La guerre en Iran devait durer une semaine, nous entrons dans la septième. Le marché devait rester tendu tant que l’issue demeure incertaine; il a pourtant rebondi à la vitesse de l’éclair. Après une baisse somme toute modeste (-9%) au vu des potentielles répercussions économiques du conflit, les marchés actions mondiaux ont enregistré une hausse de plus de 10% en l’espace de 13 jours… A en croire les annales financières, des rebonds d’une telle vigueur se comptent sur les doigts d’une main (moins de 1% de probabilité) … on n’est donc pas loin de la vitesse de la lumière.
Aussi, “Quicker Than a Ray of Light”, titre iconique de Madonna dans les années 90, me semble être une bande-son parfaitement appropriée pour cette chronique mensuelle. Avec, en toile de fond, la question qui nous anime tous: après l’éclair, le tonnerre?
D’abord, un peu d’humilité professionnelle: je n’avais anticipé un tel rebond dans aucun de mes scénarios. Les prévisions ne sont pas ma tasse de thé, mais, en bon risk manager, j’aime envisager plusieurs cas de figure. Un rebond reste toujours probable après une phase de baisse, mais celui-ci surprend par sa rapidité et sa force.
Non pas que je m’en plaigne — il est toujours agréable de voir les portefeuilles reprendre des couleurs — mais ce retour à la case départ aussi rapide nous replace dans une position délicate. La baisse a été trop brève pour purger certains excès structurels, et le rebond trop marqué pour ignorer les pressions à la hausse qui semblent soutenir les marchés au moindre coup de mou.
Côté données économiques, le constat est tout aussi ambivalent. Du positionnement des investisseurs aux premiers résultats des entreprises pour le premier trimestre 2026, globalement solides (à ce jour, 28% des sociétés américaines ont publié leurs résultats, dont 84% au-dessus des attentes) en passant par une demande toujours soutenue pour l’IA, les raisons de rester constructif à court terme ne manquent pas. Mais entre un baril toujours proche des 100 dollars, des tensions inflationnistes qui réapparaissent et des négociations autour d’une trêve qui s’enlisent, tous les signaux ne sont pas au vert non plus.
Après, n’espérer aucune zone d’ombre au tableau, c’est comme souhaiter ne plus être surpris par les marchés. C’est illusoire et cela enlève tout l’intérêt d’investir. Quand la direction n’est pas certaine, c’est là que toute notre créativité peut s’exprimer et que les primes de risque prennent tout leur sens. De l’introduction de protections dans les portefeuilles aux stratégies moins directionnelles, les occasions ne manquent pas.
Et le contexte s’y prête bien: le repli de la volatilité et les dislocations observées dans plusieurs segments du marché ouvrent des opportunités intéressantes. Géographiquement, les effets de la guerre anticipés par les investisseurs ne se sont pas exprimés de manière homogène. Depuis le début du conflit, parmi 92 indices boursiers à travers le monde, l’écart entre le meilleur et le pire performeur s’élève à 32%. De jolis effets de rattrapage pourraient se profiler, et les points d’entrée sont toujours là.
Les dislocations ne sont pas cantonnées aux marchés actions; on les retrouve également sur les marchés obligataires. Par exemple, il est intéressant de noter que les investisseurs anticipent plutôt une baisse des taux outre-Atlantique, tandis qu’en Suisse et en Europe, les paris s’orientent de manière plus agressive vers une hausse des taux (j’imagine déjà les banquiers, assureurs et épargnants suisses se réjouir de voir le spectre des taux d’intérêt négatifs s’éloigner). Une partie de ces divergences se reflète également sur les marchés des changes, avec des implications concrètes pour les investisseurs suisses.
Enfin, il est intéressant d’observer le comportement de l’or et des actifs digitaux. Le premier montre des signes de fatigue inquiétants. Comme nous l’avions relevé le mois dernier, l’or a tendance à progresser en anticipation des risques, mais pas lorsque ceux-ci se matérialisent. Après avoir reculé en mars, il ne rebondit pas non plus en avril, alors même que l’environnement semble, sur le papier, favorable. De quoi semer le doute chez les investisseurs, d’autant plus que beaucoup sont entrés tardivement, à des niveaux record. Les actifs digitaux, quant à eux, peinent encore à se remettre de leur récente correction, tout en s’efforçant de démontrer leur valeur ajoutée dans ce contexte. Un autre potentiel arbitrage?
En bref, si ni les données économiques ni les unes des journaux n’inspirent pleinement confiance, et que le risque de correction est toujours là, le spectre d’opportunités, lui, n’en a jamais été aussi large. Faudra-t-il être plus rapide que l’éclair pour s’en saisir?