Mais pourquoi donc la NASA a-t-elle envoyé Artemis faire le tour de la lune? Alors qu’il lui suffisait d’aller faire un tour à Wall Street, chaque jour manifestement un peu plus perchée sur une autre planète que la terre.
Le cocktail boursier du moment est plutôt puissant et potentiellement anxiogène pour qui parvient à se concentrer sur le fondamental sans focaliser uniquement sur le conflit autour de l’Iran. Au-delà du prix du pétrole qui reste nettement plus élevé qu’avant le 28 février avec tout ce que cela peut impliquer à court/moyen terme (j’y reviens), le thème de l’intelligence artificielle revient dans la lumière avec Mythos (j’y reviens aussi), pendant que le crédit privé se tend un peu plus, que les récentes statistiques macro sont peu encourageantes alors que le marché s’apprête à découvrir l’indice des prix à la consommation (CPI) aux Etats-Unis pour le mois de mars à 14h30, chaud devant!
Même pas peur ! c’est le message envoyé à qui veut bien le recevoir par les indices d’actions US hier. Le S&P500 (SPX) boucle sa septième séance consécutive de hausse, il revient à environ 2% de son plus haut historique réalisé le 27 janvier et en profite pour réintégrer son canal haussier entamé en octobre 2022, sans pour autant entrer en territoire suracheté. En revanche une death cross menace toujours à un horizon de quelques jours. Même topo pour le Nasdaq100 (NDX), dans des volumes d’échanges faibles mais les mouvements se font et les absents ont comme toujours tort. Les mastodontes de la tech se portent bien, surtout Amazon et META. Microsoft boude, les logiciels sont jetés aux orties, le marché craint à nouveau que l’IA les envoie au musée. Les shorts se couvrent et on constate avec quelque stupéfaction que l’indice SOX (semi-conducteurs) atteint un nouveau record historique à la cloche. La volatilité est envoyée au tapis, le VIX perd 7,4% à 19,49. Au chapitre obligataire, on reste plus mesuré sans embrasser pleinement l’optimisme béat des actions. Le rendement du 10 ans US traite à 4,29%, un niveau relativement élevé. Côté monnaies la paire EUR/USD est en pleine bataille rangée contre ses trois principales moyennes mobiles qui la cernent, niveau actuel 1,1686, sortie dynamique attendue, reste à savoir de quel côté.
Le baril de WTI Light Crude traite légèrement en-dessous de 100 dollars, cela semble inquiéter le marché autant que le nombre de concerts prévu de Céline Dion, étrange capacité de ne pas regarder la réalité en face dont Wall Street fait preuve, qui privilégie une posture optimiste quant au conflit entre Etats/Unis – Israël et l’Iran ainsi que le Liban. Rappelons ici que des négociations entre Washington et Téhéran débutent ce jour à Islamabad. Pendant ce temps le détroit d’Ormuz reste fermé ou presque.
L’or va mieux, l’once évolue ce matin à 4753 dollars. La relique barbare est en train de réaliser un retour discret après avoir été délaissée comme une malpropre au début de la guerre au Moyen-Orient, période durant laquelle elle a été pénalisée par la force du dollar américain et la révision des anticipations de baisse des taux de la Fed. Le métal jaune s’oriente vers une troisième semaine consécutive de hausse après sa chute début mars, porté par le retour de facteurs favorables déjà présents en début d’année. La demande des banques centrales reste manifestement solide, malgré certains cas ponctuels de ventes ou d’échanges (comme en Turquie). La Chine a fortement augmenté ses achats en mars, profitant de la baisse des prix, tandis que la Pologne poursuit sa stratégie d’accumulation de réserves. Les ETF adossés à l’or montrent également des signes de stabilisation. Après d’importantes sorties en mars (94 tonnes, un plus bas en cinq ans), les encours repartent légèrement à la hausse en avril. Enfin, bien que l’évolution du conflit au Moyen-Orient soit incertaine, celui-ci pourrait accentuer les tensions budgétaires et l’endettement des États, notamment aux États-Unis. Cela renforcerait l’attrait de l’or en tant que valeur refuge liquide.
Les indices d’actions continuent de progresser en ignorant largement la fragilité du cessez-le-feu entre les États-Unis et l’Iran, tant que Donald Trump n’évoque pas une reprise du conflit. Le rebond en cours peut paraître excessif au regard des perturbations durables sur l’offre énergétique. Malgré la hausse des actions en Asie et la poursuite du rallye du SPX, les tensions persistent, notamment avec le détroit d’Ormuz toujours fermé et des perturbations de production pétrolière, tandis que le Brent à court terme baisse fortement mais reste autour de 80 dollars sur les maturités longues, signalant une persistance des tensions. Ce décalage est préoccupant car beaucoup de prévisions économiques reposent sur une baisse plus nette du pétrole que celle anticipée par les marchés, ce qui pourrait conduire à des révisions de bénéfices et à une correction des actions. Même dans un scénario favorable, les institutions comme la Banque asiatique de développement anticipent un ralentissement de la croissance en Asie et la destruction d’infrastructures suggère des chocs d’offre durables. Enfin, même un retour aux niveaux d’avant-guerre ne suffirait pas à rassurer, car l’économie mondiale entrait déjà en phase de ralentissement avec une inflation élevée et un risque de stagflation aux États-Unis, qui reste une source majeure d’inquiétude pour les marchés.
On reste dans le sujet avec la macro de ce jeudi. L’indicateur d’inflation privilégié par la Réserve fédérale (core PCE) envoie un signal préoccupant, même avant l’impact de la guerre au Moyen-Orient: en février, il progresse de 0,4% sur un mois et de 3,0% sur un an, légèrement au-dessus des attentes, marquant un troisième mois consécutif à ce rythme, sans montrer d’amélioration suffisante pour justifier une baisse des taux vers l’objectif de 2%. Ces données n’intègrent quasiment pas encore le choc pétrolier lié au conflit avec l’Iran, mais elles confirment que l’inflation reste persistante et pourrait encore s’accélérer. Dans le même temps, les ménages américains subissent une pression croissante: leurs revenus reculent de 0,1% alors que les dépenses augmentent, les obligeant à puiser dans leur épargne ou à s’endetter, ce qui fait baisser le taux d’épargne à 4%, tandis que les dépenses se concentrent sur des besoins essentiels, signe de contraintes financières accrues. En clair, le pouvoir d’achat diminue encore davantage aux Etats-Unis, reflétant un malaise face au coût de la vie. Parallèlement, la croissance ralentit nettement, avec un PIB du quatrième trimestre 2025 limité à 0,5% en rythme annualisé, ce qui alimente les craintes de récession, désormais estimées à 40% et potentiellement plus élevées si le conflit venait à s’aggraver. C’est dans ce contexte qu’on se réjouit de découvrir le CPI de cet après-midi…
Retour à Wall Street avec le secteur de la tech qui reprend quelque peu le contrôle du narratif hier. Le rebond observé se concentre principalement sur les grands acteurs de l’IA et leur écosystème direct, tandis que les éditeurs de logiciels traditionnels et les sociétés de services IT sont fortement pénalisés. Même Palantir recule, ce qui reflète une remise en cause plus large de certains modèles face aux avancées des IA les plus puissantes et à la crainte d’obsolescence rapide. L’incertitude est renforcée par des rumeurs autour de la future évolution de Claude d’Anthropic (Mythos), dont les capacités en cybersécurité offensive susciteraient des inquiétudes et auraient conduit à des tests de vulnérabilité sur de grandes plateformes, avec une attention accrue des autorités et institutions financières sur ces risques. Dans ce contexte, le secteur logiciel dans son ensemble est sous pression, particulièrement la cybersécurité, qui souffre malgré une demande croissante, ce qui accentue l’instabilité et le risque pour les investisseurs.
Une IA avancée comme Mythos pourrait transformer le paysage de la cybersécurité en facilitant la détection de failles, ce qui augmenterait l’exposition des grandes entreprises technologiques aux cyber-risques et leurs coûts de protection. Cela profiterait fortement aux acteurs spécialisés comme Palo Alto Networks, CrowdStrike ou Fortinet, tandis que les budgets IT pourraient se déplacer vers la sécurité au détriment de la croissance, pénalisant certains éditeurs de logiciels comme Salesforce. En parallèle, cette évolution pourrait entraîner un durcissement de la régulation de l’IA et accroître le risque d’attaques informatiques massives, un facteur encore peu intégré par les marchés mais potentiellement systémique.
Au menu macro-économique de ce vendredi, le CPI US à 14h30, puis à 16h l’indice de confiance des consommateurs de l’université du Michigan ainsi que les commandes à l’industrie.
Après 25 ans, Adidas s'apprête à perdre son contrat pour les ballons de la Ligue des champions au profit de Nike, selon le FT. CoreWeave a conclu un contrat IA géant de 21 milliards de dollars pour fournir de la puissance de calcul à Meta. Un fonds de crédit privé de 7 milliards de dollars géré par The Carlyle Group a plafonné les rachats après des demandes de retrait sur 15,7% de l'encours au premier trimestre. Google s'est engagé à utiliser les futures générations de processeurs Xeon d'Intel. Lockheed Martin obtient une commande de missiles de 4,8 milliards de dollars avec le Pentagone. Amazon augmente de 12 milliards de dollars ses investissements dans les centres de données du Mississippi. Meta transfère ses meilleurs ingénieurs vers une nouvelle division dédiée aux outils d'IA. TSMC publie des ventes du premier trimestre en ligne avec les attentes.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse. Tokyo gagne 1,84% à la cloche, Hong Kong avance de 0,58%, Shanghai prend 0,51%, Séoul 1,4% et le Nifty50 progresse de 0,98%. Le future SPX traite en très léger repli tandis que l’Europe progresse de 0,5% dans les premiers échanges.
Résumons: c’est le bazar à plus ou moins tous les étages et Wall Street se porte comme un charme, tout est normal.