BCE: un taux jugé «globalement neutre» dans un environnement incertain

Bénédicte Kukla, Indosuez Wealth Management

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L’élément le plus notable a été la révision des projections macroéconomiques: l’inflation globale prévue pour 2026 a été relevée de 1,9% dans les projections de décembre de la BCE à 2,6% dans celles de mars.

Le conseil des gouverneurs a décidé de maintenir les taux inchangés pour la sixième réunion consécutive à 2% – un taux de politique monétaire jugé «globalement neutre» dans cet environnement incertain. Nous ne pouvions pas nous attendre à un ton autre que restrictif de la part de la BCE aujourd’hui.

L’élément le plus notable a été la révision des projections macroéconomiques: l’inflation globale prévue pour 2026 a été relevée de 1,9% dans les projections de décembre de la BCE à 2,6% dans celles de mars (intégrant les informations jusqu’au 11 mars). La BCE a également révisé à la baisse ses prévisions de croissance, de 1,2% à 0,9%. Dans le détail, la BCE anticipe que la reprise de la consommation privée et de l’investissement sera quasiment à l’arrêt en raison de cette crise énergétique, un scénario plus pessimiste que nos prévisions actuelles. Il s’agissait potentiellement d’un message indirect adressé aux gouvernements concernant le «besoin urgent» de mettre en place des mesures budgétaires temporaires, ciblées et adaptées afin d’atténuer l’impact sur les consommateurs, en particulier dans les pays disposant de la capacité budgétaire nécessaire.

Présidente Lagarde a affirmé que la BCE était «bien positionnée pour naviguer» dans ce contexte, soulignant la résilience de l’économie face à ce choc et le fait que l’inflation était inférieure à 2% en février (contre plus de 8% au début de la crise énergétique liée à l’Ukraine en 2022) et que les anticipations d’inflation étaient également «bien ancrées» en février. Elle a également noté que le marché du travail, bien que solide, n’était pas aussi «tendu» qu’en 2022, période marquée par des pénuries de main-d’œuvre post-pandémie.

Dans l’ensemble, la BCE a affiché une posture résolument restrictive, démontrant sa capacité à gérer le choc énergétique passé et affirmant être «prête» et «déterminée» à ramener l’inflation à 2% à moyen terme. Une réserve soulignée par Mme Lagarde concernait toutefois la «mémoire de l’inflation»: alors qu’en 2022, l’inflation était largement absente des préoccupations, elle demeure aujourd’hui très vive dans les esprits, ce qui pourrait influencer les réactions des agents économiques (phénomène que les économistes comportementaux qualifient de biais de récence). Les attentes des marchés financiers se sont en effet rapidement ajustées: ils anticipent un resserrement de la BCE en 2026, avec deux hausses de taux pleinement intégrées cette année et une troisième possible. Nous estimons que les marchés ont sur-réagi en l’absence de fondamentaux économiques pointant vers des effets de second tour, mais chaque jour où le conflit se prolonge met notre conviction à l’épreuve. La Présidente a précisé que la BCE serait particulièrement attentive aux matières premières, aux goulets d’étranglement de l’offre, aux anticipations de prix de vente, aux indicateurs de demande et aux évolutions salariales pour évaluer la transmission de ce choc dans l’économie (à surveiller: les enquêtes de conjoncture de mars publiées la semaine prochaine).

L’euro/dollar est monté à 1,15 après la conférence de presse, mais reste orienté à la baisse par rapport au mois dernier, dans un contexte de recherche de sécurité autour du dollar américain. Les autres grandes banques centrales maintiennent également leurs taux inchangés: la Banque d’Angleterre et la Banque du Japon n’ont pas modifié leurs taux après la pause décidée plus tôt dans la semaine par la Réserve fédérale, tandis que l’Australie a relevé ses taux et que le Brésil a procédé à qu’une légère baisse

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