Les bons leviers pour renforcer le 2e pilier

Edric Speckert, PensExpert SA

2 minutes de lecture

Commencer à épargner plus tôt et offrir davantage de choix sont deux leviers concrets pour renforcer le 2e pilier.


Le débat sur la prévoyance se concentre souvent sur les grandes réformes. Pourtant, il existe aussi des mesures plus ciblées, déjà possibles dans le cadre actuel, qui permettraient d’améliorer concrètement le 2e pilier. Sans remettre en cause son architecture, elles peuvent renforcer l’épargne vieillesse, mieux tenir compte des différentes situations professionnelles et rendre le système plus lisible pour les assurés.

Un premier levier consiste à faire commencer l’épargne plus tôt dans la prévoyance professionnelle. Aujourd’hui, les cotisations AVS débutent déjà au début de la vie active, la couverture des risques de décès et d’invalidité dans le 2e pilier s’applique avant 25 ans, et le pilier 3a peut lui aussi être utilisé relativement tôt. En revanche, l’épargne vieillesse dans la caisse de pension ne commence en principe qu’à partir de 25 ans. Ce décalage paraît de moins en moins cohérent.

Or, les premières années de la vie active comptent particulièrement en matière d’épargne. Même lorsque les montants versés restent modestes, quelques années supplémentaires peuvent produire, sur plusieurs décennies, un effet significatif grâce aux intérêts composés. Avec un salaire AVS d’environ 60’000 francs, cinq années d’épargne entre 20 et 25 ans peuvent, selon le rendement, générer à l’âge de la retraite un supplément de capital de plus de 25’000 à 40’000 francs. Une grande partie de cet effet tient au temps laissé au capital pour fructifier.

Autrement dit, cinq années qui paraissent marginales au début d’un parcours professionnel peuvent avoir un impact durable plusieurs décennies plus tard. Plus l’épargne commence tôt, plus elle peut produire ses effets longtemps au moment de la retraite. Dans un contexte où l’espérance de vie continue d’augmenter, cet avantage pourrait à l’avenir se révéler d’autant plus précieux.

Proposer plusieurs options de cotisation permet de répondre à des profils différents au sein d’une même organisation et peut renforcer l’attractivité de l’entreprise, notamment pour les collaborateurs qualifiés. 

Cette possibilité existe déjà. Les employeurs peuvent abaisser volontairement l’âge de début de l’épargne à 18 ou 20 ans, même si la loi fixe aujourd’hui le seuil usuel à 25 ans. En pratique, cette marge de manœuvre reste peu utilisée. Pourtant, son intérêt ne se limite pas aux jeunes collaborateurs. Un début d’épargne plus précoce augmente aussi, pour les assurés plus âgés, le potentiel de rachat dans la caisse de pension, avec les avantages fiscaux qui y sont liés.

Un second levier consiste à introduire davantage de choix dans l’épargne. Tous les assurés n’ont ni les mêmes capacités financières, ni les mêmes priorités selon leur âge, leur revenu ou leur situation familiale. Le 2e pilier peut déjà mieux tenir compte de cette diversité grâce aux plans à choix. Une caisse de pension peut proposer jusqu’à trois plans d’épargne à un même groupe d’assurés. Ceux-ci se distinguent par le niveau de cotisation de l’employé, tandis que la contribution de l’employeur reste identique. Les collaborateurs peuvent ainsi sélectionner une variante plus ou moins ambitieuse selon leur situation, puis l’adapter périodiquement.

Ce mécanisme présente un double intérêt. D’un côté, il permet d’ajuster plus finement l’effort d’épargne aux réalités individuelles. De l’autre, il rend la prévoyance plus concrète pour les assurés. Celle-ci n’apparaît plus seulement comme une obligation uniforme, mais comme un élément de la planification financière personnelle.

Pour les employeurs, cette souplesse peut aussi constituer un atout. Proposer plusieurs options de cotisation permet de répondre à des profils différents au sein d’une même organisation et peut renforcer l’attractivité de l’entreprise, notamment pour les collaborateurs qualifiés. Pour les revenus plus élevés, les plans 1e prolongent cette logique en permettant aux assurés concernés de choisir eux-mêmes leur stratégie de placement dans le cadre prévu par la loi.

Au fond, faire commencer l’épargne plus tôt et offrir davantage de choix relèvent d’une même approche. Il ne s’agit pas de refondre le système, mais d’utiliser plus intelligemment les possibilités qu’il offre déjà. Dans un domaine aussi central que la prévoyance, des ajustements ciblés, compréhensibles et applicables rapidement peuvent déjà produire des effets très concrets.

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