Gonet: l'actualité des marchés au 2 avril

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +0,48%, S&P 500 +0,72% Nasdaq +1,16%, Russell +0,64%, SOX +2,82%, Eurostoxx +2,93%, SMI +1,68%.

Donald Trump cherche à convaincre ses compatriotes que la guerre en Iran est justifiée et dans l’intérêt national, en affirmant que les objectifs militaires seront atteints très rapidement, possiblement en quelques semaines, et que les coûts économiques resteront limités. Dans un discours de 20 minutes, il met en avant les succès militaires, promet de frapper l’Iran «extrêmement durement» si nécessaire, tout en se disant ouvert à une solution diplomatique. Il assure que la réouverture du détroit d’Ormuz se fera naturellement après le conflit, ce qui ferait baisser les prix de l’énergie et remonter les marchés. Il appelle aussi d’autres pays à intervenir. Son objectif semble clairement  de rassurer et d’éviter que ce conflit ne soit perçu comme une «guerre sans fin».

En le relisant, force est de constater que le discours du président des Etats-Unis marque une escalade: loin d’annoncer une trêve ou des négociations, il promet au contraire une intensification rapide des frappes contre l’Iran avec un objectif de «victoire totale» et de destruction durable de ses capacités militaires. Il justifie cette stratégie en affirmant défendre les intérêts et la sécurité des Américains, tout en présentant la guerre comme bénéfique à long terme. Parallèlement, il affiche peu de considération pour les conséquences économiques en Europe, allant jusqu’à suggérer que les États-Unis tireront avantage du chaos, notamment en poussant leurs alliés à acheter leur énergie. Donald Trump insiste aussi sur sa volonté de maintenir une pression maximale pour mettre l’Iran à genoux, malgré des signaux contradictoires sur une possible fin proche du conflit. Enfin, il confirme son soutien sans faille à Israël et à ses alliés régionaux, sans évoquer concrètement de solution diplomatique ni clarifier la gestion des enjeux nucléaires iraniens.

Après le discours du président, les prix du pétrole repartent nettement à la hausse, signe que les marchés ne sont pas rassurés. Pour les investisseurs, la question clé reste la réouverture du détroit d’Ormuz, tout le reste relève du secondaire. Or, les messages du locataire de la Maison-Blanche sont contradictoires: il affirme vouloir intensifier les frappes contre l’Iran jusqu’à la réouverture du détroit, tout en suggérant auparavant que les pays affectés pourraient agir eux-mêmes. Il fait aussi pression sur les pays européens de l’OTAN pour qu’ils participent, menaçant de quitter l’alliance, mais sans évoquer ce point dans son discours. Au final, les investisseurs espéraient être rassurés, ils ressortent finalement plus inquiets. Cela se voit au premier coup d’œil, les futures d’actions reculent nettement, les rendements obligataires remontent fortement, le dollar repart à la hausse, tandis que l’or se prend les pieds dans le tapis.

Les séances de trading de mardi et mercredi nous ont rappelé que le FOMO (Fear Of Missing Out) n’est jamais très loin des parquets de trading. Les investisseurs cherchent avant tout à ne pas rater un éventuel rebond des marchés après la guerre, ce qui explique la hausse des actions pendant deux jours avant le discours de Donald Trump. De ce fait les marchés demeurent extrêmement volatils, ballottés par des informations contradictoires sur la guerre. L’incertitude reste forte autour du détroit d’Ormuz, entre scénarios de désescalade ou de tensions prolongées, d’autant que l’Iran envisage de taxer le passage des navires. Notons au passage qu’une partie de la hausse récente des marchés s’explique aussi par des facteurs techniques et des ajustements de positions sur les marchés dérivés, plutôt que par une amélioration claire des fondamentaux.

Tiens, on en parle de la configuration technique du marché? Le Nasdaq100 (NDX) et le S&P500 (SPX) ont beau avoir rebondi de 4,6% respectivement 3,6% sur les deux dernières séances, ils restent cantonnés sous le bas du canal haussier entamé début 2023, ainsi que sous leur moyenne mobile à 200 jours respective. «Cerise sur le gâteau», une death cross les attend au contour à un horizon d’environ une semaine, qui enverra un signal baissier à tous les chartistes de la planète. Sachant que les futures font clairement grise mine ce matin, on peut en conclure que, d’un point de vue technique, ce n’est pas vraiment gagné et je reste poli.

La volatilité du SPX recule un chouia hier, le VIX perd 2,8% à 24,54, on va voir ce qu’il nous réserve en ce dernier jour de trading de la semaine. Oh punaise! Je réalise à l’instant que Wall Street va rester fermée trois jours durant, autant dire une éternité, or depuis le début de la guerre les intervenants ont tendance à délester les positions en actions en fin de semaine pour y revenir le lundi suivant. Ceci, additionné à la déception post discours de Trump, pourrait bien nous réserver une sympathique séance de trading. Pour en revenir au VIX, dès lors qu’il repassera au-dessus de 30, c’est le niveau de 40 qu’il faudra surveiller, à ce stade des opportunités pourraient se présenter. Rappelons ici que les volumes de trading sont restés faibles depuis le 28 février et qu’aucune capitulation ne s’est produite ce qui, du point de vue d’un trader est bien souvent gênant, on aime bien acheter après un tel phénomène.

C’est donc dans le flou que l’on se tourne du côté des indicateurs internes de marché et là, ô surprise, on constate que le secteur technologique, fortement touché par la récente baisse des marchés, vient de déclencher un signal d’achat basé sur l’indicateur de sentiment Optix de SentimenTrader, qui identifie des situations de pessimisme extrême propices à un rebond technique. Historiquement, lorsque ce signal coïncide avec un niveau élevé du modèle «Composite Washout» (au moins 22%), les performances sont solides, avec un taux de succès de 87% sur trois mois et un gain médian proche de 9%. Cela suggère qu’un rebond est probable à court/moyen terme, avec une surperformance du secteur technologique par rapport au marché global. Toutefois, le contexte reste fragile: un indicateur clé de «breadth» montre que moins de 38% des valeurs technologiques du SPX ont une tendance haussière de moyen terme, ce qui révèle une faiblesse structurelle importante. En résumé, le potentiel de rebond existe, mais le risque demeure élevé, surtout à court terme.

Je sais, nous voici bien avancés…

Quelques niveaux avec le rendement du 10 ans US qui remonte à 4,37% ce matin, hier il évoluait à 4,26% à son plus bas. Notons qu’une golden cross s’est produite lundi, un signal technique haussier. La paire EUR/USD est de retour à 1,1522, elle voit toujours sa principale zone de support à 1,1411 – 1,1400. L’or est en train de fondre sous nos yeux, l’once perd 126 dollars à 4632 dollars ce matin, elle tente de casser sa 100 jours à la baisse, pour les braves la 200 jours se situe à 4139 dollars. Quant au pétrole, le nerf de la guerre si je puis dire, il rebondit de 6,5% ce matin, le baril de Brent traite à 107,88 dollars, son récent top est à 119,24, depuis le début de la guerre il est venu renifler le niveau de 120 dollars à trois reprises, si ça passe les traders regarderont le top du 7 mars 2022 à 139,13 dollars.

Au menu macro-économique de ce jeudi, l’indice des prix à la consommation en Suisse pour le mois de mars, qui ressort nettement en-dessous des attentes (était-ce seulement possible?). C’est fou, plus le CPI recule, moins je le remarque lorsque je vais chez Manor. Aux Etats-Unis nous suivrons les demandes hebdomadaires d’allocations chômage et la balance commerciale à 14h30, puis le discours de Lorie Logan (Fed) à 17h.

Bayer est en négociations avec les gouvernements européens pour relever le prix des médicaments face aux restrictions américaines. Avolta décroche un contrat aux Etats-Unis à l’aéroport de Jacksonville. Amazon en négociations pour racheter le groupe satellitaire Globalstar afin de rivaliser avec Starlink d’Elon Musk, selon le FT. General Motors subit une chute de 10% des ventes aux Etats-Unis au premier trimestre. KKR limite les rachats au sein de son fonds de crédit privé non coté destiné aux particuliers, selon l’agence Bloomberg. IBM signe une collaboration avec ARM Holding. Biogen lance une offre à 5,6 milliards de dollars sur Apellis Pharma. BHP Group finalise son accord avec Wheaton dans le minerai d’argent au Pérou pour un versement initial de 4,3 milliards de dollars.

Cette nuit et ce matin en Asie, c’est la même chose qu’hier mais en rouge. Tokyo perd 2,38% à la cloche, Hong Kong recule de 1,04%, Shanghai abandonne 0,74%, Séoul chute de 4,47% et le Nifty50 se replie de 1.43%. Le future SPX perd 1,2% et l’Europe ouvre en baisse de 1,6%.

Cette semaine nous avons donc appris que le FOMO n’est jamais bien loin, qu’en parallèle le marché est tendu comme une corde de violon et que ce satané détroit d’Ormuz reste la clé du marché à court terme. Gardons en tête en parallèle que chaque jour qui voit le cours de l’or noir rester élevé augmente les risques d’une inflation renforcée, même aux Etats-Unis, n’en déplaise…

Bon break à toutes et tous.

 

L’actualité des marchés revient mardi 7 avril.

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