Aperçu de la BCE: statu quo, mais inconfort croissant

Josefina Rodriguez, Vanguard Europe

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Le Conseil des gouverneurs devrait mettre l’accent sur la prudence et la flexibilité, en maintenant une approche strictement dépendante des données, dans l’attente de signaux plus clairs concernant d’éventuels effets de second tour.

Nous anticipons que la Banque centrale européenne maintiendra ses taux inchangés à 2% lors de la réunion de jeudi. Si les prix élevés de l’énergie devraient pousser l’inflation globale à la hausse à court terme, le ralentissement de la dynamique de croissance et les incertitudes importantes quant à la persistance des pressions inflationnistes militent contre une réaction immédiate de politique monétaire. Dans ce contexte, le Conseil des gouverneurs devrait mettre l’accent sur la prudence et la flexibilité, en maintenant une approche strictement dépendante des données, dans l’attente de signaux plus clairs concernant d’éventuels effets de second tour. Bien que nous continuions d’anticiper un maintien des taux tout au long de 2026, la position de la BCE devient de plus en plus délicate.

Points clés

  • Des prix de l’énergie en repli, mais un environnement toujours tendu:
    Les marchés de l’énergie se sont apaisés depuis la mi-mars, les prix du pétrole et du gaz ayant corrigé une partie de leur précédente envolée à mesure que les tensions au Moyen-Orient se sont atténuées. Toutefois, les prix demeurent nettement supérieurs à leurs niveaux d’avant le conflit, et les courbes à terme se sont déplacées à la hausse. Les contraintes persistantes d’offre et les prix élevés des produits raffinés suggèrent que l’énergie continuera d’exercer une pression haussière sur l’inflation, laissant un environnement énergétique nettement moins favorable qu’en début d’année.
  • Les risques inflationnistes reviennent au premier plan:
    L’inflation globale a atteint 2,6% en mars et devrait encore accélérer en avril. Nous anticipons une hausse autour de 3,1%, principalement sous l’effet de l’énergie. L’inflation sous-jacente, en revanche, ne devrait progresser que modestement à court terme, même si les premières indications issues des enquêtes pointent vers une intensification des pressions sur les prix: la composante «prix de production» du PMI flash d’avril a fortement augmenté, et les anticipations d’inflation des ménages comme les intentions de tarification des entreprises se sont redressées.
    Compte tenu du choc énergétique, nous avons relevé notre prévision d’inflation globale pour 2026 de 0,9 point à 2,5%, et celle de l’inflation sous-jacente de 0,3 point à 2,1%, dans notre scénario «modéré» où le pétrole se situe entre 90 et 100 dollars le baril et le gaz autour de 60 €/MWh pendant un à deux trimestres. Globalement, les risques sur l’inflation restent orientés à la hausse.
  • Une activité en perte de vitesse sous l’effet des prix élevés:
    Les indicateurs récents suggèrent un ralentissement de l’économie de la zone euro. Les enquêtes d’activité se sont détériorées dans l’ensemble des secteurs, tant sur les conditions actuelles que sur les anticipations. Dans ce même scénario «modéré», nous avons abaissé notre prévision de croissance du PIB pour 2026 de 0,4 point à 0,8%. Nous estimons qu’environ 75% de ce ralentissement s’explique par l’impact direct de la hausse des prix de l’énergie, le reste étant lié au durcissement des conditions financières.
  • Un scénario intermédiaire entre les projections centrales et adverses de la BCE:
    Par rapport aux projections de mars de la BCE, la croissance apparaît plus faible et les pressions inflationnistes légèrement plus fortes, mais le choc reste nettement inférieur à celui de la crise énergétique de 2022. Ce scénario «intermédiaire» plaide en faveur de la patience tout en maintenant une grande flexibilité.
  • Message de politique monétaire: patience et vigilance:
    Les récentes communications des responsables de la BCE suggèrent une faible propension à agir immédiatement. Nous anticipons que le Conseil des gouverneurs réaffirmera que l’orientation actuelle est appropriée, tout en soulignant que les risques haussiers sur l’inflation nécessitent une attention soutenue. Le communiqué devrait insister sur le suivi étroit des données, notamment pour détecter d’éventuels effets de second tour, et rappeler que les décisions seront prises réunion par réunion, sur la base des données.
  • Une conférence de presse dans la continuité:
    La présidente Christine Lagarde devrait adopter un ton similaire, en soulignant que la BCE peut faire abstraction d’un choc énergétique limité et temporaire, mais devra agir en cas de signes de persistance de l’inflation. Elle devrait également insister sur l’importance des données à venir avant la réunion de juin, lorsque les nouvelles projections des équipes permettront une évaluation plus claire des perspectives à moyen terme. Aucun signal ferme concernant les prochaines décisions de politique monétaire n’est attendu à ce stade.
  • Notre scénario:
    Nous continuons d’anticiper un maintien du taux de dépôt de la BCE à 2% tout au long de 2026. À nos yeux, la BCE devrait, pour l’instant, faire abstraction du choc actuel, d’autant que l’inflation et la croissance des salaires convergeaient vers l’objectif avant la récente perturbation énergétique et que les anticipations d’inflation restent globalement bien ancrées.
    Cela dit, l’orientation de la politique monétaire devient de plus en plus fragile. Les risques penchent vers un nouveau resserrement, en particulier si les prix de l’énergie restent élevés ou si les signes de persistance de l’inflation se renforcent.

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