L’or entre correction des prix et soutiens structurels

Yvan Pittet, Invesco

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Les banques centrales devraient continuer à acheter de l’or afin de diversifier leurs réserves de change.

 


Après une forte correction au T2, l’or est resté soutenu à long terme par les achats des banques centrales et son rôle diversifiant. Avec une baisse de 14,1% au T2, le prix de l’or a plus qu’effacé les gains accumulés au T1. Le 24 juin, l’or est repassé sous les 4000 dollars l’once, un niveau qu’il n’avait plus atteint depuis novembre 2025, avant de terminer le trimestre à 4008 dollars l’once.

Cette baisse représente la plus faible performance trimestrielle de l’or depuis le T2 2013. Toutefois, de tels replis sont fréquents après une phase de hausse soutenue. Cette correction pourrait donc être considérée comme un ajustement bénéfique, d’autant que l’or enregistrait toujours une progression de 21,3% sur un an. 

Fig.1: Cours de l’or, 1er juillet 2025 – 30 juin 2026


Données: Bloomberg, 12 mois jusqu’au 30 juin 2026

Il subsiste toutefois des risques de baisse liés à la volatilité des prix, due à des facteurs macroéconomiques mondiaux tels que l'inflation, les taux d'intérêt, les tensions géopolitiques et le taux de change du dollar. Les marchés évaluent la réaction de la Fed à l’inflation, l’évolution de cette dernière et le potentiel renforcement du dollar américain. En règle générale, une hausse des taux d’intérêt et un renforcement du dollar constituent des facteurs défavorables à l’or.

Inflation, dollar américain et anticipations de taux de la Fed

De multiples facteurs défavorables ont contribué à la baisse du prix de l’or. La persistance de l’inflation est devenue une préoccupation majeure. Les marchés estiment désormais qu’elle pourrait rester élevée plus longtemps que prévu, renforçant ainsi le scénario de taux d’intérêt durablement élevés. Le dollar américain s’est apprécié, quoique modestement, tandis que l’apaisement des tensions géopolitiques a réduit une partie de l’attrait de l’or en tant que valeur refuge potentielle.

Le conflit entre les États-Unis et l’Iran a entraîné une volatilité accrue des prix de l’énergie et recentré l’attention sur les risques liés à l’inflation. Début avril, les prix du pétrole ont franchi le seuil des 100 dollars le baril, le WTI culminant à 113 dollars. Plus le conflit se prolonge, plus son impact sur l’inflation risque d’être durable, non seulement via les prix du pétrole, mais également à travers des effets indirects sur l’ensemble de l’économie.

L’indice annuel des dépenses de consommation personnelle (PCE), la mesure de l’inflation privilégiée par la Réserve fédérale américaine, a atteint 4,1% en mai, son niveau le plus élevé depuis avril 2023. L’inflation sous-jacente mesurée par l’indice PCE a progressé à un rythme annualisé de 3.4%. Dans ce contexte, le FOMC, dirigé par le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a adopté un ton ferme à l’égard de l’inflation.

Plus tôt cette année, le marché des contrats à terme anticipait des baisses de taux de la Fed en 2026. Les pressions inflationnistes ont ensuite modifié les anticipations du marché. Fin mai, celles-ci n’intégraient plus aucune probabilité de baisse des taux et commençaient à prendre en compte l’éventualité d’une hausse. Selon l’outil CME FedWatch, il existe une probabilité de 83% que les taux d’intérêt soient plus élevés à la fin de l’année qu’ils ne le sont actuellement. Des taux plus élevés sont généralement défavorables à l’or, car ils augmentent le coût d’opportunité associé à la détention d’un actif non générateur de revenus.

Perspectives pour l’or au second semestre 2026

Malgré cette correction, nous pensons que les fondamentaux structurels qui soutiennent l’or restent, dans une large mesure, inchangés. Les banques centrales devraient continuer à acheter de l’or afin de diversifier leurs réserves de change. Selon le World Gold Council, 45% des banquiers centraux ayant répondu à sa dernière enquête s’attendent à augmenter leurs réserves d’or au cours des 12 prochains mois, tandis que 89% prévoient une hausse des réserves d’or détenues par les banques centrales à l’échelle mondiale.

Ce soutien structurel se reflète dans notre étude Invesco Global Sovereign Asset Management Study 2026, dans laquelle une majorité de banques centrales ont indiqué avoir augmenté leurs allocations à l’or au cours des trois dernières années. La volatilité mondiale, la protection contre l’inflation et l’incertitude géopolitique figurent parmi les principaux facteurs soutenant la poursuite des achats d’or.

La demande d’investissement tend toutefois à être davantage influencée par la dynamique des prix. Il sera donc important d’observer comment les investisseurs réagiront à la récente correction.

Pour les investisseurs particuliers comme professionnels, l’intérêt d’intégrer l’or dans un portefeuille ne repose en général pas sur un seul argument. L’or peut également être un outil de diversification utile, car il présente généralement une faible corrélation avec la plupart des autres classes d’actifs, en particulier les actions. Il n’a pas d’émetteur, n’est exposé à aucun risque de crédit et possède une longue histoire en tant que réserve de valeur.

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