Bien que les récents événements de crédit n’aient pas perturbé le cycle du crédit dans son ensemble, la complexité croissante de l’environnement macroéconomique, l’augmentation des dépenses d’investissement et le niveau élevé d’activité de LBO alimentent les inquiétudes. Les émetteurs situés dans le bas du spectre du crédit sont-ils suffisamment résilients?
Les récentes faillites aux États-Unis ont ravivé les inquiétudes concernant les valorisations, la transparence et l’exposition systémique dans les segments les plus risqués du spectre du crédit. Ces préoccupations émergent alors que les spreads des titres du haut rendement restent serrés, que les valorisations du crédit privé sont hétérogènes et que les allocations au crédit privé ont considérablement augmenté pour toutes les catégories d’investisseurs.
Dans ce contexte marqué par les faillites, les spreads des obligations américaines du haut rendement se sont écartés après avoir atteint, en septembre1 2025, un point bas de 268 points de base, un niveau situé dans le quartile inférieur des vingt dernières années. Le secteur automobile a été particulièrement affecté, les émetteurs les plus endettés enregistrant les élargissements les plus marqués. Malgré ces poches de tensions, rien n’indique l’existence d’un risque systémique avéré.
Ces faillites ont néanmoins ravivé les inquiétudes quant à la santé des marchés du crédit, notamment dans un contexte où, par nature, les marchés du crédit privé fonctionnent avec beaucoup moins de transparence que les marchés obligataires publics, avec des standards de reporting hétérogènes et des méthodologies de valorisation divergentes d’un gérant à l’autre.
La situation est quelque peu différente en Europe.
Le crédit privé européen: le segment du lower mid-market offre par nature stabilité et performance
L’attractivité du lower mid-market
Les LBO de grandes capitalisations sponsorisés par des fonds de capital-investissement sont soumis à une forte pression sur les prix et les conditions en raison d’une concurrence intense liée à l’abondance de capital en dette privée, à la participation des banques, et à une activité de fusion-acquisition en berne. À l’inverse, les transactions de petite ou moyenne taille sont confrontées à une moindre pression concurrentielle, en particulier lorsqu’elles concernent des sociétés non détenues par des fonds de capital-investissement. Ce type d’émetteur offre également un flux d’opérations et une qualité de transactions satisfaisants, avec des conditions propices à des rendements élevés et à un contrôle strict des risques. La capacité à arbitrer les opportunités entre différents pays permet de sélectionner les opérations susceptibles d’offrir les rendements ajustés du risque les plus attractifs.
Du côté de la dette cotée, le haut rendement offre une certaine résilience dans un contexte en mutation
Bien que le haut rendement comporte ses propres risques, le marché actuel est plus défensif que lors des cycles précédents.
Transparence et liquidité publiques
La négociation sur les marchés financiers publics offrent une cotation continue, des notations d’agences et des états financiers audités, apportant une visibilité sur la valeur de marché des titres et une liquidité fiable que les marchés privés ne peuvent égaler.
Un profil qualité-duration supérieur
La duration du haut rendement, proche de ses plus bas historiques, réduit la sensibilité aux taux d’intérêt et offre à la classe d’actifs des caractéristiques défensives par rapport au reste du spectre du crédit.
Les émetteurs notés BB, dont beaucoup sont des «anges déchus», représentent une part historiquement importante du marché, ce qui se traduit par une exposition beaucoup moins risquée que lors des cycles précédents.
Des facteurs techniques soutenus par la rareté
Après la Covid, l’offre de titres à haut rendement est restée limitée, car de nombreuses entreprises ont utilisé l’argent bon marché et leurs solides bénéfices pour rembourser leur dette ou retarder leur refinancement. Cette situation, conjuguée à la hausse des coûts d’emprunt depuis 2022, a limité l’offre nette de nouvelles obligations.
À l’approche de 2026, la sélectivité sera essentielle
L’environnement macroéconomique actuel souligne la nécessité d’une approche disciplinée, alors que la faible croissance du PIB, les évolutions technologiques liées à l’IA et la régionalisation accrue affectent tous les secteurs. Sur le segment du haut rendement, ce contexte exige une gestion active et une sélection rigoureuse des émetteurs afin de saisir les opportunités idiosyncratiques. Sur le segment du crédit privé, cette réalité se traduit par une plus grande sélectivité et des délais d’exécution des transactions plus longs afin de permettre une due diligence approfondie. Pour les investisseurs, ces deux classes d’actifs sont très complémentaires, offrant des opportunités granulaires et variées pour la construction de portefeuilles diversifiés.
1 Source: Bloomberg, indice ICE BofA US High Yield (H0A0)