Gonet: l'actualité des marchés au 1er avril

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +2,49%, S&P 500 +2,91 Nasdaq +3,83%, Russell +3,41%, SOX +6,24%, Eurostoxx +0,50%, SMI +0,85%.

Contrairement au slogan de Roger Thérond le bien nommé patron de Paris-Match en 1976, «le poids des mots, le choc des photos», à Wall Street les mots suffisent amplement pour déclencher des réactions qu’oncle Greenspan qualifierait probablement d’exubérantes et irrationnelles.

Le vilain mois tout pourri de mars entame sa dernière séance du bon pied hier matin, les intervenants retrouvent de l’allant, le président des Etats-Unis semble vouloir mettre un terme au conflit avec l’Iran même si le détroit d’Ormuz reste fermé. Les taureaux reprennent leurs aises sur les parquets de trading, dans des volumes d’échange en légère reprise. Tout cela s’emballe peu après 18h30 heure de Veigy-Foncenex, lorsque le président Iranien est cité par l’agence IRNA (Iran Official News Agency) pour avoir dit au président du Conseil Européen Antonio Costa que l’Iran a «la volonté nécessaire de mettre fin à cette guerre». Le rapport ajoute que l’Iran attend «les garanties essentielles pour empêcher la répétition de l’agression», parmi d’autres exigences. Il en faut peu au marché des actions pour être heureux, qui se met immédiatement en mode Space-X. Les esprits chagrins dont votre serviteur (permabull ma non troppo) tenteront de calmer la foule en délire an arguant que l’arrêt des bombardements américains ne suffit pas à apaiser immédiatement les tensions dans une région qui demeure extrêmement instable, que le délai de deux semaines évoqué par Donald Trump apparaît comme une tactique habituelle sans garantie de concrétisation, que les prix du pétrole restent élevés et l’idée selon laquelle la hausse du pétrole ne concernerait pas les USA est erronée, car ses effets inflationnistes touchent aussi les États-Unis et compliquent la politique monétaire de la Fed.

Incorrigible joyeux royaume des actions, qui préfère monter d’abord, pour la réflexion on verra demain (avec un bon alka seltzer?). Wall Street réalise sa meilleure journée depuis le 12 mai de l’an passé et parvient de ce fait à légèrement réduire les pertes du mois de mars, qui reste bien pourri ceci dit, le S&P500 (SPX) perd 5,1% sur la période, le Nasdaq Composite (CCMP) rend 4,75%, l’Eurostoxx plonge de 9,26% tandis que notre bon vieux SMI abandonne 8,83%. Le podium du jour du SPX se compose des services de communication, de la tech et de la consommation discrétionnaire, seuls les utilities et l’énergie perdent des plumes hier soir. On se tourne du côté des géants de la tech, du vert, du vert et encore du vert, tout le monde profite de ce sursaut d’optimisme, la pire performance du jour étant celle d’Apple (AAPL +2,9%), c’est dire. Les actions dites néo-cloud sont activement recherchées, merci à CoreWeave qui annonce une facilité de prêt de 8,5 milliards de dollars pour construire une infrastructure IA. Le prêt à tirage différé obtient une note A3 (catégorie investissement) de la part de Moody’s, une première pour ce type de financement adossé à une infrastructure de calcul haute performance et à un contrat client (Le prêt est sécurisé par des supercalculateurs (ou GPU) + un client déjà engagé à payer, ce qui réduit fortement le risque pour la banque). La confiance des consommateurs au mois de mars, publiée hier après-midi et nettement supérieure aux attentes, apporte probablement son lot de courage aux investisseurs.

Ça, c’était la partie bisounours de cette chronique.

On tente de redescendre sur terre et on constate que le Nasdaq et le Dow restent en territoire de correction après que les investisseurs ont subi de violentes fluctuations pendant une grande partie du premier trimestre de l’année. Le rebond d’hier ne fait pas suite à une capitulation (une forte baisse dans des volumes d’échanges très soutenus), aucun épuisement des vendeurs à l’horizon alors que de nombreux indices sont récemment passés en-dessous de niveaux techniques clés, sans les avoir récupérés hier à la cloche. Il est indéniable que les annonces/nouvelles géopolitiques peuvent provoquer des réactions en V, cependant tant que le paysage technique ne s’améliorera pas considérablement, les traders savent ce marché vulnérable et pourraient bien s’amuser avec. Dans les faits, le SPX reste sous son canal haussier entamé début 2023, il est aussi tenu en respect par sa moyenne mobile à 200 jours et voit une death cross à un horizon d’une semaine. La configuration du Nasdaq100 (NDX) est identique, tanque ces deux-là n’auront pas sorti la tête hors de l’eau on pourra parler de dead cat bounce.

La volatilité perd 17% hier, le VIX recule à 25,25. Le dollar est délaissé au profit de l’euro, la paire traite ce matin à 1,1584, support majeur dans la zone 1,1411 – 1,1400. L’or en profite et remonte à 4739 dollars l’once, le métal jaune tente en ce moment-même de récupérer sa 100 jours. Le baril de Brent recule significativement, c’est probablement le plus important et un facteur de soutien pour les actions, cours actuel 99,86 dollars contre 119,24 dollars au plus haut hier. Côte obligataire cela se détend quelque peu, le rendement du 10 ans recule à 4,26% contre 4,36% au plus haut hier. Attention cependant à sa configuration technique, une golden cross s’est produite lundi, les moyennes mobiles à 50 et 200 jours se situent à 4,19%, c’est probablement le support le plus solide du moment.

Le rebond de près de 3% du SPX et la vague verte en Asie ce matin sont un signe classique de marchés affamés de bonnes nouvelles qui s'accrochent à une lueur d'espoir, mais les investisseurs doivent considérer les prix du pétrole brut et non les gros titres comme un véritable baromètre des difficultés que rencontre l'économie mondiale.

Dans une interview accordée à CNBC, Warren Buffett estime que la récente baisse des marchés boursiers ne crée pas encore d’opportunités intéressantes. Malgré le recul des indices cette année, il juge que «ce n’est rien» par rapport aux fortes chutes qu’il a connues par le passé. En conséquence, Berkshire Hathaway reste très prudente et conserve plus de 350 milliards de dollars de liquidités, principalement placées en bons du Trésor, en attendant une correction plus marquée pour investir. Buffett explique que les valorisations actuelles ne sont pas assez attractives et que les opportunités proposées par les banquiers d’affaires ne valent pas leur prix. Berkshire a toutefois réalisé une acquisition début 2026 (une activité chimique d’Occidental), mais cela reste une exception. Depuis fin 2025, la gestion opérationnelle est assurée par Greg Abel, que Buffett considère comme très efficace, même s’il continue de suivre les marchés au quotidien malgré ses 95 ans. Côté portefeuille, Berkshire a fortement réduit sa participation dans Apple (-75% depuis le pic), même si le titre reste sa première position (environ 55 milliards de dollars). Buffett explique que la taille excessive de cette ligne posait problème dans l’équilibre global du portefeuille, tout en continuant de louer la qualité de son dirigeant. Sur le plan philanthropique, Buffett indique qu’il va «attendre de voir» avant de poursuivre ses dons à la fondation de Bill Gates, à laquelle il a déjà versé près de 50 milliards de dollars depuis 2006. Cette prudence intervient dans un contexte de controverses liées aux liens passés entre Gates et Jeffrey Epstein. Buffett précise ne jamais avoir rencontré Epstein et souligne l’impact négatif des révélations en cours.

Enfin, Buffett évoque divers sujets, dont la Réserve fédérale (il préférerait une inflation à 0% plutôt que 2%) et confirme que Berkshire reste prête à investir massivement si les marchés venaient à chuter beaucoup plus fortement.

Au menu macro-économique de ce mercredi, aux États-Unis, les créations d’emplois ADP seront publiées à 14h15, suivies des ventes au détail mensuelles à 14h30, puis des discours des membres de la Fed Musalem à 15h05 et Barr à 15h13. L’indice ISM manufacturier et les stocks des entreprises mensuels sortiront à 16h00, avant le changement des stocks de pétrole brut EIA à 16h30.

Le CEO d'UBS, Sergio Ermotti, déclare qu'il resterait à la tête de la banque au moins jusqu'en avril 2027, tout en laissant la porte ouverte à une prolongation de son mandat au-delà de cette échéance. Mercedes investit 4 milliards de dollars dans son usine d'Alabama (Etats-Unis). Nike plonge de 9% hors séance après ses trimestriels. Microsoft en discussions avec Chevron et Engine No. 1 pour une centrale électrique à 7 milliards de dollars au Texas, selon Bloomberg. Eli Lilly va acquérir Centessa Pharmaceuticals pour un montant pouvant atteindre 7,8 milliards de dollars. Oracle supprime des milliers d'emplois pour financer son virage vers l'IA. AT&T s'engage à investir jusqu'à 2 milliards de dollars pour moderniser son réseau cellulaire d'urgence, selon le WSJ. Snap a bondi de 14% hier après que le fonds Irenic Capital Management a pris une participation au capital. OpenAI lève 122 milliards de dollars et se rapproche d'une introduction en Bourse. Les entreprises de la tech asiatique comme Samsung Electronics et SK Hynix décollent après les espoirs de paix au Moyen-Orient.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices planent tout ébaubis en orbite. Tokyo décolle de 5,24% à la cloche, Hong Kong gagne 2,29%, Shanghai prend 1,46%, Séoul s’envole de 8,44% et le Nifty50 s’adjuge 2,45%. Le future SPX progresse de 0,6%, l’Europe ouvre en rebond de 2,7%.

On garde un œil attentif sur le cours de l’or noir et les niveaux techniques du SPX et du NDX.

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