Basculement vers les actifs tangibles

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La pression exercée par l’IA sur la tech et, plus largement, sur les secteurs asset-light favorise la revalorisation des actifs tangibles, estime Alexandre Tavazzi de Pictet.

©Keystone

 

Malgré une hausse notable des cours du pétrole et quelques baisses sensibles des indices boursiers, notamment en Asie, les marchés ne semblent pas paniquer. Alexandre Tavazzi, responsable de la recherche macroéconomique de Pictet WM, s’en tient donc pour l’instant à l’analyse macro construite au cours des derniers mois avec toutefois quelques réserves quant à un avenir quelque peu incertain.  

Soutien à la croissance aux Etats-Unis

Conçus pour soutenir la consommation américaine, les remboursements d’impôts additionnels promis par la One Big Beautiful Bill, totalisant pour 2026 plus de 100 milliards de dollars (soit 0,3% du PIB) vont creuse encore davantage un budget déjà largement déficitaire. En outre, les droits de douane instaurés par Donald Trump au titre de l’IEEPA (International Emergency Economic Powers Act) de 1977 ont été largement jugés abusifs par la Cour suprême. Reste toutefois entière la question du remboursement aux entreprises importatrices du «trop-perçu» collecté à ce titre, estimé à près de 134 milliards de dollars. Face à cette remise en cause juridique, le président américain a rapidement infléchi sa stratégie en invoquant désormais le Trade Act de 1974 afin de rétablir des droits de douane à hauteur de 15%. Ce qui éviterait le remboursement...

La course à la domination de l’IA entraîne une explosion des investissements, passés de 463 milliards de dollars en octobre 2025 à 670 milliards en février 2026.

Politique pro-croissance en Allemagne et au Japon

La décision du gouvernement allemand d’assouplir le frein à l’endettement devrait soutenir l’industrie allemande et, au-delà, l’ensemble du tissu industriel européen. Dans un contexte géopolitique toujours tendu, les commandes destinées aux groupes allemands de défense ont fortement accéléré au début de l’année. Au Japon, nouvellement élue à la tête du gouvernement avec une très large majorité à la Chambre basse, la première ministre Sanae Takaichi dispose désormais de la marge politique nécessaire pour mettre en œuvre son programme pro-croissance. Celui-ci pourrait se traduire par des dépenses supplémentaires de l’ordre de 135 milliards de dollars, soit environ 3,2% du PIB.

L’IA dévore la tech... et le High Yield

L’essor de l’intelligence artificielle fragilise les éditeurs de logiciels, dont les valorisations ont fortement corrigé depuis le début de l’année. Oracle (-55%) et PayPal (-51%) figurent parmi les plus touchées, Oracle apparaissant particulièrement vulnérable en raison de son endettement. A l’inverse, Apple (-9%), Alphabet (-11%) et Nvidia (-12%) ont mieux résisté. La chute est d’autant plus spectaculaire que les valorisations étaient initialement très élevées (environ 22 fois les bénéfices). Les spreads de CDS des grandes valeurs technologiques ainsi que ceux de la dette à haut rendement (HY) du secteur se sont également écartés. Dans le même temps, la course à la domination de l’IA entraîne une explosion des investissements, passés de 463 milliards de dollars en octobre 2025 à 670 milliards en février 2026.

Moins de tech, moins d’actions US, plus d’industries, plus de matières premières

Dans un contexte de reprise du cycle manufacturier mondial et d’assouplissement monétaire, il apparaît opportun de privilégier une réallocation des actifs intangibles vers les actifs tangibles. Cela implique une moindre exposition aux valeurs technologiques — et donc aux actions américaines — au profit des valeurs industrielles. La pression exercée par l’IA sur la tech et, plus largement, sur les secteurs asset-light pourrait en effet favoriser la revalorisation des actifs tangibles tels que les matières premières, les infrastructures, les produits industriels ou l’immobilier. Cette dynamique pourrait être renforcée par la One Big Beautiful Bill de Donald Trump, ainsi que par le plan de relance allemand et la stratégie pro-croissance du nouveau gouvernement japonais.

Des prévisions incertaines ...

En bref, Pictet est positif à l’égard des actions et négatif à celui des obligations, favorable aux actifs tangibles et projette un affaiblissement du dollar dont le cycle de baisse n’en est qu’à ses débuts. Toute analyse ultérieure reste tributaire de la durée et de l’issue du conflit US/Israel versus Iran. L’évolution du prix du pétrole dépend de la circulation dans le détroit d’Ormuz que Trump s’est engagé à rétablir en assurant pouvoir faire escorter les pétroliers et les assurer par le biais de la Société américaine de financement du développement international (DFC) chargée de fournir, à prix raisonnable, une assurance au commerce maritime dans le Golfe. Avec un bémol: la valeur du passage quotidien dans le détroit est de l’ordre de 50 milliards de dollars et la DFC ne dispose que de 200 milliards. 

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