Laurent Gagnebin: «Nous prévoyons une tendance latérale des marchés»

Emmanuel Garessus

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Laurent Gagnebin, CEO de Rothschild & Co Bank, annonce une stabilité des actifs sous gestion en 2025 et présente ses objectifs pour 2026.

 

Le bilan des banques privées est satisfaisant en 2025, même si leur résultat subit les effets de la baisse du dollar et de celle de la marge d’intérêts. Rothschild & Co Bank AG ne fait pas exception. Après une hausse de 17% des actifs sous gestion de la banque suisse en 2024, ces derniers sont presque stables sur une base consolidée à 35 milliards de francs. 

Selon le rapport annuel publié aujourd’hui, le total des revenus a diminué de 6% à 223,6 millions de francs en raison de la baisse de 36% du revenu des intérêts (à 42,6 millions), laquelle n’est que partiellement compensée par la hausse de 3% des commissions et par celle de 26% des revenus du négoce. Les coûts de cet établissement de 479 employés sont en légère hausse (+3%), si bien que le bénéfice net diminue de 48% à 19,6 millions de francs.

L’année de la banque suisse a été marquée entre autres par l’arrivée de Tenalis en juillet, une société spécialisée dans la planification successorale. En avril, une réorganisation s’est traduite par le transfert de l’ancienne filiale luxembourgeoise de la banque dans l’entité soeur Rothschild Martin Maurel. Et, suite à l’ouverture d’une succursale à Dubaï en 2024, un accord est intervenu avec la Liechtensteinische Landesbank par lequel les employés et les clients de la LLB ont rejoint Rothschild & Co. Laurent Gagnebin, CEO de Rothschild & Co Bank, répond aux questions d’Allnews:

Êtes-vous satisfait du résultat de l’année 2025?

Vu le contexte, oui. L’année 2025 a été plus difficile que la précédente pour les banques de gestion, y compris la nôtre, en raison de la baisse majeure de la marge d’intérêts dans la plupart des monnaies. La volatilité des marchés, en réponse au Liberation Day, a suscité une augmentation du négoce qui a partiellement compensé l’effet de la baisse de la marge d’intérêts. Les revenus de nos activités, en particulier des commissions et du négoce, sont également assez bons, mais ils ne pouvaient pas compenser l’effet des intérêts. 

La baisse du dollar pénalise également nos comptes, puisque de nombreux clients ont pour monnaie de référence le billet vert alors que nos coûts sont en francs suisses. Notre situation est proche de celle d’une entreprise exportatrice qui souffre de la baisse du dollar vis-à-vis du franc.

«Il serait dommage d’arrêter d’engager du personnel pour défendre notre marge à court terme.»

Comment expliquer la bonne tenue des actifs sous gestion en Suisse et les difficultés rencontrées en Allemagne?

Nous sommes très satisfaits de notre performance en Suisse, avec un afflux net de 802 millions de francs. 

En Allemagne, nous détenons une société de gestion avec 100% de gestion discrétionnaire. Sa performance d’investissement s’est révélée en dessous du benchmark. Quelques clients institutionnels ont alors décidé de réduire leur exposition à Rothschild & Co pour lui préférer des ETF. Nous avons subi des sorties nettes de fonds en dessus de l’afflux registré en Suisse. C’est beaucoup, après plusieurs années d’afflux très positifs. Suite à ces développements, nous avons changé d’équipe de direction en Allemagne, avec le départ du CEO et la nomination, en novembre dernier, de deux personnes de cette filiale en tant que directeurs.

Quels sont vos effectifs en Allemagne?

Nous employons environ 50 personnes en Allemagne, lesquels sont répartis entre trois sites, le bureau historique de Francfort, Düsseldorf et Hambourg.  

Est-ce que l’afflux net de 802 millions en Suisse exprime une poursuite de la tendance à long terme ou une accélération de l’intérêt pour la Suisse?

Il n’y a pas d’accélération. Nous continuons de profiter de notre bonne réputation sur le marché local et des bonnes performances d’investissement.

J’observe que la Suisse, en tant que destination offshore, fait face à une compétition de plus en plus rude face à Singapour, aux Etats-Unis et à Dubaï. Elle doit continuer d’améliorer son attractivité pour ne pas perdre du terrain.

Est-ce que les produits et stratégies offerts en Suisse sont identiques à ceux qui sont offerts en Allemagne?

Non. La gestion est également orientée sur les titres de croissance et de qualité, mais le style n’est pas identique. En Allemagne, la gestion de portefeuille est davantage axée sur des valeurs allemandes. En Suisse, on est beaucoup plus international. Sur la base des classements de la société de rating indépendante ARC, nous surperformons la moyenne en Suisse - nous appartenons au premier quartile sur 3 et 5 ans.

Avez-vous perdu des clients du fait de la votation sur les successions?

Non.

Le résultat 2025 est marqué par le recul de la marge d’intérêts. Qu’en attendez-vous pour 2026?

Nous anticipons néanmoins une stabilisation du produit d’intérêts au cours de l’année 2026.

Le ratio des coûts/revenus dépasse 80% et vous prévoyez une nouvelle baisse de la marge d’intérêts. Comment allez-vous diminuer ce ratio?

Nous pourrions nous arrêter d’investir pour réduite le Cost/Income en dessous de 80%, mais nous préférons continuer d’investir, par exemple à Dubaï, en Israel, en Suisse, en Allemagne et en Espagne. Nous préférons investir dans la banque, les talents et les services plutôt que nous concentrer sur un ratio.

Comment allez-vous accroître la rentabilité des fonds propres de la banque?

La gestion des coûts restera très prudente, mais nous continuerons d’investir dans notre outil de travail. Si les opportunités se présentent sur nos marchés clés, nous engagerons de nouveaux employés. Nous cherchons à accroître nos actifs sous gestion et nos clients. 
Face aux défis que rencontre la place suisse, nous sommes dans une bonne position. Notre nom est reconnu. Il serait dommage d’arrêter d’engager du personnel pour défendre notre marge à court terme. Nous continuerons à accroître nos effectifs au même rythme, donc toujours aussi prudemment que dans le passé. Nous recruterons par exemple du personnel chez Tenalis, dans la planification successorale.

«A Dubaï, nos effectifs sont d’une centaine de personnes aujourd’hui, dont une trentaine en banque privée.»

Est-ce que les 19 employés additionnels, à 479, portent sur les pays que vous venez de citer?

Nous avons investi dans trois projets stratégiques: au Luxembourg, en réponse à notre transaction avec la Banque Pâris Bertrand, laquelle a été confiée à nos collègues français, compte tenu d’une plus grande familiarité avec le marché français. L’opération s’est traduite pour nous par une diminution d’environ dix employés. 

En revanche, nos effectifs se sont accrus avec l’acquisition de Tenalis en Suisse et nous avons signé une transaction avec LLB qui nous permet d’employer des personnes supplémentaires de LLB à Dubaï.

Quelle est la taille de votre présence à Dubaï?

A Dubaï, nos effectifs sont d’une centaine de personnes aujourd’hui, dont une trentaine en banque privée et 70 dans la banque d’affaires, un segment dans lequel nous sommes présents depuis une vingtaine d’années.

Est-ce que vous vous diversifierez davantage dans les marchés privés?

Notre division Five Arrows, l’une des trois du groupe Rothschild & Co, gère environ 30 milliards d’euros. Nous continuerons d’y investir et de proposer ces solutions à nos clients. Basée en France, au Royaume Uni et aux Etats-Unis, elle n’est pas dépendante de la banque suisse. Nos clients ont toutefois accès aux transactions et aux fonds de Five Arrows et y investissent ensemble avec nous.

L’or et le franc suisse restent les valeurs clés du moment. Quelles tendances se dessinent en termes de besoins d’investissements?

Nous surpondérons l’or depuis longtemps et nous n’offrons pas de cryptos. La situation géopolitique est la plus instable qui soit depuis longtemps. Nos clients ont vraiment besoin de conseils. Il est crucial de pouvoir les aiguiller dans la bonne direction.

Sur le plan de l’allocation de portefeuille, nous surpondérons l’or et sous-pondérons le cash. Dans les actions, une classe d’actifs équipondérée, nous sous-pondérons les Etats-Unis, surpondérons l’Asie, équipondérons l’Europe. En francs suisses, nous sous-pondérons les obligations. 

Nous ne sommes pas spécialement positifs sur les marchés financiers cette année. Nous nous attendons à une tendance latérale des marchés compte tenu d’une valorisation élevée, mais des opportunités émergeront sur une base sélective. Nous nous attendons à de nombreuses rotations sectorielles et indicielles.

Quelle a été votre performance dans l’asset management en 2025?

La performance a été très bonne. Un fonds patrimonial du nom de R-co Valor, destiné à des clients privés, a très bien performé et a enregistré des collectes de 2,6 milliards qui lui ont permis de franchir la barre des 10 milliards d’euros. Il s’agit d’un fonds qui donne carte blanche à ses gérants et qui peut donc être 100% cash ou 100% actions. En 2025, il a profité de sa forte exposition à l’or et à l’Asie.

Quels sont les axes stratégiques de votre établissement pour 2026?

Nous avons trois buts principaux pour 2026. Nos poursuivrons l’intégration des clients de LLB à Dubaï, la croissance sur les petits marchés que nous couvrons afin d’atteindre la taille critique par exemple en Espagne. Nous voulons également continuer à stabiliser nos affaires en Allemagne.

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