La réaction initiale des marchés à l’attaque menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a été modérée. Les choses ont semblé s’accélérer alors que les représailles iraniennes s’intensifiaient et que le prix du pétrole grimpait brièvement à près de 120 dollars le baril, mais les cours du brut ont ensuite reculé, passant sous la barre des 90 dollars avant de reprendre de nouveau une tendance haussière, se négociant à près de 95 dollars au moment où nous écrivons ces lignes. La situation reste très instable et les investisseurs continuent d’intégrer plusieurs scénarios fondamentaux dans leurs prévisions, parallèlement à l’évolution de l’actualité. Dans l’ensemble, en matière d’implications pour l’investissement, nous voyons deux issues possibles: soit le conflit est (relativement) rapide et la «victoire» est au moins présentée comme décisive, à l’instar du précédent conflit avec l’Iran en juin 2025, soit la guerre perdure et les prix du pétrole restent élevés pendant une période prolongée, pesant lourdement sur l’activité économique mondiale. Tout en soulignant à nouveau la nature imprévisible de ces conflits géopolitiques, nous pensons néanmoins que les investisseurs doivent garder à l’esprit certains éléments. Tout d’abord, il y a la pression interne aux États-Unis. Les élections de mi-mandat approchent et ce sont les questions liées au pouvoir d’achat, et non les affaires internationales, qui préoccupent le plus les ménages américains. Si la majorité des électeurs républicains approuvent la guerre, dans l’ensemble, la campagne ne bénéficie pas d’un large soutien populaire. Le risque haussier pesant sur l’inflation constitue la menace principale, les indices d’inflation globale étant susceptibles de dépasser la barre des 3% dans les mois à venir, même en l’absence d’une crise pétrolière avérée. Outre l’augmentation des factures des ménages, une hausse de l’inflation pourrait compromettre les efforts déployés par l’administration pour relancer le cycle du crédit dans le secteur privé, qui permettrait de réduire le besoin de déficits publics continus, un élément crucial du plan «3-3-3» du secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. La clé réside dans la relance du marché immobilier américain, qui ne peut être réalisée qu’à travers une baisse des taux d’intérêt.
Un second élément à garder à l’esprit concerne les subtilités de la guerre moderne. Il existe une asymétrie frappante (également évidente dans la guerre actuelle en Ukraine) entre, d’une part, les États-Unis et leurs alliés, qui déploient des armes lourdes, sophistiquées et coûteuses, et, d’autre part, l’Iran, qui s’appuie sur des drones bon marché, rapides à produire et lancés de manière furtive. Grâce à ces derniers, l’Iran a réussi à paralyser le trafic commercial dans le détroit d’Ormuz sans avoir recours à une force militaire importante, les primes d’assurance ayant augmenté et les navires ayant commencé à éviter le passage par mesure de précaution. Les stocks de missiles de Téhéran diminuent peut-être rapidement, mais sa capacité de production de drones atteindrait 10'000 unités par mois, ce qui pourrait perturber le commerce du pétrole pendant des mois. En fin de compte, soit Trump cède, soit le régime capitule. L’annonce de la succession de l’ayatollah par son fils est un autre signe que l’Iran peut résister plus longtemps que prévu. Nous sommes toujours plongés dans le brouillard de la guerre.
La guerre renforce les tendances structurelles dominantes
Outre la hausse sans surprise des prix du pétrole, les marchés ont relativement peu évolué, ce qui est remarquable compte tenu du niveau élevé d’incertitude entourant la durée et l’issue de la guerre. À l’exception du dollar américain, tout est plus ou moins dans le rouge, les facteurs techniques déterminant l’ampleur de la dévaluation plutôt que des considérations fondamentales. Les actions du segment des puces mémoire en sont un bon exemple. Les marchés sud-coréen et japonais, qui ont bénéficié de la hausse rapide et dynamique du secteur, figurent parmi les plus touchés depuis le début de la guerre. De même, l’or, qui devrait en théorie bénéficier de l’augmentation du risque géopolitique, a plutôt été influencé par des prises de bénéfices après sa bonne performance suivant le krach éclair des métaux précieux en janvier. Le même comportement a été observé pour les métaux stratégiques comme le cuivre. La hausse du dollar américain a peut-être surpris certains, mais compte tenu du positionnement baissier général du billet vert ces derniers temps, le seuil pour qu’il se réévalue et remplisse son rôle traditionnel de valeur refuge dans de telles circonstances n’était pas élevé. Bien que le marché n’ait pas encore offert une opportunité d’achat exceptionnelle, comme c’est généralement le cas lors d’un choc externe, le dénouement des positions excessives déclenché par la guerre pourrait permettre aux investisseurs de rééquilibrer leurs portefeuilles en fonction des tendances dominantes, notamment la diversification mondiale loin des États-Unis, des valeurs technologiques et des bilans publics, et vers des modèles économiques basés sur des actifs tangibles, les métaux précieux et les marchés émergents. Après tout, d’un point de vue fondamental, ces tendances demeurent solidement ancrées et, selon nous, n’ont fait que se renforcer. Les perturbations du commerce du pétrole soulignent la nécessité de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et de constituer des réserves suffisantes de ressources stratégiques à des fins de sécurité nationale. Si l’or est peut-être dans une phase de consolidation, le recentrage proactif des États-Unis sur leur sphère d’influence ne fera qu’inciter les économies non occidentales – notamment la Chine, qui doit recycler ses excédents courants records en investissements – à se diversifier davantage en s’éloignant des actifs américains, ce qui soutiendra structurellement le métal jaune dans les années à venir.