Les nouveaux défis de la prévoyance

Emmanuel Garessus

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Les discussions portent sur une baisse du salaire maximum LPP, un changement de la loi sur le libre passage et des limites à l’immigration, note Jörg Odermatt, de PensExpert.

 

PensExpert, le spécialiste de la prévoyance, a ouvert un bureau à Genève, qui sera dirigé par Nevil de Tscharner et Raphaël Berner. En octobre dernier, le groupe annonçait que ses actifs sous gestion s’élevaient à 11 milliards de francs pour quelque 16 800 assurés et environ 100 collaborateurs. Jörg Odermatt, président du conseil d’administration, répond aux questions d’Allnews sur les changements en vue dans la prévoyance et sur le développement de PensExpert:

Quels changements significatifs attendent le marché suisse de la prévoyance?

Si les changements réglementaires sont mineurs en 2026, plusieurs sujets importants seront en discussion au niveau politique. Je pense par exemple à la réduction du salaire LPP maximum. Il s’élève actuellement à 907'000 francs et pourrait être diminué de moitié, donc à 450'000 francs. Yvonne Bürgin (Le Centre – Zurich) a lancé le débat à travers une motion. Ces deux prochaines années, la discussion devrait être vive à ce sujet. J’ai l’impression, sur la base des informations à ma disposition actuellement, que beaucoup de parlementaires arriveront à s’accorder sur une diminution, mais ne descendront peut-être pas aussi bas que 450'000 francs.

Quelles en sont les conséquences?

Les conséquences porteront sur environ 5% des salariés, ceux qui gagnent plus de 500'000 francs par an. Certains clients de PensExpert seront touchés. Ces très hauts revenus ne pourront pas profiter de la LPP au-delà du maximum fixé et seront donc obligés d’épargner autrement. L’impact prévu est toutefois assez faible sur nos affaires. 

Cet ajustement à la baisse du salaire maximum LPP est peut-être encore à vérifier. En effet, un salaire LPP de 907'000 francs ne peut guère être considéré comme faisant partie d’une assurance sociale. La discussion me paraît légitime. Les administrations fiscales cantonales ne sont généralement pas en faveur de rachats extraordinaires, ce qui les pousse naturellement également à vouloir diminuer le salaire LPP maximal.

«L’immigration et une éventuelle limite à 10 millions d’habitants exerceraient sans doute une influence sur notre marché.»

Qu’en est-il chez nos voisins?

En Allemagne par exemple, il n’existe pas de plafond du salaire assuré dans la prévoyance professionnelle.

Un autre changement est-il en discussion en matière de prévoyance?

La motion du conseiller aux États Josef Urs Dittli (PLR - Uri) propose d’adapter la loi sur le libre passage afin de permettre aux assurés quittant un plan de prévoyance 1e de conserver leur stratégie de placement pendant une durée maximale de deux ans. Aujourd’hui, un changement d’employeur oblige en principe à vendre les positions et à transférer immédiatement l’avoir de prévoyance, même lorsque les marchés sont défavorables. Cette situation est jugée inopportune, car une liquidation forcée répond à une logique de marché et non à un changement professionnel. La possibilité de déposer temporairement l’avoir auprès d’une institution de libre passage permettrait d’éviter des pertes injustifiées. Ce projet semble bénéficier d’un large soutien politique.

Est-ce que le marché de PensExpert, les plans 1e et le libre passage, disposent encore d’une bon potentiel de croissance?

Oui. Le potentiel est élevé parce que les salariés sont convaincus de devoir investir davantage en actions, notamment les jeunes. La plupart des jeunes sont, en matière de 3e pilier, à la recherche de solutions numériques offrant une structure de frais bon marché et des placements axés sur les actions. 

Le même phénomène se produit maintenant dans le 2e pilier. Les cadres sont de plus en plus à la recherche de solutions 1e. 

Si les taux d’intérêt sont nuls ou presque et l’inflation supérieure à 0%, les gains sont dérisoires dans les obligations. Cette perte d’attrait des obligations met à mal les mécanismes de diversification.

Quel est le taux de croissance du marché 1e?

L’année 2025 a été très favorable à PensExpert. Les actifs sous gestion de toutes les fondations de PensExert ont augmenté de 1,3 milliard par rapport au début 2025. Le taux de croissance est proche de 14%. Et PensFlex, notre fondation 1e, a augmenté d’environ 400 millions. 

«Si la population pouvait s’accroître à 10 millions d’habitants, ce potentiel pourrait grimper selon moi à environ 2000 milliards.»

Pour quelle raison avez-vous maintenant ouvert un bureau à Genève?

Le marché genevois et sa clientèle sont clairement différents du reste de la Suisse romande. Je note par exemple que les entrepreneurs genevois n’aiment pas particulièrement faire le déplacement à Lausanne. Nous avons donc fait le choix de placer deux spécialistes locaux qui pourront conseiller les entreprises sur place. Le potentiel est significatif à Genève.

Que représente la Suisse romande au sein de PensExpert?

Elle représente environ 17% des 11 milliards de francs d’actifs.

Votre marché est fonction du nombre d’entreprises et notamment de cadres en Suisse. Est-il donc très dépendant des migrations et du sort de l’initiative sur la Suisse à 10 millions et des bilatérales III?

L’immigration et une éventuelle limite à 10 millions d’habitants exerceraient sans doute une influence sur notre marché. Cela limiterait le capital maximum qui pourrait être investi dans la prévoyance. 

En l’an 2000, avec 7,2 millions d’habitants, on pensait que le maximum de capital de prévoyance s’élevait à 1500 milliards de francs. Si la population pouvait s’accroître à 10 millions d’habitants, ce potentiel pourrait grimper selon moi à environ 2000 milliards. Une limite des salariés signifierait donc mécaniquement une limite du marché de la prévoyance. 

Est-ce que dans la perspective de 2026, le principal défi se situe dans la réponse aux taux 0?

Les taux 0% représentent un défi pour la politique de placement. Les solutions 1e peuvent offrir des portefeuilles avec 100% d’actions et des portefeuilles sans aucune action. Avec des taux 0, les portefeuilles sans actions (donc 100% obligations en francs) perdent de leur attrait. Si les salariés sont âgés de plus de 60 ans, la stratégie doit être conservatrice, mais les obligations ne sont plus appropriées si les taux ne rapportent rien.

«Les cadres sont de plus en plus à la recherche de solutions 1e.»

Que faire?

PensExpert peut proposer d’investir dans ses fonds hypothécaires, lesquels offrent environ entre 1 et 2% de rendement. Le but consiste à offrir une stratégie à risque très faible d’un rendement supérieur à l’inflation sans investir en actions ou en immobilier. Mais il n’y a pas de solution magique. 

Quel est le défi principal du marché de la prévoyance professionnelle, après une année 2025 à nouveau favorable en termes de rendement et de taux de couverture?

Le deuxième pilier doit être adapté aux changements structurels, par exemple concernant l’évolution du marché du travail ou les évolutions démographiques. 

Un grand nombre d’indépendants ne disposent pas d’un deuxième pilier convenable. Il faut également répondre à l’augmentation des emplois hybrides (temps partiels, multi-emplois). La LPP doit être modernisée. Tout le monde est conscient des besoins mais le monde politique peine à élaborer des solutions. 

Est-ce que l’on risque une plus grande imposition du capital de prévoyance?

Le risque a diminué après le refus du conseil des Etats. Il appartiendra au conseil national de décider à son tour. A mon avis, les impôts n’augmenteront pas dans ce domaine.

Après l’échec de la réforme du 2e pilier, est-ce que de nouveaux projets se mettent en place?

Une grande réforme n’a aucune chance de se concrétiser, ni un relèvement de l'âge de la retraite ni une baisse du taux de conversion. Cela signifie que seule une politique des petits pas est envisageable. Le Conseiller national Andri Silberschmidt (PLR - Zurich) a lancé une motion pour que les personnes ayant dépassé l’âge de l’AVS (65 ans) puissent être réaffiliés à une caisse de pension en cas de reprise d’une activité professionnelle. La modernisation se fera étape par étape.

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