Alors que l'année 2026 s'ouvre sur des sommets historiques pour le Nikkei et une nervosité latente sur les indices américains, le marché des produits structurés à la SIX révèle les nouvelles priorités des investisseurs. Entre la recherche de rendement via la volatilité technologique, la couverture tactique sur les «Blue Chips» suisses et l’émergence de la défense européenne comme sous-jacent standard, les émissions de février confirment un basculement vers une gestion plus chirurgicale du risque.
Le marché reste concentré sur les piliers de l'économie helvétique. On observe une activité intense sur Zurich Insurance Group, suggérant une volonté de jouer la résilience du secteur de l'assurance. Quant à Roche et Novartis, ils demeurent des incontournables, avec une présence notable de put warrants sur Roche, signalant une couverture contre un repli après les sommets de 2025.
Le mois de janvier a été marqué par une intensité rare sur le Japon. Le franchissement de records historiques par le Nikkei a poussé les émetteurs à inonder le marché de warrants pour répondre à une demande d'investisseurs souhaitant soit chasser le rallye (calls), soit, plus massivement, parier sur un retour de bâton (put). La proportion de put-warrants illustre un besoin de couverture après la hausse spectaculaire de 2025 (+25%). Les maturités fixées à mars 2026 ne sont pas anodines: elles correspondent à la fin de l'année fiscale nippone, période de rapatriement de capitaux sous l'ère des «Sanaenomics» de la Première ministre Sanae Takaichi.
On cherche désormais à capter la verticalité de secteurs industriels et biotechnologiques robustes.
En février, les certificats bonus confirment leur rôle de vecteurs de rendement hybride. Le certificat émis sur le S&P 500 (SPCAYZ) avec son mécanisme «Airbag» illustre la fragilité du sentiment de marché: en fixant une barrière à moins de 1% du cours spot, l'émetteur a réduit la zone de sécurité au strict minimum pour maintenir un cap attractif.
Cependant, les émissions récentes (telles que Z26AEZ) montrent une sophistication accrue avec l'introduction de barrières «Last Look». Sur des paniers mixtes incluant Daetwyler, Medacta, Roche et Siegfried, cette structure permet d'ignorer les franchissements de barrière en cours de vie pour ne juger de la protection qu'à l'échéance. Une réponse plus ou moins directe à la volatilité intra-journalière qui a mis à mal de nombreux bonus en janvier. Le passage vers des bonus sur des titres comme ABB ou BB Biotech montre que l'on cherche désormais à capter la verticalité de secteurs industriels et biotechnologiques robustes plutôt que la croissance incertaine des indices larges.
L’activité d’émissions des Barrier Reverse Convertibles (BRC) confirme un changement de paradigme. On ne cherche plus la croissance pure, mais la monétisation de la volatilité sectorielle. Les structures de février (gamme LBV) révèlent une tendance lourde: l'émergence de la défense et de la souveraineté industrielle comme sous-jacents standards.
La présence de Leonardo, Rheinmetall et ThyssenKrupp dans une structure multi-barrière (CH1526275438) est emblématique de 2026. Le secteur de la défense européenne, porté par des contrats étatiques massifs, offre une volatilité idéale pour générer des coupons à deux chiffres tout en restant sur des actifs jugés stratégiques. De même, les paniers associant Alstom, Siemens et Stadler Rail transposent cette logique à la souveraineté infrastructurelle européenne.
Les structures sur Meta, Nvidia ou Microsoft utilisent des volatilités implicites encore fortes.
Parallèlement, le secteur technologique reste le moteur des «yield enhancers». Les structures sur Meta, Nvidia ou Microsoft utilisent des volatilités implicites encore fortes pour construire des barrières de protection à 50% ou 60%. L’investisseur n’achète plus le marché, il vend de la volatilité pour garantir un flux de trésorerie dans un environnement de taux stabilisés.
Enfin, l'analyse des émissions de certificats Discount (comme sur Microsoft, Baidu ou SAP) révèle une stratégie de value investing sous contrainte. En utilisant cette structure, l'investisseur achète le titre avec une décote immédiate, se créant une marge de sécurité sans barrière désactivante. Sur des titres comme Logitech ou Barry Callebaut, le discount est utilisé comme une alternative aux obligations: on cherche à capter un rendement de 5 à 8% avec une protection intégrée par le prix d'achat décoté.
Cette tendance souligne une méfiance résiduelle envers les valorisations de la technologie: on veut bien rester exposé à Microsoft ou SAP, mais seulement si l'on entre avec un «coussin» de prix, transformant l'investissement directionnel en une stratégie de préservation de capital.