La BCE n’est plus «en terrain favorable». Il y a encore quelques semaines, l’inflation dans la zone euro semblait converger vers l’objectif de 2% fixé par l’institution. Désormais, elle doit faire face aux conséquences du conflit au Moyen-Orient, notamment via son impact sur les prix de l’énergie et les chaînes d’approvisionnement, ce qui pourrait accroître les risques d’une inflation plus élevée combinée à un ralentissement de la croissance. Autrement dit un scénario de stagflation.
Cela étant, le point de départ diffère de celui de 2022. La BCE est aujourd’hui «bien positionnée et bien équipée» pour répondre à un éventuel rebond de l’inflation, selon sa présidente Christine Lagarde. Malgré un niveau d’incertitude élevé, il n’y a pas, à ce stade, d’urgence à agir de manière préventive compte tenu du niveau actuel des taux d’intérêt, d’une croissance proche de sa tendance de long terme et d’anticipations d’inflation qui étaient bien ancrées autour de 2% avant le début du conflit.
Christine Lagarde n’a pas contesté l’évolution des anticipations de marché, qui sont passées d’une faible probabilité de baisse des taux à l’intégration d’au moins une hausse de 25 points de base. Elle n’a toutefois pas non plus signalé de relèvement imminent. Le maintien de toutes les options ouvertes reflète l’incertitude à venir, tout comme les projections macroéconomiques «alternatives» présentées.
L’élément clé à surveiller reste la diffusion du choc énergétique à l’ensemble des pressions inflationnistes. Les décideurs peuvent faire abstraction d’un pic temporaire des prix de l’énergie, mais toute hausse durable des salaires ou des anticipations d’inflation nécessiterait une réaction. Le caractère plus ou moins stagflationniste d’un choc d’offre dépendra de la durée du conflit et de l’ampleur des perturbations des chaînes d’approvisionnement. Cela viendrait également s’ajouter aux pressions inflationnistes déjà présentes en Europe, liées notamment à la contraction de la population active et à une politique budgétaire légèrement plus accommodante.