Gonet: l'actualité des marchés au 7 avril

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow +0,36%, S&P 500 +0,44% Nasdaq +0,54%, Russell +0,42%, SOX +1,06%, Eurostoxx fermé, SMI fermé.

Le break pascal n’a manifestement pas calmé le président des Etats-Unis, qui monte un peu plus encore en gamme rhétorique durant le weekend. Je vous fais grâce de ses propos, dont vous avez probablement entendu parler jusqu’à la nausée, ce d’autant qu’ils n’apportent rien au dossier qui nous occupe, ce satané détroit reste fermé et c’est là tout ce qui compte pour le marché. Le locataire de la Maison-Blanche menace à tout va, l’Iran ne cille pas, mais ce matin l’espoir fait son grand retour dans les salles de marchés, on apprend que le Conseil de sécurité de l’ONU doit se prononcer ce jour sur un projet de résolution édulcoré réclamant le déblocage du détroit d’Ormuz. Je sors…

Wall Street revient de sa chasse aux œufs hier pendant que l’Europe fait encore dodo. Sans surprise, les volumes d’échanges sont pathétiques, on compte un peu plus de 10 milliards de titres échangés sur le NYSE contre une moyenne journalière d’environ 14 cette année. Sur les parquets de trading on fait semblant de croire à l’existence de l’once d’un espoir d’un cessez-le-feu entre belligérants, les principaux indices parviennent à terminer leur journée dans le vert, la hausse est bien répartie entre les secteurs mais personne n’est dupe, rien n’est réglé au joyeux royaume des actions, j’y reviens. Le podium du jour de l’indice S&P500 (SPX) se compose de la consommation discrétionnaire, de l’énergie et des biens de consommation de base. La plupart des mastodontes de la tech passent une bonne journée, Tesla mise à part mais ça c’est normal. L’indice ISM des services est publié dans l’indifférence générale, qui nous indique notamment que les prix payés au mois de mars ont augmenté nettement plus qu’attendu. Pour le moment tout le monde s’en fiche, les yeux sont rivés sur Ormuz, le marché y reviendra lorsque ce dossier-ci sera clôturé.

Il devient de plus en plus ardu de réaliser une synthèse du contexte qui occupe actuellement les différentes classes d’actifs, les annonces contradictoires en provenance de Washington DC sont légion, penchons-nous donc sur la partie technique du marché, qui se fiche de l’actualité comme de sa dernière chemise et fait bien souvent la différence dans un tel bazar. Le SPX reste cantonné juste en-dessous du bas de son canal haussier entamé début 2023, il est également tenu en respect par sa moyenne mobile à 200 jours (@6647 pts contre l’indice à 6611 pts) et une death cross est annoncée à un horizon de moins d’une semaine. Autant dire que ce n’est pas Broadway de ce point de vue-ci. On se tourne alors du côté du Nasdaq100 (NDX), qui présente une configuration technique quasiment identique à celle de son grand-frère, bigre! En parallèle la volatilité reste en état d’alerte avec un VIX à 24,17, le dollar est en embuscade, la configuration technique du billet vert se renforce, la paire EUR/USD cote 1,1543 ce matin, pendant que l’or se bat avec sa 100 jours, l’once traite à 4642 dollars contre la 100 dma à 4658 dollars.

Le pétrole reste demandé, le baril de WTI Light Crude évolue à 114,92 dollars, bon an mal an il se rapproche de son plus haut en séance du 9 mars, à 119,48 dollars.

Le sentiment du marché reste pour l’instant préoccupé mais sans panique face à l’échéance imminente concernant l’Iran (la nuit prochaine à 2 heures du matin heure de Genève), bien que cette attitude pourrait se dégrader au fil de la journée, d’autant qu’un accord de dernière minute entre les États-Unis et l’Iran paraît de moins en moins probable; pourtant, les marchés réagissent encore modérément, avec un dollar légèrement en hausse et des futures actions américaines à peine en baisse, ce qui contraste avec les conséquences potentiellement graves d’une escalade, tandis que le pétrole Brent continue de monter autour de 111 dollars le baril, se rapprochant du scénario défavorable de la BCE et laissant présager une inflation plus forte que prévu dans les prochains mois; les obligations allemandes à deux ans intègrent déjà une première phase d’ajustement à cette inflation, mais un pétrole durablement au-dessus de 120 dollars pourrait provoquer une nouvelle vague de ventes, et au Royaume-Uni, les marchés n’anticipent encore que deux hausses de taux cette année, une prévision qui pourrait être remise en cause en cas d’aggravation du conflit au Moyen-Orient.

En résumé, le marché n’y voit pas à un mètre, or il abhorre l’absence de visibilité, il est donc plutôt étonnant de constater que Wall Street a bien tenu le coup hier. Dans un tel contexte, au-delà de l’analyse technique, il est bien souvent judicieux de se tourner vers les indicateurs internes de marché. Et ça tombe bien car Sentimentrader publie un long rapport qui décrit un marché actions globalement fragilisé, avec une détérioration nette des indicateurs techniques et un contexte macroéconomique défavorable. Le Nasdaq 100 est entré en correction, tandis que la volatilité a fortement augmenté. La participation des actions à la hausse est très faible, ce qui traduit un marché peu solide. En parallèle, les tensions géopolitiques, notamment autour de l’Iran, combinées à la hausse du pétrole et au maintien de taux élevés, alimentent un environnement de type stagflation. À court terme, la vision de Sentimentrader est clairement négative. Les indices évoluent sous leurs moyennes importantes, le momentum est en baisse et le marché est passé en mode «risk-off». À moyen et long terme, la situation reste également fragile, notamment en raison de l’absence de soutien des banques centrales face à une inflation persistante. La cassure de la moyenne à 200 jours est perçue comme un signal structurel baissier, ce qui limite la visibilité sur un retour durable à la hausse.

Cependant, plusieurs indicateurs techniques suggèrent que le marché pourrait se rapprocher d’un point bas. La correction du Nasdaq et les pics de volatilité sont historiquement associés à des phases de capitulation, souvent suivies de rebonds à moyen terme. De même, l’effondrement du «breadth», avec très peu d’actions au-dessus de leur moyenne mobile, est généralement interprété comme un signal d’épuisement de la baisse plutôt que comme le début d’un marché baissier prolongé. Le secteur financier montre aussi un niveau de faiblesse extrême, ce qui a souvent précédé de bonnes performances ultérieures pour le marché dans son ensemble.

Dans le même temps, certains signaux plus spécifiques, comme celui sur la technologie (Optix), deviennent favorables, avec des probabilités de hausse élevées sur quelques mois. Néanmoins, ces signaux restent fragiles à court terme, où la volatilité et les risques de nouvelles baisses demeurent importants.

Toujours selon Sentimentrader, le bilan du premier trimestre 2026, négatif pour le SPX, modifie également les statistiques historiques pour le reste de l’année, avec des probabilités de performance nettement moins favorables qu’après un bon début d’année. De plus, l’enchaînement de plusieurs semaines de baisse consécutives tend à produire des rendements modestes dans les mois suivants. Enfin, les autres classes d’actifs confirment ce régime atypique. Les obligations baissent en même temps que les actions, en raison de la remontée des anticipations d’inflation liée au pétrole. Ce dernier progresse fortement sur fond de tensions géopolitiques, tandis que l’or et l’argent reculent, pénalisés par la hausse des taux et du dollar. Les cryptomonnaies restent sensibles à l’appétit pour le risque à court terme, même si leurs perspectives de long terme demeurent liées à l’innovation et à l’adoption.

Au total, le marché est pris entre une dynamique négative à court terme et des signaux plus constructifs à horizon plus lointain, ce qui suggère une phase encore instable avant une éventuelle amélioration.

Au menu macro-économique de ce mardi, les commandes de biens durables en février aux Etats-Unis à 14h30, puis un discours d’Austan Goolsbee (Fed) à 18h35.

Des élus américains chercheraient donc à limiter l'accès de la Chine aux machines de production de puces, ce qui serait une mauvaise nouvelle pour notamment ASML. Alcon lance sa nouvelle lentille intraoculaire aux Etats-Unis. OpenAI, Anthropic et Google collaboreraient pour tenter de freiner les concurrents chinois, selon Bloomberg. Microsoft s'engage à investir 10 milliards de dollars pour renforcer ses capacités en IA et cybersécurité au Japon. L'iPhone pliable d'Apple se heurte à des obstacles techniques et des retards de livraison sont possibles selon Nikkei Asia. Tesla a des ambitions au Japon. Broadcom et Google concluent un accord de fourniture de TPU et de solutions réseau jusqu'en 2031. Amazon a conclu un accord avec la poste américaine sur les livraisons, selon le WSJ. Le redémarrage de Three Mile Island freiné par des retards dans les projets de transport d'électricité, selon Constellation Energy. La directrice financière d'OpenAI émet des doutes sur la viabilité d'une IPO en 2026. SpaceX serait en pourparlers avec le fonds souverain saoudien PIF pour un investissement de 5 milliards de dollars lors de son IPO, selon Reuters. Samsung Electronics prévoit un bénéfice inédit au premier trimestre fiscal, dopé par l'IA.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent globalement en hausse. Tokyo grappille 0,03% à la cloche, Hong Kong est fermée, Shanghai progresse de 0,26%, Séoul avance de 0,82% et le Nifty50 égare 0,17%. Le future SPX abandonne 0,4% pendant que l’Europe traite autour de l’équilibre dans les premiers échanges.

A lire aussi...