La construction européenne retrouve de l’allant. Après une forte contraction en 2024 et une stagnation en 2025, l’activité reprend, portée par les infrastructures, la transition énergétique et certains marchés résidentiels. Si cette reprise est progressive et inégale, elle est néanmoins bien réelle. Cet environnement est favorable à la location d’équipements, un secteur qui anticipe et progresse généralement plus vite que celui de la construction. Cependant, cette embellie n’est pas sans risques.
Une reprise qui favorise la flexibilité
La reprise de la construction est davantage portée par les infrastructures, les services publics et les projets de rénovation que par un boom généralisé dans la construction privée. Ces projets étant à forte intensité capitalistique, fragmentés et se déroulant souvent sur un cycle court, les entrepreneurs continuent de privilégier la flexibilité. En effet, après avoir traversé des années de compression des marges, peu d’entrepreneurs sont prêts à engager des capitaux pour des achats d’équipements importants en début de cycle, d’autant plus qu’ils se trouvent confrontés à un renforcement des normes environnementales et à des incertitudes quant aux valeurs résiduelles de ces actifs. La location reste donc la solution privilégiée.
Selon l’Agence européenne de la location, le taux de pénétration de la location a progressé de façon constante ces dix dernières années et se situe aux alentours de 35 à 40%, alors qu’il dépasse les 55% aux Etats-Unis.
Ce changement structurel a peu de chances de s’inverser parce qu’il se trouve renforcé par la réglementation, les contraintes de durabilité et la complexité grandissante des équipements. De plus, l’Europe recèle un important potentiel de croissance pour l’industrie de la location d’équipements. Selon l’Agence européenne de la location (ERA), le taux de pénétration de la location (part de la demande d’équipements satisfaite par la location plutôt que par l’achat) a progressé de façon constante ces dix dernières années et se situe aux alentours de 35 à 40%, alors qu’il dépasse les 55% aux Etats-Unis.
Cette année, le marché de la location d’équipement devrait atteindre 34 milliards d’euros (données ERA pour 17 pays européens). Bien que les projections de croissance varient considérablement suivant les marchés (de +0,9% pour la France à +5,5% pour l’Espagne), l’ERA table sur une croissance totale de +2,3% en 2026.
Le défi du financement
L’augmentation probable du taux de pénétration de la location aura nécessairement des implications financières significatives pour les entreprises de location. En effet, qui dit accroissement de la demande, dit investissements dans les équipements. A mesure que l’utilisation de ces derniers s’accroît, les entreprises de location doivent agrandir et moderniser leurs parcs, et en particulier acquérir des véhicules à faibles émissions. Par conséquent, leurs dépenses d’investissement, limitées ces deux dernières années, reprendront le chemin de la hausse.
Cela devrait se traduire par un endettement brut qui augmentera (après s’être stabilisé pendant la récession), par une diminution temporaire de la trésorerie (utilisée pour financer la croissance) et par des ratios d’endettement qui pourraient devenir problématiques si la croissance est inférieure aux attentes ou si le taux d’utilisation des équipements progresse trop lentement.
Cependant, à la différence du cycle précédent, le secteur de la location aborde cette phase de reprise avec deux grands atouts, à savoir une plus grande discipline en matière de prix et des structures plus solides. Cela dit, l’extension des parcs d’équipement ne peut être ignorée, car elle a tendance à focaliser toute l’attention sur les ratios d’endettement.
L’endettement est gérable, mais exige de la discipline
Du point de vue crédit, l’endettement est un risque inhérent à cette industrie à forte intensité capitalistique dont le ratio d’endettement net/BAIIDA est généralement supérieur à quatre. Ce dernier a d’ailleurs été remarquablement bien contrôlé ces dix dernières années par les grands acteurs européens du secteur tels que Loxam, Boels ou Kiloutou, et ce malgré d’importantes opérations de consolidation (acquisition de Ramirent par Loxam en 2019, achat de Cramo par Boels en 2020).
Ces grands groupes ont montré qu’ils étaient capables de moduler leurs investissements en équipements, de réduire leurs dépenses d’investissement lorsque la demande ralentissait et de donner la priorité à une trésorerie adéquate. Leurs revenus sont désormais bien diversifiés sur les différents segments de marché et zones géographiques. De plus, ils sont parvenus à défendre leurs prix, bien mieux que lors des cycles précédents.
Pour autant, la reprise actuelle ne justifie pas une expansion agressive des bilans: les perspectives du secteur de la construction sont favorables à la croissance, mais ne légitiment pas l’excès. Les entreprises de location qui privilégient le volume au détriment du taux d’utilisation, des prix ou du retour sur capital prennent le risque de compromettre la qualité de crédit qui les distingue précisément des entrepreneurs et des fabricants d’équipements.
Une aubaine pour les investisseurs
En Europe, la reprise du secteur de la construction est clairement favorable à la location plutôt qu’à l’achat d’équipements. La dynamique de la demande, la réglementation et le comportement des entrepreneurs, tous ces facteurs parlent en faveur d’une augmentation du taux de pénétration de la location. Cependant, rien n’est gratuit: qui dit croissance, dit besoins en capitaux et le niveau d’endettement reviendra au centre des préoccupations au fur et à mesure de l’expansion des parcs d’équipements. Les gagnants seront les opérateurs qui sauront trouver l’équilibre entre croissance et discipline en investissant de manière sélective, en maintenant un taux d’utilisation adéquat et en préservant la flexibilité de leur bilan.
Pour les investisseurs obligataires, le segment de la location d’équipements reste un moyen intéressant de s’exposer à la reprise de la construction, à condition que le niveau d’endettement soit géré avec précaution. Si les conditions s’y prêtent, on peut s’attendre à ce qu’un ou deux grands acteurs de la location sollicitent le marché des obligations en euros dans les mois à venir pour des raisons de refinancement. Cela pourrait représenter des points d’entrée intéressants.