La Banque d’Angleterre (BoE) a maintenu son taux directeur inchangé jeudi pour sa troisième réunion d’affilée, à 3,75%, mais envisage de le rehausser pour lutter contre l’inflation, qui pourrait exploser au-delà de 6% au Royaume-Uni, en raison du conflit au Moyen-Orient.
«Nous pensons qu’il s’agit d’un niveau raisonnable (du taux directeur, NDLR) étant donné la situation de l’économie et l’imprévisibilité des évènements au Moyen-Orient», a expliqué le gouverneur de la banque centrale britannique, Andrew Bailey, dans un commentaire joint au rapport de politique monétaire.
Comme la Réserve fédérale (Fed) mercredi aux Etats-Unis et la Banque centrale européenne (BCE) dans la foulée jeudi, la BoE a joué la carte de la prudence en optant pour le statu quo monétaire, à une écrasante majorité.
Un seul membre du Comité de politique monétaire (MPC) de la BoE sur neuf a voté en faveur d’une hausse de 0,25 point de pourcentage du taux directeur.
La BoE a publié exceptionnellement jeudi trois scénarios pour l’évolution de l’économie britannique, sans projection centrale, c’est-à-dire sans prévision privilégiée. La dernière fois que la BoE n’avait pas eu recours à une projection centrale remonte à mai 2020, pendant l’épidémie de Covid.
Tous les scénarios prévoient des taux plus élevés qu’anticipé en février.
«La perspective de baisses de taux, dont nous parlions en conférence de presse il y a trois mois, n’est plus d’actualité», a admis le gouverneur de la BoE jeudi.
Après avoir opté pour ce qu’il qualifie de «maintien actif», M. Bailey note que le taux actuel peut offrir une certaine «marge» à la BoE avant de le remonter.
Dans le pire des cas envisagés, l’inflation grimperait jusqu’à 6,2% au premier trimestre 2027, ce qui pourrait impliquer un rehaussement monétaire dès cette année.
La banque centrale britannique estime que les effets du conflit au Moyen-Orient sur l’économie empireront si celui-ci se prolonge. Or le prix du baril de référence mondiale du pétrole brut, le Brent, a récemment dépassé les 126 dollars face à la perspective d’une paralysie durable du détroit d’Ormuz, artère cruciale pour le transport d’hydrocarbures.
Pour que la situation corresponde au scénario le plus dramatique évoqué par la BoE jeudi, le baril devrait atteindre 130 dollars, rester élevé sur une période prolongée et les cours du gaz s’envoler davantage en parallèle.
Les économistes craignaient déjà pour le Royaume-Uni une situation de stagflation, qui combine une faible croissance et une forte inflation. La hausse des prix a déjà accéléré en mars, à 3,3% sur un an, tirée par l’énergie.
Début février, avant la guerre, l’institution monétaire britannique prévoyait pourtant de retourner à sa cible de 2% d’inflation aux alentours d’avril.
Toutes ses prévisions pour l’économie britannique sont désormais plus pessimistes: la BoE anticipe une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 0,7% ou de 0,8% en 2026, contre 0,9% précédemment attendu, et de 0,8% ou 1% en 2027, contre 1,5% auparavant prévu.
Dans la foulée de l’annonce sur le taux, vers 13H35 GMT, la livre prenait 0,24% face au billet vert, à 1,3508 dollar pour une livre.