables et de ceux qui restent bien placés pour saisir la valeur dans une économie dotée d’IA. La correction généralisée actuelle des logiciels a accru la dispersion au sein du secteur; elle offre des opportunités à ceux qui privilégient une sélection rigoureuse et l’analyse fondamentale.

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