Alors que la guerre en Iran, les tensions inflationnistes et l’incertitude quant au niveau des taux d’intérêt monopolisent les rubriques quotidiennes, la quête d’une asymétrie dans ses investissements, soit comment identifier des actifs dont le potentiel d’appréciation excède leurs risques, est devenu central.
Aux États-Unis, la domination des Magnificent 7 illustre à elle seule les déséquilibres actuels. Ces géants représentent à eux seuls 33.7% du S&P 500. Alors que leurs primes de valorisation par rapport aux autres sociétés composant l’indice ont atteint leur plus bas niveau depuis huit ans, l’attention des investisseurs se déplace vers des marchés capables d’offrir une protection contre la volatilité des marchés des pays développés.
Le Brésil, une opportunité asymétrique
Dans ce contexte le Brésil, traditionnellement considéré comme simple trade tactique, s’impose progressivement comme étant une allocation stratégique de premier plan pour les investisseurs dans le change (Forex) ou dans l’obligataire. Cette nouvelle attraction s’appuie notamment sur une banque centrale crédible, déterminée à contenir l’inflation, mais aussi dans le rôle croissant que prend le Brésil dans la chaîne d’approvisionnement mondial et à une devise qui reste profondément sous-évaluée au regard de ses fondamentaux.
Les obligations émergentes ont bénéficié du récent repli des rendements du bon du Trésor américain suite à l’accalmie sur le prix du pétrole. La banque centrale du Brésil a saisi cette occasion pour procéder à un rachat record de sa dette pour un montant de R$ 44 milliards avec pour résultat des taux à 10 ans revenus au niveau d’avant-guerre à 13,6%.
Dans cet environnement favorable, le gouvernement a levé avec succès Euro 5 milliards via l‘émission d’eurobonds en trois tranches, à maturité 2030, 2033 et 2036, avec des rendements compris entre 4,10% et 5,50%. Après plus d’une décennie d’absence d’émissions libellées en Euro, le Brésil signale ainsi qu’il s’ouvre aux capitaux étrangers.
En tant qu’exportateur net d’énergie, le Brésil dispose d’un coussin naturel: lorsque les prix de l’énergie fluctuent, ses revenus d’exportation agissent comme un amortisseur et soutiennent sa devise.
Ce repositionnement dépasse le seul cadre souverain et s’étend au secteur privé, en particulier aux industries liées aux matières premières stratégiques, un thème central dans les politiques occidentales de transition énergétique. L’acquisition de Serra Verde par USA Rare Earth pour un montant de US$ 2,8 milliards en est une illustration frappante. Conclu avec un Special Purpose Vehicle (SPV) financé principalement par des agences fédérales américaines, l’acquisition est accompagnée d’une convention d’achat sur 15 ans couvrant 100% de la production. Ces opportunités de crédit offriront aux investisseurs institutionnels une exposition à la transition énergétique adossée à une garantie quasi souveraine.
Une maîtrise des taux
Avec une inflation attendue autour de 4,71% en 2026, soit 1,5% au-dessus de la marge de tolérance, la banque centrale brésilienne adopte une attitude conciliante, avec un taux directeur (le «Selic») à 14,75%, qui ne devrait que peu augmenter cette année. Pour les investisseurs obligataires, ces niveaux de taux nominaux et réels sont attractifs.
La devise, un attrait supplémentaire
Depuis le début de l’année, le Réal s’impose comme l’une des devises les plus performantes des marchés émergents, s’appréciant de plus de 9% face au dollar américain. Techniquement le signal est fort, avec une paire USD/BRL qui est repassée sous sa moyenne mobile des 7 dernières années, ce qui est inédit depuis 2005. Malgré une appréciation à près de 5 Réals pour 1 USD, la devise demeure massivement sous-évaluée (50-55% par rapport à sa parité de pouvoir d’achat). Cette sous-évaluation persistante, offre à la fois une protection contre la volatilité du Dollar et un renforcement de la compétitivité de son secteur d’exportation.
La relation entre le Réal et les matières premières
En tant qu’exportateur net d’énergie, le Brésil dispose d’un coussin naturel: lorsque les prix de l’énergie fluctuent, ses revenus d’exportation agissent comme un amortisseur et soutiennent sa devise. Cet avantage structurel se reflète dans son excédent commercial qui s’est apprécié de 10% en un an, dépassant USD 31,6 milliards. Pour un investisseur institutionnel, le «commodity carry» est particulièrement attractif: des taux d’intérêt domestiques élevés attirent les capitaux tandis que les exportations, majoritairement libellées en USD soutiennent la devise. Il en résulte un cercle vertueux, où la devise, renforcée par l’exportation de biens tangibles offre une protection contre la volatilité des matières premières ainsi qu’un rendement élevé.
Il y a un mais…..
La baisse de popularité du gouvernement et les élections générales prévues en octobre de cette année suscitent des inquiétudes quant à un possible relâchement de la discipline budgétaire au profit de mesures expansionnistes. Une telle évolution pèserait sur le ratio dette/PIB et exercera des tensions sur l’extrémité longue de la courbe des taux.
En conclusion
Les portefeuilles institutionnels qui cherchent à se positionner pour la suite de l’année seraient bienvenus à exploiter cette «asymétrie latino-américaine». Avec un consensus oscillant entre 12,50% et 13,50% pour le Selic à fin 2026, le «carry» demeure trop attractif pour être ignoré. Un investisseur conservateur pourrait ainsi renforcer son exposition aux obligations souveraines brésiliennes et corporate de qualité avec une duration courte ou intermédiaire. Cette stratégie permettra de capturer l’avantage de rendement tandis que la duration courte limitera le risque associé aux incertitudes budgétaires dans une période pré-electorale. Le choix d’un émetteur lié à l’énergie ou aux matériaux stratégiques apportera une protection complémentaire bienvenue.